Les remue-méninges d’Août et Septembre 2018

Le mois de septembre s’est achevé, et ce début octobre rime un peu avec soulagement : cette rentrée s’est faite sur les chapeaux de roue… Un mois de septembre intense à tous les points de vue, un rythme effréné entre déménagement (peut-être temporaire), début de thèse, montagne de points administratifs  à régler, et au milieu de tout ça quelques efforts pour tenter de trouver une régularité, organiser des allers-retours à Paris. Je ne m’en plains pas vraiment car cette effusion, si elle génère un peu de stress, est aussi pleine d’enthousiasme.  La tempête passe doucement mais les choses n’étant pas prêtes de se calmer tout à fait, je publierai les remue-méninges plutôt tous les deux mois afin de ne pas surcharger mes soirées et mes week-end. Nous verrons si je m’y tiens ou si je trouve d’autres solutions ! En attendant, c’est parti pour les remue-méninges d’Août et Septembre 2018. Des contenus qui j’espère ne vous laisseront pas sur votre faim, et alimenteront vos discussions…  (Pour alléger le tout, à partir de maintenant, vous avez même droit à des images !)


Un article qui a fait parler de lui récemment…

Colibri dans la tourmente ? ♦ S’il y a bien UN article qui a fait couler de l’encre ces dernières semaines, c’est celui-ci : l’enquête de Jean-Baptiste Malet intitulée Le système Pierre Rabhi, initialement publiée pour les abonnés sur le site du Monde Diplomatique… et finalement passée en accès libre devant la vague de piratages, témoignant de l’intérêt et de la curiosité pour ce travail. J’avais moi-même partagé l’article sur Facebook et je ne m’attendais pas à ce qu’un tel nombre de personnes me demandent de leur envoyer, à ce que les discussions soient aussi longues et touffues.

Si quelques articles plus confidentiels (notamment sur des blogs) avaient porté des critiques vis à vis de Pierre Rabhi, celui-ci est particulièrement intéressant du fait qu’il se base sur une enquête longue (dont un entretien avec Rabhi lui-même), un travail d’archives, bref il y a de la matière… et je serais curieuse d’avoir votre avis là dessus. Jean-Baptiste Malet a aussi donné quelques précisions supplémentaires sur sa page Twitter, sur France Inter et divers autres médias. Enfin, l’article a suscité quelques réponses dont un billet quelque peu agacé de Fabrice Nicolino sur son blog qui ne m’a pas vraiment convaincue mais formule quelques critiques pertinentes au milieu de son attaque en règle du Monde Diplomatique et des accusations de stalinisme (par exemple sur le fait de présenter certaines fréquentations de Rabhi comme « vichyssoises » alors que le fond de la critique aurait pu s’en passer). En bref, de quoi alimenter les discussions sur l’action individuelle et la (dé)politisation des luttes, il me semble. Un jour je publierai peut-être un article avec l’ensemble des ressources que j’ai collectées autour de Pierre Rabhi et une synthèse de mon opinion sur la question…

© AFP / ALAIN JOCARD / AFP

 

Réflexions féministes : charge mentale, célibat et genre

Recherche hommes écolos ♦ Sur son blog, Natasha se demande où sont les hommes engagés dans des pratiques quotidiennes plus respectueuses de l’environnement… Bon, des militants écolo il y en a, on le sait. Mais force est de constater que dans la sphère domestique, lorsqu’il s’agit de réfléchir  à ses pratiques quotidiennes, de mettre en place de nouvelles habitudes, ce sont quand-même les femmes qui assument la charge de la transition vers un mode de vie voulu comme plus durable.

Charge mentale, à l’attaque ! ♦ Clémentine s’est attaquée à la question de la répartition des tâches avec son compagnon. Après une période où ils avaient décidé d’échange leurs rôles, les leçons tirées de l’expérience leur ont permis de trouver un système de répartition clair, plus équitable et respectueux de leurs aspirations respectives. Bien sûr, la condition préalable pour s’en inspirer est de vivre avec une personne un minimum à l’écoute et prête à accepter l’idée du changement… J’ai en tout cas trouvé ce témoignage très intéressant.

Célibataire et alors ? ♦ Je ne vous présente plus le blog Dans mon tiroir, qui à ma grande joie a maintenant une belle petite audience ! J’ai beaucoup aimé ces réflexions en BD dans lesquelles Marine propose de faire la paix avec le célibat féminin et appelle à arrêter de juger les femmes seule. Depuis, elle a publié d’autres contenus tout aussi chouettes, comme cette petite planche… Juste après l’avoir lue, je suis tombée sur un article du blog La Tranche Montagne (très chouette blog !) intitulé Tu as le droit à ta vie de débauche, il me semble assez pertinent de lire les deux ensemble.

Corps en tous genres ♦ Plus ardu mais passionnant, ce compte-rendu critique de l’ouvrage référence d’Anne-Fausto Sterling, Corps en tous genres. Sans vous en dire trop, je citerai simplement l’article : « Ce livre est le témoignage d’une chercheuse engagée, à la fois biologiste moléculaire et militante féministe et homosexuelle, qui a ressenti la nécessité de se positionner et de proposer des alternatives face au sexisme et à l’homophobie latents de certains des objets et concepts de son champ de recherche.L’auteure y esquisse des concepts et méthodes afin de dépasser les binarités sexe/genre et nature/culture à partir de la biologie. »

Des colères et des luttes

Soutien aux luttes intersexes ♦ Le collectif Intersexes et Allié.e.s a lancé une campagne et une pétition pour l’arrêt des mutilations des enfants intersexes, que vous pouvez signer ici. Je pense qu’il est d’autant plus important de partager ça que le sujet est encore mal connu.

Dénoncer… et reproduire ♦ Ce n’est pas le premier texte que je partage de Mélusine, dont les analyses abouties boostent immanquablement nos réflexions. Elle revient dans une tribune récente sur la publication par le journal Libération d’un dossier sur l’exploitation sexuelle dans les colonie, à l’occasion de la sortie d’un ouvrage sur le sujet. Problème de taille : les rédactions comme les auteurs de l’ouvrage n’ont pas vu de raisons de s’abstenir de publier des photos d’archive de femmes noires nues, des images prises sous la contrainte, humiliantes, violentes. Sous couvert d’analyse historique, ces images sont diffusées et font même la couverture d’un dossier. Pire, une dimension artistique leur est donnée, dans leur disposition, dans le style adopté par le livre… Or comme l’écrit Mélusine, d’autres choix étaient largement possibles. On ne peut pas excuser l’utilisation de ces images.

Aimer la France ? ♦ Un témoignage fort de l’autrice, guadeloupéenne, qui nous partage ses réflexions après qu’elle se soit vue poser la question « mais toi, tu te sens française ? ». Injonctions parfois contradictoires, complexité entre « se sentir française » et « aimer la France »… Je vous en conseille vivement sa lecture.

Réussir… ♦ Cet autre témoignage m’a vraiment secouée, j’espère que vous aurez envie de prendre du temps pour le lire. « Quand on est fille ou fils d’immigré.e.s, on ne réussit jamais uniquement que pour soi-même. » Il nous parle de ce qui se cache derrière la réussite scolaire des enfants racisés, face aux discours politiciens sur la « responsabilisation »… Il nous dit le fardeau et la pression immense, les angoisses décuplées par le système scolaire fondé sur la compétition, la violence symbolique, le racisme latent, les enseignants et d’autres qui transforment (malgré eux?) ces élèves en « trophée vivant » (preuve que le système méritocratique fonctionnerait quand-même…). Il nous dit encore la « fétichisation », l’hostilité jusqu’au bout, et par dessus ça les jugements sur ces réussites sociales

Chômage et idées reçues ♦ Ces dernières semaines, à moins d’avoir déconnecté l’intégralité de ses réseaux sociaux ou d’être parti en retraite méditation dans une montagne isolée, difficile d’avoir raté la fameuse déclaration de Macron à un jeune horticulteur, lui conseillant de traverser la route pour trouver du travail… L’occasion de revenir sur quelques préjugés courants sur le chômage et les chômeurs en France. Je vous conseille ainsi la lecture de cet article accessible et synthétique. Il explique notamment que le nombre d’offres d’emploi serait de toute façon insuffisant au vu du nombre de chômeurs (un chômage dont les causes sont structurelles et pas dues à un manque de motivation), rappelle que la difficulté  recruter reste l’exception, et souligne que de tels discours reviennent à faire la promotion de la précarité.

 

Triturons-nous les méninges

Souvenirs souvenirs ♦Je le rappelle à l’occasion, une étude seule n’est en général pas suffisante pour affirmer quelque chose sur le plan scientifique. Toutefois lorsqu’une étude est bien menée, et qu’elle fait preuve de rigueur en se basant sur une revue de la littérature (entre autres), on peut en tirer des éléments de réflexion solides. De mon point de vue, c’est le cas de cette étude (en anglais) qui s’est intéressée aux premiers souvenirs de la vie, demandant à un large échantillon de personnes de raconter leur premier souvenir et de mentionner l’âge auquel il remontait. Vous en trouverez aussi un résumé (toujours en anglais) par ici. Leur conclusion est la suivante : une grande partie de ces souvenirs sont très probablement fictionnels, en particulier lorsqu’ils sont censés avoir eu lieu dans la toute petite enfance (avant 2 ans)… mais expliquent que ce n’est pas forcément un problème dans la mesure où ces souvenirs fictionnels s’inscrivent dans un récit de vie cohérent, participent à construire cette cohérence.

Tamb(r)ouille ♦ Le blog Notions d’Histoire nous donne ses recettes pour fabriquer un bon scénario de complot…  En trois parties, car il s’attache à nous donner les bases et à préciser les étapes de cette cuisine délicate. Pour commencer à comploter (ou pas), c’est donc par ici que ça se passe.

Photo by M L on Unsplash

Pas naturel ♦ Yves Bonnardel, militant antispéciste de longue date, a publié plusieurs articles autour de l’idée de Nature et de la nécessité, selon lui, de se défaire de ce concept. Vous pouvez trouver ses textes en ligne (« en finir avec l’idée de nature »), mais sinon, vous pouvez aussi lire un article plus récent qui évoque ces mêmes questions dans un format beaucoup plus court.

Le loup et l’agneau ♦ (via Le Rose et le Noir) De nombreuses choses à discuter dans cet article du blog Mediapart de Pierre Rigaux ! Il y évoque la question épineuse de la prédation du point de vue de l’éthique animale : devrait-on intervenir dans la vie sauvage afin de préserver les animaux de la souffrance que leur imposeront leurs prédateurs ? Si ce n’est probablement pas la question la plus urgente pour les défenseurs de la cause animale (préoccupons nous déjà de ce que nous pouvons éviter de causer en tant qu’humains…), la réflexion est intéressante. Dans son travail d’ethnologie sur le mouvement antispéciste français, Catherine-Marie Dubreuil évoquait l’existence de ces discussions dans le microcosme antispéciste des débuts, dans les années 1990. On retrouve des éléments du débat dans les textes de David Olivier par exemple, ou encore ici sur le blog The Vegan strategist. Voilà qui pose plus de questions que de réponses possibles !


Tu as déjà 12 onglets ouverts sans compter Facebook et Twitter ? N’hésite quand-même pas à prendre un petit moment pour donner ton avis une fois avalé tout ça !

30 réflexions sur “Les remue-méninges d’Août et Septembre 2018

  1. outch !!
    euh ……. pour moi, août ( les amis en vacances (eux 😀 ) don, maison/ cabane ( un appart qu’on a construit au fond du jardin!) pleines ou presque..
    société d’impression/gravure (reprise ) d’attaque au 1er août (administrations en tous genres et consoeurs…grrrrrr )
    et fin septembre le buffet de notre mariage : j’ai tout préparé en vgL ( ….) et pour 70 personnes
    comemnt te dire que je n’ai rien vu/su/entendu ou plutôt j’ai fait mon possible pour rester « hermétique » à tout ce qui nous entourait et heureusement … je me remets à peine 😀
    je vais prendre le temps de lire qques uns de tes articles (même celui de Natasha j’ai zappé ….)
    merci pour ce (très grand) récapitulatif et je plussoie pour le bimestriel !
    des bisous ♥♥

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  2. Merci pour tous ces liens ! J’ai partagé la pétition, elle me semble indispensable. J’étais toujours outrée, quand dans les films ou les séries, les parents choisissaient à la place de leur enfant. L’article des échos verts sur l’implication majeure des femmes dans la démarche écologique des foyers très à propos. Je vois effectivement que c’est souvent cette configuration qui est à l’oeuvre et j’ai trouvé pleins d’exemples qui m’ont évoqué une situation perso ou celles de proches. Bonne soirée à toi !

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  3. Coucou !! 🙂
    Merci beaucoup pour cette sélection, j’ai presque eu 12 onglets d’ouverts.
    L’article de Natasha est bien, aussi on voit dans les commentaires certains « appels à l’aide désespérés » de certaines femmes…^^
    J’ai découvert et me suis par la même occasion abonnée à « Dans mon tiroir » et « La Tranche montagne », les réflexions proposées par ces blogs sont hyper intéressantes.
    « La nature n’existe pas » est assez philosophique, d’un certain point de vue. J’en ai profité pour lire quelques articles du site web.
    Enfin je te remercie, car tu me permets de lire des choses que je ne lis habituellement pas, et ça donne des points de vue différents sur l’actualité, et j’ai l’impression que ça me donne plus d’esprit critique 😉
    Bisou, et à bientôt !!

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    1. Wahou merci pour ton retour et ton enthousiasme de lecture ! Et je suis très contente de faire découvrir des blogueuses talentueuses. Tu as tout à fait raison, les écrits d’Yves Bonnardel sur la Nature ont une dimension philosophique, éthique et politique tout à la fois ! Merci encore pour ces encouragements et à bientôt 🙂

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    1. Haha merci beaucoup j’aime la spontanéité de ton commentaire ! Mais tu pourras remarquer que cette fois c’est sur deux mois… Je vais continuer sur ce format là, parce que je viens de commencer ma thèse et je pense que c’est plus raisonnable (et surtout plus réaliste). J’espère surtout avoir la possibilité de publier régulièrement des articles autres que les remue-méninges

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  4. Merci pour cette sélection pertinente et toujours éclectique Irène 😀
    J’ai trouvé l’article sur Pierre Rahbi intéressant quoi qu’un peu longuet. Cela ne m’étonne pas vraiment, c’est un peu comme pour Henri Joyeux – pourtant adulé aux 4 coins des réseaux sociaux (et qui est loin d’être blanc comme neige quand on met le nez dans le moteur). Je n’ai pas vraiment d’avis sur la question, tout simplement parce que Pierre Rahbi n’est pas ‘mon dieu’ 😛 (déjà, tous les « petits colibris qui font leur part », je commence à avoir envie de les éclater avec une tapette à mouches – est-ce que je deviens sociopathe, dis ?). Je trouve qu’il dit des choses intéressantes et vraies, mais je sais également que nous pouvons toutes et tous être doubles – voilà pourquoi j’essaie de prendre chaque discours avec des pincettes – au max (en ayant moi-même mes limites).
    Les articles sur la charge mentale et sur l’écologisation du quotidien encore trop assumée par les femmes m’ont évidemment beaucoup parlé. Je réalise de plus en plus, que dans mon couple, c’est encore moi qui porte pratiquement tout, alors que Ludo est en général beaucoup plus dans l’action que dans la prévision constante. (Je suis d’ailleurs en train de me creuser la tête pour trouver une manière bienveillante et constructive de mettre les choses à plat – on ne se refait pas, hein ?)
    Et pour finir, j’ai bien rigolé à la lecture de la BD sur les femmes célibataires – qui a fait écho en moi: je n’en ai pas encore parlé sur le blog, mais c’est depuis que je me suis retrouvée, donné toute ma place et que j’ai réalisé que je n’aurai plus aucun problème à vivre seule et célibataire longtemps en cas de séparation que j’apprécie de nouveau grandement être en couple. C’est comme si nous étions redevenus deux êtres humains qui s’aiment et qui forment une équipe.
    Je te souhaite une belle journée 😉

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    1. Oui je me souviens qu’on avait discuté de charge mentale pour les actes écolo au quotidien ! Pour Pierre Rabhi c’est vrai que c’est dense, heureusement que le journaliste a aussi expliqué des trucs à la radio, c’est plus largement accessible. Par ailleurs Rabhi et Joyeux font des conf ensemble de temps en temps donc tu as raison, il y a un lien, dans la façon dont ils sont perçus et érigés en figures symboliques (et mêmes en leader d’opinion). Merci pour ton commentaire, très enrichissant comme toujours 🙂

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  5. Waouw, merci, tous ces sujets sont passionnants et me parlent beaucoup ! La question des opérations des enfants intersexes est malheureusement peu médiatisée et surtout peu audible. Je me rappelle avoir lu il y a déjà pas mal d’années des témoignages de personnes ayant été traumatisées de ce choix fait à leur place. Cela en dit beaucoup sur le poids de la norme et sur le statut de l’enfant dans notre société… J’ai été aussi beaucoup intéressée par le témoignage sur la réussite scolaire/professionnelle d’une personne racisée. Difficile en effet pour une personne blanche de percevoir clairement comment ce racisme systémique est subi. J’ai encore pas mal de choses à lire ! 🤓

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    1. Oui je trouve que cet article est fondamental à lire pour nous en tant que personnes blanches, je voudrais bien coller le nez dessus à quelques personnes de mon entourage… Je suis heureuse que tu aies trouvé des contenus qui t’intéressent 🙂

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  6. Merci pour cette sélection de qualité Irène ! J’admire ta régularité et j’avoue que je me sens un peu nulle de ne pas réussir à en faire de même sur l’Ananas…
    Encore une fois j’apprends des choses, j’ai pas encore tout lu (je me sens un peu flemmarde ce soir et j’ai préféré privilégié les articles assez courts) mais pour sûr que je reviendrai piocher quand j’aurais envie de veiller un soir. J4ai décidé d’arrêter de scroller sur les réseaux plus de 5 minutes et de mettre ce temps à ne rien faire ou lire des articles pour m’enrichir. MErci d’y contribuer.

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    1. Ohlala mais tu sais quoi il y a approximativement 2 minutes j’ai écrit approximativement la même chose à un contact blogueur en lui écrivant que j’admirais sa régularité ! C’est très relatif, je n’ai rien publié de l’été à part un remue-méninges en Juillet, j’ai l’impression de ne rien réussir à finaliser… Comme quoi 🙂 Il ne faut pas qu’on se mette trop la pression, on publie quand on veut et peut. Merci beaucoup en tout cas et je suis contente que cette sélection te plaise !

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  7. Merci pour cette sélection variée et trés intéressante. Je viens de passer une demi-heure sur « Dans mon tiroir », voila un site qui rejoint la liste de mes favoris!

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  8. J’ai découvert ton blog un peu par hasard et je suis ravie des remue-méninges qui sont une source de lectures toujours très intéressante. J’espère donc que le temps dont tu disposes te permettra de continuer à les publier.

    Je ne peux m’empêcher de donner un bref avis concernant les articles que tu partages sur la cause animale, et l’article que tu as écrit à ce sujet, sur ton cheminement vers le véganisme. Même si je me suis probablement renseignée de façon moins rigoureuse que toi.

    Je suis de mon côté en reprise d’études agricoles, en classe avec des éleveurs, quoique ce ne soit pas la spécialité que j’ai choisie. Cela explique probablement ma sensibilité à ce sujet et mon désespoir, parfois. Je partage tout à fait l’avis défendu dans un des articles partagés sur la vanité d’une distinction nature/humain. Je crois que c’est cette conception qui fausse notre perception du monde et fait que nous nous donnons le droit de disposer des animaux de façon industrielle, comme si c’était une chaine comme une autre, des boulons à resserrer, un abattage à réaliser. Cela est insupportable, cette idée que Dieu nous aurait donné une nature à gérer, comme bon nous semble. Pour autant, la posture du véganisme me semble très idéologique voire philosophique et peu pragmatique. Si nous n’avons pas de nature à gérer, c’est parce que nous faisons partie de la nature. Que nous sommes interdépendants de cette nature. Le monde est en train de s’émouvoir ces jours-ci du réchauffement climatique. C’est un pas énorme. Qui aurait probablement dû advenir bien avant. Et pourquoi ne l’a t-on pas fait bien avant ?

    Je ne suis pas « collapsologue », ni même psychologue et je ne vais pas me lancer dans une explication très bancale. Cependant, un des éléments qui m’effraie et peut être une des nombreuses causes au fait que nous sommes restés sourds aux précédentes alertes, c’est que nous ne percevons plus cette interdépendance au vivant. Emprisonné dans nos villes, nous passons complètement à côté du fait que si les bactéries, les champignons, les vers de terre venaient à disparaitre, nous serions tout à fait mort. Et si la suite de la chaine alimentaire ne se faisait pas, nous mourrons quasi immédiatement. Nous sommes dépendants du plus petit être vivant, de l’invisible, et nous croyons que notre dépendance la plus forte est celle des téléphones portables ou de l’internet. Aveugles à force de voir.

    Donc cette interdépendance à côté de laquelle passe de nombreux urbains crée un rapport étrange à la « nature » ou plutôt, aux autres être vivants. On la sacralise, on ne la voit que pendant les vacances ou lors d’un tour du monde. C’est le bien (cf Pierre Rabhi?). Et tout d’un coup, on va tomber sur une vidéo des abattoirs et là, de fil en aiguille, regarder des vidéos, lire des articles, se rendre compte que dans le fromage, il y a une enzyme de l’estomac du veau et peut être même, si l’on pousse plus loin (mais peut être ne vaut-il mieux pas), réaliser que l’action même de boire du lait implique la mort d’un veau, enlevé de sa mère alors qu’à peine sevré. Et là, les dominos s’entrainent les uns aux autres.

    Je ne critique pas les vegans, je respecte les idées de tout un chacun. Mais mon point de vue (peut être peu construit, j’espère qu’il en sera compréhensible) est le suivant : en faisant partie de la nature, en acceptant l’idée que nous ne sommes pas un dieu tout puissant, impotent et concentrationnaire, nous acceptons aussi l’idée que nous ne sommes qu’un dans cette chaine du vivant. Et que donc nous avons le droit de manger un autre être vivant, car cette chaine du vivant est interdépendante. Comme si, dans un passé pas si lointain, nous avions nous même des prédateurs qui auraient pu nous manger. Aussi triste la mort soit elle, elle engendre également la vie. A ce sujet, je me souviens de Croc-Blanc de Jack London. Mais nous l’oublions. Nous passons même à côté de notre propre mort, c’est pour dire.

    Je crois que c’est L214 qui explique que nous pouvons manger d’autres êtres vivants, sauf ceux doués de sensibilité. Je comprends ce point de vue, tout en le trouvant très anthropomorphisme. Nous plaignons celui qui nous ressemble. Tout en se défendant anti-spéciste, l’anti-spécisme me semble spéciste puisque certains êtres vivants peuvent être mangés et non d’autres. D’autant que la distinction végétal/animal n’est, elle aussi, qu’une vue de l’esprit et peut être critiquée.

    Nous faisons partie de cette chaine de vie, cette chaine de mort, cette chaine de vie et de mort. Avec la conscience qui est propre à l’animal homme, je crois qu’il est de notre devoir que d’agir avec responsabilité. Avec respect. Je condamne fermement les agricultures industrielles, l’exploitation massive des animaux, l’industrialisation de la vie. Pour autant, je respecte profondément un éleveur, qui vit avec ses animaux (car quoiqu’on en dise, un éleveur non industriel vit avec ses animaux ne fait pas que les exploiter. Il passe plus de temps avec elles qu’avec sa famille, bien souvent. Il connait le nom de ses vaches, leur caractère, les respecte. J’en connais une qui a lâché l’éponge face à une vache qui refusait de se faire traire, après avoir trait plusieurs fois avec un casque de moto! Et l’emmener à l’abattoir – et j’ai amené des cochons à l’abattoir – n’est pas une partie de plaisir. Et le soir, on a une boule au ventre). Bien sûr, et par souci de l’environnement, je n’en mange presque plus, ni même des produits laitiers. Pour autant, je ne suis pas végétarienne et en jour de fête, je serai ravie d’un bon morceau de fromage.

    Je t’invite aussi à regarder le documentaire France 5 intitulé Soja la Grande invasion. Il pose des questions face à cette nouvelle tendance du soja, notamment dans les grandes villes et avec la montée du végétarianisme, qui pose énormément de problèmes au niveau environnemental et même de santé (puisque a priori, le soja est perturbateur endocrinien). Il mériterait d’être creusé par d’autres lectures plus poussé mais permet de poser les questions. Remplacer la viande par des steaks de soja est-ce une bonne idée ? Pour l’environnement ? Notre santé ?

    Je m’arrête là, ce commentaire est interminable et je l’écris d’un seul jet, alors peut être que je m’embrouille et j’espère que mon propos est clair. Et surtout qu’il est respectueux car je voulais simplement donner mon point de vue, qui est discutable. Encore une fois, merci pour ton blog. Et bonne continuation.

    Clémence

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    1. Je te remercie sincèrement de prendre le temps de mettre par écrit ton ressenti et ta façon d’appréhender ces questions, ça va me prendre un peu de temps de répondre à tous les points importants que tu soulèves mais je vais faire de mon mieux !

      – Je pense que l’idée d’une nature extérieure qu’on aurait à gérer et l’idée que l’humain serait supérieur facilite forcément l’exploitation des animaux et du vivant en général, mais je pense que c’est un support idéologique et un support de justification. La motivation, c’est le profit, et il y a des gens assez cyniques pour reconnaître volontiers ces interdépendances mais continuer à s’enrichir grâce à ça (parfois en se persuadant que ce qu’ils font n’est pas si mal).

      – La concentration de la population dans les villes et l’éloignement des campagnes et de l’agriculture a effectivement des conséquences non négligeables, cela a été largement analysé par les sciences humaines et sociales (histoire, sociologie, géographie aussi). Cela nous rend souvent ignorant du cycle des saisons, de la façon dont sont produits nos aliments, de ce qui nous relie aux zones où ils sont produits. Mais cela modifie aussi nos sensibilités, moins nous sommes exposés à la mise à mort d’animaux, plus celle-ci nous paraît difficile à regarder (ne parlons pas de mettre à mort nous-même!), même s’il y a des exceptions (il y a des gens qui ont toujours vécu dans des fermes et deviennent végétariens ou véganes par exemple). C’est vrai qu’il peut y avoir des effets de « révélation », des dominos comme tu dis : moi-même je me souviens bien d’une période où je ne réalisais pas qu’il fallait abattre des veaux pour avoir du lait, que l’industrie du lait était indissociable de l’industrie de la viande. Mais malgré tout, tout le monde ne devient pas végane en découvrant subitement quelque chose, souvent c’est plutot qu’on change notre manière de voir une même réalité. J’ai appris des choses par exemple, mais rien qui ne m’ait vraiment étonné, j’ai vraiment été convaincue par des arguments en termes de causes et de conséquences (et comme je le disais dans un des articles, le point clé c’était la prise de conscience du fait que je pouvais m’en passer sur le plan nutritionnel). Je ne suis pas sûre que cette modification des sensibilités n’ait que des aspects négatifs, mais je te rejoins sur le fait qu’il faudrait casser un peu cette séparation villes/campagnes et l’ignorance que ça peut engendrer

      – «  Nous ne sommes qu’un dans cette chaine du vivant. Et que donc nous avons le droit de manger un autre être vivant, car cette chaine du vivant est interdépendante. »

      Sur ce point en revanche, je tique. Pour deux raisons.

      La première : L’idée même de « droit » et d’avoir le droit est humaine, il n’y a de droits que ce que nous estimons être des droits, mais aucun droits naturels. Je ne vois pas comment on peut déduire de notre appartenance à un écosystème le fait d’avoir le droit de manger d’autres êtres vivants. Soit on le fait car ça fait partie intégrante de nos besoins physiologiques dans le cadre de cette chaine alimentaire, soit on ne le fait pas ou de manière optionnelle, mais je ne vois pas vraiment de question de droit là dedans (les prédateurs qui dépendent de leurs proies sont en dehors d’un système de droits)

      La seconde : nous nous sommes quand-même fort éloignés du fonctionnement des écosystèmes, qu’on le veuille ou non, nous les modifions, et l’élevage même a créé de nouveaux écosystèmes, de nouvelles interdépendances. J’ai du mal à accepter l’idée qu’on pourrait à la fois se placer dans cette position d’éleveurs, de gestionnaires, et en même temps revendiquer le fait qu’on soit toujours dans la chaine alimentaire au même titre que les autres, pour se donner le droit de les tuer et les consommer. Nous ne sommes pas n’importe quelle partie de la chaine alimentaire au final, nous sommes l’espèce qui est en mesure de faire disparaître ou de sauver les autres, tu le soulignais d’ailleurs avec le changement climatique. Et ça change grandement la donne, ça nous donne des responsabilités toutes autres de mon point de vue. Responsabilités dues au fait que nous, nous avons ce choix.

      – Sur la question de l’antispécisme qui serait spécisme et anthropomorphiste, je trouve que c’est une objection pertinente, et je pense qu’il faut qu’on le regarde en face. Le critère de la sentience est effectivement défini par rapport à ce qu’on connaît, il y a toujours une part d’arbitraire, une part d’inconnu. Personnellement ça me pose pas trop de pbm, je pense qu’éliminer autant de souffrances est de toute façon souhaitable, même si la question d’où placer la limite n’est pas entièrement résolue. Autant aller dans cette direction même avec des inconnues. Mais en tout cas il y a des véganes qui critiquent le concept d’antispécisme pour cette raison là, qui se contentent de dire qu’ils ne souhaitent pas exploiter les animaux. Certains assument une forme de spécisme, je trouve ça intéressant. (PS par contre même si on peut discuter la distinction végétal/animal et qu’il y a des cas complexes, ce n’est pas non plus une invention au pif, il y a de vrais critères scientifiques malgré tout!)

      – Concernant les éleveurs, je sais bien tout ça, … je n’ai aucune animosité personnelle envers eux, j’ai fait des entretiens avec des éleveurs pendant mes stages et j’ai appris beaucoup de choses, je suis bien persuadée que ce ne sont pas des personnes cruelles ! Mais j’aimerais que plus personne n’ait à avoir la boule au ventre, et qu’on puisse connaître une cohabitation différente avec ces animaux. Je pense que c’est possible, que rien ne nous oblige à continuer ainsi si ce n’est un attachement culturel à l’élevage, aux produits qu’il permet de consommer, aux traditions qu’il perpétue (et je le comprends). J’espère que cette transition aura lieu un jour, et qu’elle sera douce.

      – Concernant le soja : celui que les végétariens consomment est en très grande majorité issu de productions locales européennes, très souvent bio, est-ce qu’il en était question dans le documentaire ? Je n’ai pas connaissance de problèmes spécifiques au soja (bien sûr sauf si on se met à planter des monocultures en reproduisant les mêmes erreurs!). Et la consommation de soja des végé représente une goutte d’eau en comparaison du soja consommé par les animaux, donc en réalité si on s’inquiète du soja, mieux vaut freiner sur la viande, même élevée en France, à moins d’avoir la garantie absolue que le fourrage était 100 % local ! Pour les pbm de santé, aucune preuve n’a été apportée, il y a des résultats contradictoires, je suis un peu cette controverse mais pour l’instant je ne trouve rien de concluant. Je peux essayer de retrouver les références que j’avais mises de coté si tu veux. En tout cas les institutions de santé recommandent par prudence de ne pas consommer plus de deux produits au soja par jour, je pense qu’on a un peu de marge:)

      Je te remercie une nouvelle fois d’avoir pris le temps de m’écrire, c’est rare d’avoir l’occasion d’avoir un échange argumenté de qualité !

      A bientôt alors j’espère

      PS : « Pour autant, la posture du véganisme me semble très idéologique voire philosophique et peu pragmatique » –> Le fait qu’une posture soit idéologique ne l’invalide pas, en réalité je ne vois aucune posture qui ne serait pas idéologique, dans le sens d’un ensemble d’idées, de convictions, d’une vision du monde… Philosophique, certainement aussi, c’est une posture éthique. Mais il y a des approches philosophiques et idéologiques de la défense de l’élevage aussi, je ne crois pas qu’on puisse en déduire la pertinence ou l’invalidité d’une posture. Par contre je peux comprendre qu’on trouve spontanément ça peu pragmatique et utopique, on peut en discuter 🙂

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  9. Je te remercie pour le temps pris à me répondre et pour les explications que tu apportes. C’est très éclairant et me permet de mieux appréhender et comprendre ce choix.

    Je rebondirai simplement sur la notion de « droit » dont j’ai parlé et sur laquelle tu as réagi. Je me suis mal exprimée et je m’en excuse. Ce que je voulais dire en parlant de « droit » c’était plutôt que nous pouvons ne pas culpabiliser, dans la mesure où l’élevage est conduit de façon responsable. Et je te rejoins sur l’idée de responsabilité et que nous ne sommes plus simplement un maillon de la chaine alimentaire, sinon nous serions chasseurs cueilleurs probablement. Cependant, ce que je voulais illustrer en parlant de notre appartenance à la chaine alimentaire, c’est que nous ne sommes qu’un être vivant qui a besoin d’autres êtres vivants pour vivre – pas forcément animal effectivement. Car c’est cela une des grandes distinctions végétal/animal : le besoin ou non de nourriture extérieure pour vivre.

    Mais ce qui me pose question, c’est que depuis que j’habite en campagne, je ne côtoie plus un vegan. C’est cela que je voulais exprimer dans le fait que ce soit une posture idéologique, assez déconnectée. Pourquoi les personnes qui sont en lien avec le vivant continuent à en manger alors que ceux qui en sont éloignés arrêtent ? (il y a probablement des vegans en milieu rural, je n’ai pas les chiffres mais je ne crois pas que la proportion soit la même). Peut être que la prise de conscience vient des milieux urbains, éduqués, le passé l’a montré à maintes reprises. Mais tout de même, comment ne pas trouver étrange le fait que le changement vient de là de ceux qui connaissent peu la question et qui sont effarés quand on leur expose une partie de la réalité d’élevage ? (j’ai testé de parler des oeufs comme d’un ovule de poule. La réaction ne s’est pas fait attendre). Ou peut être que ce sont les gens de la campagne qui n’ont rien compris, qui sont pris dans des habitudes, dans une culture comme tu l’as dit. Mais je suis méfiante face à ce jugement.

    Sinon, pour le soja, en effet, la plupart du soja est pour la nourriture animale. Nous calculons la dépendance d’une ferme à l’extérieur et c’est terrifiant de voir qu’une ferme de 50 ha exploite en réalité 4 fois plus de terres car elle importe du soja fourrager de l’étranger. Cependant, ce documentaire pointe quelque chose que je trouve intéressant, au-delà de l’aspect santé : celui de remplacer une nourriture par un autre. Du genre : « Je ne mange plus de viande ni de produits animaux donc je remplace par des steaks de soja, du lait de soja, de la crème de soja ». Une réflexion plus globale sur notre façon de consommer est à faire, plus que se déculpabiliser en mangeant un burger végétarien, avec tout l’agro-business (encore une fois!) qui se développe là-dessus notamment à Paris.

    Donc, dans les faits je suis végétarienne à 90% (peut être mange une fois de la viande dans le mois) et ne consomme presque plus de produits animaux. Mais ce qui me contrarie c’est que le véganisme vient créer un débat là où peut être il faudrait décaler le regard. A mon sens, la question n’est pas tellement de savoir si nous sommes végans ou végétariens. La question est de savoir ce qui se trouve dans notre assiette, comment cela a été produit, par qui, les conséquences de cette production sur l’environnement, sur les êtres vivants, sur les travailleur(se)s. D’avoir un esprit éclairé sur ce qui se trouve dans notre assiette et de faire un choix en conscience. Et d’agir si cela nous déplait.

    Voilà quelques bribes de réponse. Je te remercie encore une fois pour ta réponse.

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    1. Je suis tout à fait d’accord avec toi sur l’aspect consommation et déculpabilisation, c’est certain qu’on ne peut pas se contenter de chercher d’éventuels substituts miracles, il faut rélféchir plus globalement, ne pas tout miser sur le soja, redécouvrir des légumineuses locales, etc. Et puis de manière générale, à titre personnel je trouve aussi qu’on devrait relier davantage cette cause à d’autres, car ce n’est pas le développement d’un marché végane de niche qui va diminuer la souffrance animale mais bien le fait de lutter contre un système économique capitaliste qui est fondé sur le profit au mépris de la souffrance humaine comme animale…

      « Pourquoi les personnes qui sont en lien avec le vivant continuent à en manger alors que ceux qui en sont éloignés arrêtent ?  » Toutes les réflexions que tu évoques interpellent en effet. C’est vrai qu’il y a des véganes en milieu rural, mais c’est vrai aussi que la majorité des végétariens et des véganes sont issus des classes moyennes diplômées, et il y a ici un lien avec le fait qu’ils résident plus souvent en ville (étudiants, professions intermédiaires, professions intellectuelles souvent). Je pense que c’est plus facile de remettre en cause des pratiques lorsqu’on y est pas liés directement, lorsqu’on en dépend pas économiquement personnellement et lorsqu’on y a un attachement assez modéré ! Donc ce n’est pas que les ruraux comprendraient moins bien les choses, mais plutôt que le lien qui les unit à la production agricole et à l’élevage est tout à fait différent. Devenir végane dans un petit village d’agriculteurs, c’est socialement bien plus difficile en plus de la difficulté matérielle (on a pas tout les produits sous la main etc). Et on aura sans doute plus de mal dans une telle situation à se laisser convaincre par le véganisme, car on a souvent de la famille agriculteurs éleveurs bouchers ou chasseurs. Je ne peux pas l’affirmer avec certitude, mais j’ai tendance à penser que les véganes en milieu rural sont majoritairement des néo ruraux installés à la campagne (même s’il y a des exceptions, j’ai déjà discuté avec des personnes véganes dans des familles de chasseurs, pas facile !)

      « A mon sens, la question n’est pas tellement de savoir si nous sommes végans ou végétariens. La question est de savoir ce qui se trouve dans notre assiette, comment cela a été produit, par qui, les conséquences de cette production sur l’environnement, sur les êtres vivants, sur les travailleur(se)s. » >> Mais est-ce que la première question empêche vraiment la seconde 🙂 ? La majorité des véganes que je connais se posent ces questions là ensemble en fait. Mais je vois un peu ce que tu veux dire, c’est vrai qu’il est sans doute profitable de ne pas se focaliser exclusivement sur des étiquettes, des labels et d’élargir un peu l’ambition. Je trouve que ce qui est intéressant quand on aborde cette discussion, c’est d’essayer de se poser la question dans les deux sens. Par exemple, on a tendance à se demander « pourquoi je devrais arrêter totalement la viande ? ». Mais c’est intéressant aussi de se demander à l’inverse « Pourquoi est-ce que je devrais continuer à manger de la viande, qu’est ce qui m’y pousse » ?

      Merci encore pour cet échange. Je devrais publier dans les semaines qui vient une réponse à un article que j’ai lu fin août, qui traite en partie de ces aspects

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  10. Fallait que je répare ma bourde (aussi j’avais pas envie de garder toutes ces interrogations pour moi toute seule … un autre esprit mérite d’être tout aussi torturé … hihihi).

    Les articles de Marine sont toujours un plaisir pour l’esprit et les yeux. Elle arrive à nous parler de choses qui fâchent sans pour autant nous fâcher. C’est tout un art dans la société actuelle je dois dire. Je l’ai découverte grâce à toi et je la redécouvre chaque fois que tu la mentionnes ici pour mon plus grand plaisir donc merci.

    J’ai aussi découvert « La Tranche Montagne ». L’article  » Tu as le droit à ta vie de débauche » est très …osé … venant d’une femme (j’entends). Sans vouloir jouer les misogynes de service, ce n’est pas ce genre de réflexions qu’on attend d’une femme. Je dois dire qu’en le lisant j’ai été tiraillée entre ma culture, la morale chrétienne de mes parents, ma propre morale… Au final je ne crois pas qu’on ait « droit » à une vie de débauche mais plutôt que chacun a le droit de mener la vie qu’il souhaite mener tant qu’il ne fait de mal à personne. Ce qui m’amène à m’interroger sur la question du mal. Et qui me ramène tout bonnement à la notion de morale. Et on est, bien sûr, reparti pour un tour. Cependant, je pense qu’une certaine limite morale est nécessaire. C’est comme avec le droit, les lois. Je me rappelle de cette question d’un prof d’histoire irlandaise (un cours irish enseigné dans une fac irish pour des non-irish) : « d’où tiens-tu ta morale? » Je pense que la question est très pertinente. Et une réponse à cette question permettrait de calmer certains débats de société…

    Je ne connaissais pas Mr Pierre Rabhi et grâce à ton article, j’ai pu le découvrir. Je ne me permettrait pas de juger sa pensée puisque je ne la connais que brièvement. Mais après la lecture de cet article, il m’est apparu comme étant un peu (trop?) utopiste… A développer.

    Enfin, j’ai attardé mes yeux sur les témoignages des personnes « racisées » (je fais presque dans la provocation lol). Avant même de les ouvrir, je m’attendais à un discours de victimisation. Je sais que cette réflexion me fera paraître pour une blanche bourgeoise et raciste. Et pourtant ! Concernant le discours selon lequel les jeunes enfants « racisés » auraient une très grande pression sur les épaules et que leur réussite est l’affaire de tout le monde. Je dirai que ça n’a strictement rien à voir avec le système éducatif français. C’est juste culturel dans la plus grande majorité des cas. Certainement que ce pan de leurs cultures a avoir avec des vestiges de la colonisation mais ça reste toutefois culturel. Je t’invite à lire « un si beau diplôme » si jamais la question t’intéresse. Je n’irai pas jusqu’à dire que le racisme est une utopie. Mais ne confondons-nous pas racisme et discrimination. Même la définition reprend ces deux termes. Selon moi il faut différencier racisme et discrimination. Le racisme, pour moi, serait de reconnaître qu’il y’a plusieurs « races » (le terme est sûrement mal choisi) au sein de l’espèce humaine sans pour autant qu’une soit supérieure à l’autre. Ce qui reviendrait tout simplement à banaliser la différence d’autrui. Et enfin , être noir ou « basané » serait tout à fait « normal ». Je sais que c’est un peu simplet comme réflexion mais je crois que ça permettrait d’éradiquer la discrimination qui, pour moi, est une honte pour l’humanité.
    Finalement, les deux articles des personnes « racisées » laisse un arrière-goût de victimisation surtout quand il parle des collègues qui ne lui pardonneront pas d’être autre chose que subalterne. Est-ce qu’au fond il ne s’excluerait / se discriminerait pas avant même que les autres le fassent par anticipation?
    Je pourrais m’étendre sur la question des heures durant tellement il y a des choses à dire mais je ne voudrais pas de servir de somnifère ^^

    Merci pour cette sélection (même si je ne te pardonne pas de « torturer » autant mes méninges :p)

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    1. J’ai essayé de te répondre sur mon téléphone tout à l’heure mais c’était un échec cuisant donc je le fais maintenant à tête reposée ! Merci d’avoir pris le temps de lire autant de choses dans cette sélection fournie (et ravie que tu apprécies autant le travail de Marine, je suis vraiment contente de voir que son travail a du succès)

      Concernant l’article de La Tranche Montagne, je pense que c’était exactement le message, on peut vivre la vie qu’on souhaite, si on ne fait de mal à personne on devrait être plus doux avec nous-mêmes… or pas mal de normes morales sont étouffantes et toxiques, beaucoup de jugements extrêmement sévères en particulier sur les femmes. Parler de débauche c’est utiliser un terme habituellement employé comme négatif et stigmatisant et se le réapproprier, parce que finalement, en quoi ce serait un problème d’être « débauchée » si ça signifie profiter de la manière dont on le souhaite ? On a tous et toutes des normes morales/éthiques en tête bien entendu, de mon côté je suis assez conséquentialiste : je me demande toujours quelles conséquences aurait tel ou tel comportement, si quelque chose me dérange alors que de fait ça n’a pas d’incidence négative, alors je me dis que je devrais interroger davantage ce préjugé et essayer de le déconstruire (bien sûr c’est souvent plus complexe, dans certaines situations c’est ambigu)

      Je suis interpellée par ce que tu me dis sur ta lecture des articles témoignage de personnes racisées, notamment celui du blog Le seum collectif. Je vais t’exposer mon ressenti, sachant que je pense avoir eu à une période des réflexions un peu similaires aux tiennes. Ma question de base est la suivante : qu’est-ce qu’on appelle au juste victimisation ? Le fait de se présenter comme victime ? Mais lorsque c’est le cas, c’est juste un état de fait. Le fait de se présenter comme victime ALORS QUE la situation ne serait pas si grave que ça ? Mais précisément, en quoi savons nous mieux que les personnes concernées que ce ne serait pas si grave, pas si dur ? On entends beaucoup dire que les femmes se victimisent aussi lorsqu’elles parlent des discriminations dont elles sont victimes, généralement c’est pour minimiser ce qu’elles vivent, mais ça ne rend pas moins réelle le fait qu’elles en soient victimes. (Etre victime de quelque chose ce n’est pas honteux d’ailleurs). Par ailleurs, est-ce que le fait de s’attendre déjà à ça ne modèle pas un peu la perception qu’on a de ces textes ? Je pense que ce sont de bonnes questions à se poser. De mon point de vue, à partir du moment où je ne connais rien de ces réalités, où je ne les vivrais jamais, je me mets dans une position d’écoute… de plus un témoignage comme celui-là est à la fois très dense, très précis et très documenté, et les travaux existants en sociologie sur ces questions (racisme, ascension sociale…) ne le contredisent pas au contraire. Même s’il peut y avoir des ressentis différents avec des parcours en apparence proche, ça reste une réalité pour beaucoup de personnes et il me semblait important de partager ce texte car justement il nous donne accès à cette réalité qu’on pourrait facilement ignorer.

      « Je dirai que ça n’a strictement rien à voir avec le système éducatif français. C’est juste culturel dans la plus grande majorité des cas. Certainement que ce pan de leurs cultures a avoir avec des vestiges de la colonisation mais ça reste toutefois culturel » >> Ce n’est pas forcément le système éducatif français, c’est la compétition inhérente à la plupart des systèmes scolaires en fait ! Quant à l’aspect culturel je t’avoue que j’ai fait un truc genre « ouille ouille ouille » en lisant ça, je pense que ça pourrait être très mal pris par des personnes directement concernée, moi je réponds tranquillement et sans aucune animosité, mais c’est précisément parce que je ne le vis pas… Qu’est-ce qui est culturel au juste d’ailleurs de ton point de vue, le fait de vouloir réussir, le fait de vouloir que les enfants aient de meilleurs diplômes ? Parce que si c’est ça, ça a aussi été une stratégie déployée par de nombreuses familles blanches de la classe ouvrière, essayer d’offrir un tremplin aux enfants en les incitant à travailler beaucoup pour avoir une meilleure place sociale qu’eux… Mais il y a des différences pour les enfants qui réussissent effectivement, dans la mesure où pour les enfants blancs, dont les parents sont français, la position de transfuge de classe se « voit » moins (mais ça peut être vécu de façon violente aussi, je ne sais pas si tu connais la blogueuse et youtubeuse Antastesia mais elle parlait de ça dans une vidéo récente), et donne moins lieu à des discriminations spécifiques (malgré des aspects de violence de classe donc)… Et plus encore quand on dit « culturel », à quelles cultures ça renvoie ? Car les personnes racisées qui vivent en France ne sont pas toutes originaires des mêmes endroits, certaines familles sont là depuis des générations, d’autres c’est plus récent, les pays d’origine sont différents… Donc l’explication culturelle doit être prise avec prudence je pense. Pour moi c’est le fait qu’un groupe soit particulièrement en bas de l’échelle sociale qui crée ces aspirations à l’ascension, tout simplement. Ensuite il peut y avoir des effets spécifiques à certaines communautés, je ne nie pas cette possibilité, c’est possible que l’école ait une image particulière qui soit susceptible de varier selon l’histoire des familles, selon l’histoire des pays d’origine des parents, mais je suis entièrement convaincue que c’est bien plus complexe qu’un élément « culturel » commun (d’ailleurs méfions nous du « eux » et « nous » : quand tu dis « leurs cultures », serait-elle nécessairement différente de la notre, et toutes les personnes racisées auraient-elles la même ?!). Je suis allée voir l’ouvrage en question qui a l’air super intéressant, mais je crois que la question se pose différemment car l’histoire est ancrée dans le contexte rwandais initialement (même si on retrouve une aspiration à sauver les enfants par l’école, mais comme je disais plus haut, je crois qu’on retrouve ça dans tous les milieux populaires en réalité, ce qui change ensuite c’est que dans le témoignage que j’ai partagé, il y a une pression supplémentaire liée à l’aspect collectif, ce qu’il explique en disant « on ne réussit jamais que pour soi » : notre réussite c’est un peu celle de tous les autres. Je pense que ces aspects existent aussi dans les classes pauvres blanches dans une moindre mesure, après je ne connais pas cette réalité de l’intérieur et je ne suis pas non plus spécialiste de ces aspects mais il y a des travaux dessus)

      Concernant la définition du racisme, en fait actuellement on ne définit plus le racisme contemporain comme la croyance dans l’existence de races, hiérarchisées ou non, parce que plus grand monde ne défend ça même les plus racistes tellement ça a été démonté (y’en a toujours qui s’acharnent mais ils sont minoritaires). En revanche il y a quand-même un héritage de ça dans le racisme contemporain, avec une tendance à essentialiser les personnes racisées, à les réduire à leur appartenance supposée à un groupe racial, à leur appartenance supposée à une culture, à une religion… En gros l’origine et le culturel se substituent au biologique, mais il y a toujours des formes de hiérarchie. Le nombre de fois où on entend « les noirs sont ceci », « les arabes sont cela »… C’est déjà une forme de racisme que de commencer une phrase par une telle généralité en fait. Et c’est plutôt cette forme là que ça prend aujourd’hui. Le racisme contemporain est aussi régulièrement défini comme un système, un ensemble de représentations et de pratiques, à la fois individuelles et au niveau des institutions, qui perpétuent une situation de domination d’un groupe donné. Et ce système de domination produit des discriminations. Donc de ce point de vue il n’y a pas d’opposition entre discrimination et racisme : les discriminations sont le produit d’un système raciste.

      Sinon oui bien sûr que le résultat qu’il faudrait poursuivre, c’est qu’un jour ces différences soient banalisées, mais pour ça il faut commencer par reconnaître les situations de domination, comprendre le système qui leur permet de se perpétuer, et réfléchir aux stratégies de luttes à mettre en place (ce qui n’a rien d’évident, mais c’est aussi pour ça qu’il est si important d’écouter et comprendre ce que vivent ces personnes, et d’essayer d’identifier comment on peut être les meilleures alliées possibles)

      Je finirais en disant que le fait de s’autocensurer, s’autoexclure, est en soi même une conséquence du fait d’avoir subi remarques, discriminations, pendant aussi longtemps, d’avoir été socialisé en ayant à l’esprit qu’on est en bas de l’échelle sociale et qu’en plus on fait partie des groupes victimes de racisme, qu’en gros on vaudrait moins que les autres. C’est flagrant pour le sexisme aussi, dans plein de cas les femmes s’autocensurent, ce n’est pas pour autant qu’il n’y a pas un système responsable de ça derrière… Faudrait pas rendre les personnes qui subissent ça responsables de ce qui leur arrive non plus !! (Par ailleurs je crois que le texte conclut justement en disant qu’il faut une bonne dose de volonté pour surmonter tout ça, et c’est ce qu’a fait la personne qui l’a écrit… et elle explique que du coup c’est un peu facile de la part des autres qui n’ont pas vécu ça, de leur reprocher de vouloir cette ascension sociale)

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      1. La réponse est bien touffue :p

        Alors, pour te répondre à mon tour (promis, j’essaierai d’être concise), en ce qui concerne la victimisation, je dois dire que j’ai emprunté un raccourci lexique sans trop chercher ce à quoi ce terme ramenait essentiellement. Mais en l’employant, j’avais en tête l’idée de « toujours voir le mal partout ». Mon commentaire ne niait en aucun cas le ressenti de ces personnes face à telle ou telle situation. C’est pour cela que j’ai repris plus loin l’exemple du « subalterne ». Etant moi-même une personne « racisée », je ne peux te compter le nombre de fois où j’entends « ils sont tous racistes », « la droite raciste », « c’est la faute des blancs », « ont-il payé pour les crimes de la colonisation? », etc. Le racisme existe. Il a toujours existé. La colonisation a existé et a causé bien des dégâts. Mais est-ce toujours la faute des blancs? Et, si je dois pousser la réflexion plus loin, je dirai à quoi ça a servit d’essayer, en vain, de culpabiliser « les blancs » (tu me pardonneras, mais je vais utiliser des termes génériques pour expliciter mon propos sinon ça risque d’être bien trop long). A un moment donné je me demande s’il ne faut pas changé de perspective. Adopter un autre plan d’attaque (au sens figuré bien sûr).

        Je te rejoins au sujet de « leurs cultures ». Encore un fois, j’ai utilisé un raccourci lexique. Les personnes racisées n’ont pas tous les mêmes cultures. Ils ne viennent pas tous des mêmes pays. Mais leurs pays (plutôt nos pays) partagent certaines similarités, notamment en ce qui concerne la place de l’école. C’est, sans doute, le fait qu’ils appartiennent à un groupe « en bas de l’échelle sociale ». D’ailleurs, ça m’a fait tout drôle que tu prennes l’exemple des parents blancs issue de la classe ouvrière qui ont employé « la même stratégie » comme tu dis. Parce qu’en rédigeant mon premier commentaire, j’ai pensé à la même chose et en y pensant je me disais que c’est commun à toutes les « races » finalement.
        Mon propos sur la culture n’avait pas l’intention de heurter qui que ce soit. Je parle en disant « eux », « leurs » mais comme je le dis plus haut je fais partie de ces personnes dites racisées et ces choses je les vis « presque » au quotidien (donc en voyant ma tête c’est sûr qu’ils ne l’auraient pas mal pris tout compte fait lol). Et par même culture, je parlais de l’ascencion sociale par la voie scolaire, par le diplôme.

        Finalement, parce que ces réalités me concernent, j’essaie de réfléchir au « comment » et non plus au « pourquoi ». Je ne pense pas que la dénonciation systématique (bien sûr il faut dénoncer, surtout pour les cas les plus flagrants et « graves ») et la diabolisation de l’homme blanc soient la chose à faire. D’ailleurs, cette stratégie a été adoptée depuis bien longtemps et on attend toujours les résulats (tu me contrediras si je me trompe).

        Pour terminer, tout ce que je souhaite c’est rendre banal le fait d’être noir, jaune, rouge, blanc, pourpre, etc. J’avoue que je ne sais pas comment y arriver. Mais je doute fort en la constante dénonciation et incrimination d’un groupe par un autre. Je crois que, nous, personnes racisées, devons accorder moins d’importance à ces « petits tracas » du quotidien (je reviens au cas du subalterne) et vivre comme si notre couleur de peau ou autre caractéristique physique étaient tout à fait normal. Mais je concède volontiers que ce n’est pas aussi simple pour tout le monde. Moi, en tout cas, c’est ce que je m’applique à faire tout en agissant pour des causes que je juges primordiales.

        P.s : je salue ta démarche d’essayer de comprendre sans porter de jugements, étant une personne non racisée. De ce fait, je comprends ta « réaction » face à certains de mes propos. Mais crois-moi, de plus en plus, parmi nous, personnes racisées, des voix comme la mienne s’élèvent.

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      2. Merci beaucoup de ta réponse ! Et je comprends mieux ton point de vue aussi maintenant. Je pense que selon les personnes, on passe de petits tracas à des choses vraiment plus pesantes, et les vécus peuvent varier. Mais comme tu dis, il y a beaucoup de voix qui s’élèvent et les luttes antiracistes sont très actives… et dans les différents groupes militants, je trouve qu’il y en a pas mal qui ont une grille de lecture politique et des stratégies qui ne s’en tiennent pas à souligner en permanence que les Blancs sont racistes et que tout est de leur faute, loin de là… Je fais souvent des parallèles avec la lutte féministe parce que c’est ce que je connais le mieux, et je pense qu’on a un peu la même situation : on a besoin de témoigner de ce qu’on vit pour le faire comprendre, pour échanger avec d’autres, donc ce sera toujours important que des femmes racontent exactement ce que ça fait d’être une femme aujourd’hui et toutes les choses invisibles qui peuvent être subies… ensuite une action politique (politique au sens large hein) implique de ne plus s’en tenir à ça et d’élaborer des stratégies, bien sûr. J’apprécie beaucoup les réflexions de Mélusine sur son blog Mediapart par exemple, et y’a beaucoup de contenus sur des blogs, sur twitter, sur youtube aussi qui m’ont fait beaucoup avancer dans la compréhension de ces enjeux (même si évidemment je le comprendrais jamais « de l’intérieur », mais en tant que personne non racisée, de mon côté je crois que l’important c’est d’essayer de prendre conscience d’autres réalités, et à partir de là, de se demander comment est-ce qu’on peut créer des convergences, et comment est-ce qu’on peut prendre ces luttes là en compte dans les luttes politiques qu’on mène)

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