Les remue-méninges de Juin 2018

Après avoir passé la fin du mois de juin sur un petit nuage (j’ai appris que j’étais acceptée en thèse, ce qui a eu pour effet de relâcher la pression accumulée), je m’apprête à profiter d’un été qui s’annonce bien rythmé. Un début d’été bien différent du précédent, qui avait été beaucoup plus houleux, porteur d’incertitudes et d’angoisses pour l’avenir. Pour autant, il s’agit encore une fois d’un été de transition, entre enthousiasme et inquiétudes légères. Et le symbole du « premier vrai emploi » coïncidant avec les 25 ans : de quoi attiser ma fibre nostalgique, faire le bilan en me remémorant chaque instant (hum désolée). Ceci étant, je tiens toujours autant à faire vivre le blog cet été et plus encore, malgré le challenge qui s’annnonce : une thèse, ce n’est rien de le dire, c’est chronophage. Il va donc s’agir de s’organiser de manière raisonnable, de prendre le temps d’écrire en avance, de planifier, et de ne pas se prendre la tête : un article et un remue-méninge par mois, cela m’irait parfaitement.

En parlant des remue-méninges, j’ai reçu récemment un commentaire critique très constructif que je vais m’efforcer de prendre en compte. Celui-ci pointait le fait que l’essentiel des articles partagés s’inscrivaient dans une démarche de déconstruction radicale, en démontant des choses que l’on pensait acquises. Cela s’inscrit dans une volonté assumée de ma part de faire cogiter en sortant des idées reçues, mais cela a néanmoins un pendant parfois problématique : on peut rapidement se sentir découragé, avoir le sentiment qu’il faudrait toujours tout remettre en cause, toujours faire plus, réfléchir davantage, s’engager autrement… Si la critique me semble toujours aussi indispensable, je conviens très volontiers qu’il est essentiel de parler aussi des luttes qui remportant des batailles, de proposer, de donner des perspectives. Cela ne sera pas si aisé car je ne publie pas vraiment des revues d’actu (où je pourrais inclure de bonnes et de mauvaises nouvelles), mais des articles de réflexion. Il reste possible, je pense, de trouver un équilibre ! Je pars donc en quête d’articles fouillés qui ne vous dépriment pas trop…


On cause politique et société

Clément Méric ♦ Attention, si vous avez comme moi la larme facile, si vous traversez des périodes difficiles, le présent texte est aussi beau que secouant. Publié dans la peu subversive revue Vanity fair (peut-être la seule fois où celle-ci se retrouvera dans les remue-méninges !), écrit par un journaliste loin d’être révolutionnaire, il est le fruit d’une rencontre entre celui-ci et les parents de deux jeunes militants : Clément Méric, tué par un néonazi le 5 juin 2013 ; et Antonin Bernanos, alors en prison pour avoir incendié une voiture de police. Ce n’est pas un manifeste. C’est sensible, probablement par trop lyrique par moment. Les questions que le journaliste voudrait poser aux parents semblent parfois indiscrètes. Mais le résultat nous donne à réfléchir autant qu’il nous touche.

Une autre société ♦ Lors de mes promenades régulières sur la blogosphère, j’accorde une attention particulière aux articles qui parlent de politique sans être pour autant publiés sur des blogs dédiés à ce type de réflexion. Cela me réjouit de voir des blogs « lifestyle » se décider à parler de féminisme et d’engagements politique… Ici, c’est un blog autour de développement personnel qui nous décrit la société vers laquelle elle voudrait tendre. Si je n’ai pas sa confiance en une « transition déjà en train de se faire », le portrait qu’elle en dresse me semble très intéressant comme base de discussion… Si vous en sentez l’envie, je vous proposerais bien d’aller le commenter car il est bien dommage qu’il est suscité si peu de réaction ! (Il y en a une et c’est la mienne hein, forcément, bavarde comme je suis).

Qui est tué par la police ? ♦ Tirées d’une base de données du magazine Bastamag, ces infographies apportent un éclairage sur les 478 cas recensés depuis 1977 de personnes tuées par la police, dans des contextes parfois très différents. Identités, circonstances, unités de police concernées, ces informations alimentent les questions à se poser sur la légitimité du recours à la violence, en particulier des armes à feu.

Pédagogies alternatives ♦ Dans cet entretien avec Monique et Michel Pinçon Charlot (un couple de sociologues très engagés), il est question des inégalités entre écoles et systèmes de scolarisation. Tandis que les plus modestes fréquentent des écoles en tension (peu de moyens, locaux dégradés, etc), les familles les plus riches placent leurs enfants dans des écoles « de luxe », privées ou publiques, ou toute une gamme d’activités est proposée. Les pédagogies dites alternatives s’y insèrent aisément… et il s’agit alors de se demander comment éviter qu’elles deviennent des pratiques d’élite.

Développement personnel ♦ La plume crue de Bloody Lucy  dérives du développement personnels’envole dans un coup de gueule contre les… et moi j’aime bien ! Plus récemment, Marina du Blog Bleu a publié une réflexion sur l’injonction à s’aimer et ses conséquences. Je trouve que les deux textes se complètent très bien.

Voyage voyage ♦ Alors que bien des blogs de voyage nous affirment, enthousiastes, qu’absolument tout le monde peut voyager et que « quand-on-veut-on-peut », Pierre propose sur son blog Un notre monde un point de vue plus nuancé qui cherche à regarder les choses en face : la volonté est une chose, bien des difficultés peuvent être surpassées, mais malgré tout, voyager reste un privilège.

 

Quoi de neuf du côté de la cause animale ?

Stratégies animalistes ♦ Durant le mois de juin, j’ai lu beaucoup de contenus en ligne évoquant les débats stratégiques à l’oeuvre dans le milieu animaliste. Je suis ces débats de près, et je sais que je ne suis pas la seule à m’y intéresser. Voici quelques extraits de ce que j’ai consulté… Sur le blog How I met your Tofu, dont j’apprécie toujours beaucoup les textes fouillés et l’humour piquant, on découvrira ainsi 42 moyens de sauver les animaux (ou presque). Je n’ai pas résisté à la tentation et lui ai immédiatement pondu un immense pavé, évidemment ! Je vous en conseille vivement la lecture, il aborde beaucoup de points fondamentaux. J’ai ensuite découvert un blog tout récent, Juriste antispéciste, dont le premier article tente une synthèse des positions stratégiques actuelles dans le mouvement antispéciste et végane. Enfin, je me suis replongée dans le blog de Frédéric Côté-Boudreau, plus précisément dans sa série d’articles « Vers un monde végane ? ». J’ai aussi relu cet article de 2015 qui nous parle de la nécessité de bâtir une solidarité avec les mouvements de gauche et les luttes d’émancipation.

Vache sacrée ? ♦ Aurélia déconstruit l’image idyllique souvent véhiculée de la vache sacrée indienne, qui serait à l’abri des mauvais traitements… On perd quelques illusions au passage, mais c’est particulièrement intéressant. Si le thème vous intéresse, Florence Burgat traite aussi de la place des animaux en Inde dans son enquête/récit de voyage en Inde, publiée sous le titre Ahimsa.

Alliance des luttes ♦ Le magazine en ligne (et sur papier) Le Tofu te parle propose entre autres articles sympa une très chouette interview de Florence Dellerie dont j’apprécie beaucoup le travail ! Vous pouvez la suivre via Twitter et Facebook notamment. Elle dessine et peint des choses superbes, et crée régulièrement des fiches infos sur le véganisme et l’antispécisme.

 

Les voix féministes du mois

Un début à tout ♦ Attention Meslecteurs et Meslectrices, voici THE article à faire lire aux personnes de votre votre entourage qui en sont resté·es à une vision caricaturale du féminisme ! Ou, bien sûr, à celles et ceux qui commencent à se questionner et veulent en savoir plus.  Jayne y fait le tour des questions les plus courantes : qu’est-ce que le féminisme ? C’est quoi ce « gender » qui fait si peur ? Quid des différences biologiques entre hommes et femmes ? Finalement, est-ce qu’on a encore besoin du féminisme aujourd’hui alors que tout ne va pas si mal ? D’ailleurs est ce que ce ne serait pas une volonté de dominer les hommes ?! En plus les féministes n’ont même pas l’air toutes d’accord entre elles… Un lien à garder de côté !

Instrumentalisation ♦Je vous ai déjà parlé du blog Egalitaria, qui publie (bien plus régulièrement qu’ici) des réflexions féministes toujours soignées et appelant à l’échange. Ici, il est question de l’instrumentalisation de l’égalité femmes-hommes par le gouvernement Macron…

Genre et écologie ♦ Je crois que depuis la première édition des remue-méninges, j’ai partagé quasiment à chaque fois des points de vue sur la démarche zéro-déchet et « écolo au quotidien », souvent des points de vue qui en montrent les limites, mais aussi quelques uns qui soulignaient les risques éventuels d’accroissement de la charge mentale. Manon Woodstock ajoute son grain de sel au débat en partant de la publication d’une étude américaine, et en embrayant sur sa situation personnelle.

Madrid ♦ C’est un chouette blog que ce Carnet de voyage féministe, qui nous propose des réflexions et de petits reportages autour du voyagé éthique, des initiatives féministes et des luttes locales découvertes en chemin. Vous pouvez découvrir notamment ce petit tour féministe de Madrid, qui donne fort envie de découvrir la capitale espagnole sous cet angle !

Ouvrière en lutte ♦ J’ai découvert dans le Causette du mois la figure de Kalpona Akter, militante syndicale qui défend la condition des ouvriers du textile au Bangladesh, avec une détermination qui force l’admiration. Je n’achetais ni ne lisais plus Causette pour différentes raisons (je ne vous refais pas le feuilleton, mais le magazine a essuyé différentes polémiques), j’ai fait une exception lors d’un voyage en train où je me suis retrouvée désespérée et sans lecture. Et je dois dire que j’y ai trouvé des reportages de qualité !

Socio-blog ♦ Ma blogoliste a accueilli avec bonheur un nouveau blog de grande qualité, intitulé Une sociologue chez le coiffeur. Et c’est fichtrement intéressant ! L’autrice y mêle vulgarisation sociologique (en particulier en sociologie du genre, autour de la question du congé parental) et propos féministe et il est évident que je conseille à tout le monde de s’y précipiter. Par exemple, sur cet article : Prendre soin du conjoint au détriment de soi ?

Creusons nous la tête : portions d’esprit critique

Aliens et mémoire ♦ Notre mémoire est hautement perméable à la suggestion, et, hélas, certaines personnes sans scrupules n’hésitent pas à en tirer profit. Parmi les cas de « thérapies » induisant des souvenirs chez les personnes traitées, cet article retrace l’histoire des thérapies pour traiter les trauma des personnes enlevées par des extraterrestres. Si si. Et ce ne sont pas les extraterrestres qui effraient le plus dans l’histoire.

Boostez votre immunité ! ♦ … ou pas. Nous croûlons sous les publicités pour des produits vendus comme naturels et « renforçant nos défenses » ou « notre système immunitaire ». Certains inoffensifs et peu chers font partie de notre alimentation (coucou le jus de citron tant vanté), d’autres nettement plus chers font réfléchir à deux fois. Mais en fait, peut-on renforcer l’immunité, et d’abord l’immunité, c’est quoi exactement ?

Placebo ♦ L’effet placebo, on le sait, ça n’est pas du pipeau. Comment tirer alors profit de ces effets contextuels dans un cadre thérapeutique ? Pas toujours évident de répondre à cette question, d’autant plus qu’il est communément considéré que l’effet disparaît si le patient est au courant (ce qui n’est pas exactement le cas, je tiens à le préciser). La chaîne youtube Scilabus a réalisé une très bonne vidéo autour de la question suivante : Placebo, faut-il mentir aux patients ?

Nutrition végane ♦ Ah que cet article fait du bien… Le blog Green me up nous propose un article très fouillé et rigoureux qui nous explique comment évaluer les études scientifiques qui traitent de nutrition, et ce qu’on peut en retirer pour la question du véganisme. Elle montre comment les études sont généralement mal intérprétées (le thème de ce livre, vous vous souvenez ? ) et comment beaucoup de véganes brandissent des arguments erronés, en partie de ce fait. On aurait tort d’y voir une charge contre le véganisme, ce n’est pas du tout la démarche : il s’agit de montrer comment le mouvement animaliste peut se construire sans sophismes et arguments invalidés…


On ne change pas les bonnes habitudes : si certains articles vous inspirent particulièrement, si vous avez des choses à ajouter, à critiquer, à suggérer… mettez-y votre grain de sel !

18 réflexions sur “Les remue-méninges de Juin 2018

  1. Merci pour le lien ! Encore une fois, plein de belles découvertes dans cet article 🙂 Je découvre notamment le blog Une sociologue chez le coiffeur, je suis en train de lire l’article que tu as mis en lien et c’est super intéressant !

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    1. Ah je suis super contente que ça te plaise, j’aimerais vraiment contribuer à ma petite échelle à ce que des blogueuses (féministes en particulier !) se découvrent les unes les autres !

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  2. Merci une fois encore pour ce partage très riche, dans lequel je reviendrai butiner au fur et à mesure. Pour l’heure, j’ai lu l’article sur les personnes qui pensent avoir été enlevées par des Petits Gris, et cela m’a sidérée (tout en me redonnant une furieuse envie de revoir tout X Files).

    Ce que tu expliques en introduction, sur les lecteurices qui se plaignent que tu partages des liens qui les culpabilisent, m’a interloquée. C’est une réaction assez courante à laquelle je suis moi-même été souvent confrontée, quand je commence à enclencher des discussions sur le féminisme avec quelqu’un. En général, au bout de 5 minutes, mon interlocutrice ou mon interlocuteur met fin à la discussion en disant : « ce que partagent les féministes sur Twitter me pèse trop, je n’arrivais plus à me regarder dans un miroir, du coup je les ai toutes unfollow pour pouvoir continuer à respirer. Tant pis si maintenant je vis la tête dans le trou en ignorant ce qui se passe autour de moi ».

    Comme tu dis, je pense qu’un juste milieu est possible entre un état d’alerte permanent qui épuise (et qui épuise même les plus aguerri·es des militant·es), et une ignorance revendiquée sur ce que subissent les femmes, personnes LGBT+ et personnes non binaires à cause de leur identité de genre et/ou leur sexualité.

    Il est certain que déconstruire ce qu’on pensait savoir demande de l’humilité, du temps et de l’énergie, mais aussi un certain travail émotionnel ; qu’on est pas toujours en mesure, à différents moments de notre vie, de se concentrer là-dessus.

    Pour autant, je ne comprends pas ce choix conscient d’ignorer ce qui se passe, surtout quand on est a priori concerné·e, par l’intermédiaire de son genre. Entre choisir de suivre moins de comptes féministes, et de ne plus suivre aucun compte féministe du tout, il y a un monde…

    Au fond c’est toujours un peu le même vieux discours à l’œuvre sur la prétendue « agressivité » du discours féministe. Mais ce ne sont pas les féministes qui sont agressives, c’est le patriarcat, et les violences et abus commis contre les femmes. Les militant·es ne font que relayer ce qui se passe.

    Tout ça pour dire que pour ma part, je n’attends pas de ton blog (ou d’un autre blog d’ailleurs) qu’il me laisse une douce sensation de bien-être après ma lecture.

    Au contraire : le jour où j’ai découvert tes articles, je me suis dit que ça me faisait un bien fou de lire des textes radicaux, sans une once de concession. Si les gens veulent lire des contenus féministes frais et léger, c’est qu’ils ne veulent en fait pas lire de contenus féministes… et donc que la question ne les intéresse pas vraiment.

    Perso, je viens ici justement parce qu’on ne me sert pas de féminisme édulcoré, et qu’on n’essaie pas de me faire prendre des vessies pour des lanternes. Bref : continue ! (Et d’avance beaucoup de courage pour ta thèse. Ce rythme que tu as envie de te fixer me semble raisonnable, mais pour autant, personne ne t’en voudra si certains mois tu ne postes qu’un seul article, voire aucun.)

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    1. Ton commentaire me touche énormément, et je dois dire que de mon côté lire tes articles me fait du bien aussi ! Je pense que les quelques personnes qui m’ont fait ce type de retour n’étaient quand-même pas dans cette démarche de se couper volontairement des informations, mais elles exprimaient le besoin de lire des contenus qui donnent des perspectives d’action et soulignent ce qui peut marcher… Dans le cas contraire, comme tu le dis bien, ça peut devenir épuisant car on a l’impression que tout passe sous un bulldozer ! Mais effectivement, la raison d’être du blog est de proposer des discussions autour de contenus critiques, donc de ce côté, ça ne changera pas 🙂 (Et concernant le blog, je vais essayer de ne pas me mettre d’objectifs trop rigide et privilégier la qualité à la quantité… Par contre j’espère avoir d’ici septembre/octobre un nom de domaine et une identité visuelle un peu plus sympa pour ne plus avoir à m’en soucier après). A très bientôt !

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  3. Le premier article que tu cites, sur l’intérêt encore aujourd’hui du féminisme me rappelle celui que j’ai écrit il y a deux ou trois semaines « Je ne suis pas féministe ». Mon frère a écrit un bouquin qui déconstruit le dogme néo-féministe. Je suis sûre qu’il t’intéresserait beaucoup !

    Enfin, permets moi de te féliciter pour ton accession à la thèse et d’ailleurs, très dans quel domaine ?? 🙂 Suis curieuse.

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    1. Merci beaucoup pour tes mots 🙂 Ce sera une thèse en sociologie, en gros en sociologie de la consommation engagée (et je vais travailler prioritairement sur les groupes militant contre l’exploitation animale). Concernant le féminisme, parfois ça vaut le coup de discuter directement des accords et désaccords en termes d’objectifs, de modèle de société à défendre etc… Plutôt que de se focaliser sur le mot féministe qui cristallise des tensions, et, j’ai l’impression, amène parfois des confrontations entre personnes dont les convictions ne sont pas si éloignées que ça finalement.

      J’avais lu les références que tu donnais dans ton article, je n’ai pas lu le livre mais je suis allée voir le blog par contre et j’ai lu quelques articles dessus, notamment celui-ci : https://homodominatus.com/2018/07/01/les-enjeux-et-dangers-de-lideologie-du-genre/

      Je pense qu’on a des désaccords assez profonds, ce serait compliqué de rentrer dans les détails ici, mais pour résumer, de mon point de vue c’est compliqué de parler de néo-féminisme car le terme a tendance à mettre dans un même panier des tendances, des stratégies militantes et des objectifs distincts. Le féminisme a toujours été multiple, et c’est le cas aujourd’hui plus que jamais, c’est d’ailleurs souvent assez fructueux car ça nous amène à nous remettre en cause. Il y a beaucoup de débats qui traversent les différents mouvements, et dans cette description du néo-féminisme, je repère des éléments qui n’appartiennent pas forcément aux mêmes tendances. C’est un premier point. La seconde chose qui me gêne, ce sont les simplifications sur les études de genre. Il y (forcément) des choses à critiquer dans certaines approches du genre, mais là encore il n’y a pas « une idéologie » du genre qui serait unique, totale, absolue. Il y a des militantes, des philosophes, des sociologues etc qui travaillent sur le genre, en proposent des définitions parfois assez différentes, l’interrogent etc. Et une partie d’entre elles critiquent d’ailleurs Butler, par exemple. Quand je lis qu’il s’agirait d’une idéologie dont le but serait d’empecher « les garçons de se conduire différemment des filles », je suis plus que perplexe : si certaines personnes ont ça en tête on parle d’une minorité de minorité et certainement pas constitutive d’un mouvement… Les féministes, les parents etc qui réfléchissent à la question de l’éducation genrée le font au contraire pour ne pas imposer, il ne s’agit donc pas d’empêcher quoi que ce soit… Idem quand je lis que cette hypothétique idéologie affirmerait qu’on peut choisir son orientation sexuelle et décider d’aimer qui on veut d’un claquement de doigt. Jamais lu ou entendu ça à aucun moment, et pourtant je lis quand-même pas mal de discussions et de textes… (d’ailleurs rien n’est cité pour étayer ces affirmations, peut être qu’il y en a plus dans le bouquin ?). Désolée d’alourdir la liste, mais j’espère que tu te doutes que ce n’est pas en particulier pour taper sur ton frère, le but est plutôt d’ouvrir le débat, mais il y a d’autres trucs encore : de manière général y’a de gros biais de confirmation, quelques références sont pointées mais seulement quand elles vont dans le sens choisi par l’article : par exemple quand on parle de cette sinistre affaire de jumeaux élevés différemment, non seulement ça me gêne de brandir ce cas avec un appel à l’émotion, mais en plus on parle d’une personne, un homme qui plus est, absolument rien ne va dans le sens d’un lien entre ce psychologue et un mouvement féministe particulier ! Le cas est censé incarner une idéologie qui prétendrait que l’identité sexuelle n’a rien à voir avec le corps… Mais justement aujourd’hui plein d’études de genre prennent en compte la relation avec le corps, les travaux d’Anne fausto sterling par exemple, j’ai d’autres références de côté. Je vais m’arrêter là car c’est long, mais en tout cas je suis allée lire le blog et je vais y retourner de temps en temps, c’est toujours important de lire les points de vue contradictoires, surtout quand ils sont un minimum argumentés et sourcés 🙂

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  4. Bonjour Irène, mille fois merci de me permettre de mettre le nez un peu en dehors de mon blog et de ma communauté, j’ai tellement la tête dans le guidon toute la semaine que je n’arrive pas à m’extirper de tout ça 5 minutes pour partir en exploration dans la blogosphère – Un grand merci également pour m’avoir selectionnée ce mois-ci, je crois que cet article aura définitivement été le plus Risky Business à écrire pour moi à ce jour – il m’a demandé du temps et je suis contente qu’il soit lu 🙂
    Félicitation pour ton admission en thèse !! Tu as déjà choisi ton sujet ? ça me rappelle une BD assez rigolote que j’avais lu à l’époque « Carnet de Thèse » de Tiphaine Rivière – si tu ne connais pas, je te le conseille, si ça peut permettre de te détendre dans ton quotidien stressant de thésarde 😉
    L’article sur Clément Méric et Antonin était très inspirant, et m’a fait penser à un autre papier que j’avais lu sur Grozeille ! Je te mets le lien par là: https://grozeille.co/tout-le-monde-a-peur-du-noir/ (je l’avais peut-être déjà partagé d’ailleurs, n’hésite pas à me dire si je déraille 😉 )
    L’interview du couple Pinçon-Charlot me rappelle que je n’ai toujours pas lu leur bouquin sur les riches et qu’il faut que je l’ajoute à tout prix à ma liste de lecture. Tu l’as lu ? Si oui, qu’en penses-tu ? Je trouve ça presque dommage que des pédagogies innovantes comme Montessori ou Freinet soient une fois de plus vampirisées par les classes aisées. Quand on en connait les origines et les valeurs, ça me paraît assez fou…On gagnerait tellement à ce que ce genre de manières d’enseigner se démocratisent. Cependant, je ne généraliserais pas autant qu’eux – qui ont l’air très campés sur Paris – J’ai des amies enseignantes qui font du Freinet dans des milieux populaires – elles ne sont pas les seules, la pédagogie est de mieux en mieux reçue et je crois donc que tout n’est pas perdu 😉
    TOP l’article sur le féminisme :-O !! J’en reste bouche bée !! Ce commentaire m’a un peu vidée et je ne vais pas commenter tout de suite, mais il faut partager ce papier d’urgence !!!!!! Il faut que j’y inclue une référence dans un de mes prochains articles…
    Aller, déjà trop parlé, belle journée à toi

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    1. L’interview des Pinçon-Charlot est assez courte et ne leur a pas permis de nuancer, mais je suis bien d’accord, Freinet et d’autres pédagogies sont aussi mises en place dans le public et dans des milieux populaires, bien heureusement ! Je pense qu’indirectement c’est une manière d’alerter sur les limites de la création d’écoles Montessori privées et chères, ce genre de choses… Je suis vraiment super contente de t’avoir fait découvrir des articles qui t’intéressent ! J’adore le blog Au creux de mon âme, il était inactif un moment et là ça reprend et je suis ravie… (Pour Grozeille, je ne sais pas si c’est celui là que tu avais partagé, mais je pense m’être abonnée à la newsletter grâce à toi !) A bientôt et bonne soirée !

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      1. Ah complètement d’accord pour cette histoire d’écoles Montessori et consorts qui sont encore bien trop souvent privées et donc inabordables pour une grande partie de la population !
        J’ai suivi il y a quelques semaines un MOOC du mouvement Colibris sur l’école et ils analysaient justement ce problème. En France, on a des années de retard dans le domaine de l’enseignement scolaire et on refuse catégoriquement d’évoluer (le plus souvent en avançant des arguments hyper conservateurs et dépassés). Les écoles un peu innovantes sont donc presque toutes obligées d’être privées et de faire payer des droits d’inscription…
        Dans le public, ça avance pas à pas, mais pas autant que ça le devrait – comme dans beaucoup d’autres domaines malheureusement…Belle journée à toi !

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  5. Il y a l’air d’avoir des choses intéressantes ! Je vais piocher quelques articles. En voyant certains sujets, ça me fait penser à plusieurs de mes lectures.

    Sur le développement personnel, il y avait eu un assez bon papier dans le numéro 7 de la Revue du crieur : Les impasses du développement personnel https://www.revueducrieur.fr/archives/sommaire07.html (uniquement disponible en papier je crois)
    Sur le voyage, j’ai récemment lu ce Manuel de l’antitourisme : https://ecosociete.org/livres/manuel-de-l-antitourisme Malgré un propos qui se répète un peu et certains aspects plus discutables, il y a de bonnes choses sur l’aspect écologique bien sûr, sur le fait qu’on soit passé d’un « droit aux vacances » avec les congés payés à un « devoir de vacances » avec cette injonction à partir en vacances, sur qui part en vacances dans quelles conditions (pour aller vite les riches, qui veulent retrouver tout le confort auquel ils sont habitués là où ils vont), sur la normalisation et la standardisation des lieux, etc. Ca se lit rapidement et ça questionne bien les vacances, remet en cause ce poncif « moi mon rêve c’est de visiter le monde » ou encore ces blogs de voyage parfois un peu agaçants…

    Sinon sur le zéro déchet, dans ce bouquin le sociologue en pointe les limites à un moment : http://www.seuil.com%2fouvrage%2fhomo-detritus-baptiste-monsaingeon%2f9782021352603&preauthid=&returnreq=yes « Cependant, prenant actes des pistes fertiles que ce mouvement est à même d’ouvrir, il reste possible d’en souligner ses limites. A l’échelle des pratiques domestiques notamment, le zéro-déchet se réduit le plus souvent à un idéal esthétique de pureté « désencombrée », reléguant au second plan les questions politiques, économiques ou sociales : en un sens, les « bonnes pratiques » anesthésient toute possibilité de critique. En s’attachant à proposer une alternative résolument positive à la problématique de gestion des déchets, beaucoup de ceux qui se revendiquent zero wasters passent à côté de la critique nécessaire des schèmes de production : ils laissent faire. Lorsqu’il demeure à l’état d’ensemble de pratiques individuelles détaché d’un projet collectif, le zéro-déchet tend à favoriser l’épanouissement de ces « petits gestes » qui font passer au second plan la question des « grands choix ». En se focalisant sur la réduction des déchets, sur la face cachée de la production, on tend à neutraliser la critique de sa face « visible », des processus de production eux-mêmes, on « oublie » que l’on continue à produire des quantités pharaoniques de matières incontrolables. »
    En somme, un peu les mêmes problèmes que l’écologie individuelle, qui ne remet pas en cause les structures productives…

    Aimé par 2 personnes

  6. Merci pour tous ces articles à lire !! Je trouve que tes Remue-Méninges sont une excellente idée, et permettent de se documenter sur des blogs et sites sur lesquels je ne serais jamais allée, car je ne les connaissais pas 😉
    Je connaissais déjà la réflexion de Bloody Lucy, que je trouve très pertinente. Et je viens de lire celle du Blog Bleu, et je suis vraiment d’accord avec elle 🙂

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    1. Merci beaucoup pour ton commentaire, je suis vraiment ravie que mes petites sélections suscitent de l’intérêt ! La sélection de Juillet arrive très bientôt, je voulais publier un autre article avant, mais, bon, c’est les vacances… Je m’en vais faire un tour sur ton blog 🙂

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