Dire non, mais après ? Le cas Antigone

Après une semi-pause de quelques semaines, me voilà de retour avec je l’espère un planning de publication plus fourni pour l’été. De nombreux brouillons attendent ! Certains quasiment achevés d’autres au stade embryonnaires ; certains mis de côté depuis un ou deux ans, d’autres tout neufs. Au menu : un futur article sur mon voyage à Madagascar et les questions d’éthique qui se sont posées, la suite (annoncée depuis des millénaires) de mon article Une végétarienne chez les chasseurs, une sélection de revues indépendantes à découvrir, ou encore une réflexion autour de l’idée selon laquelle le rationalisme désenchanterait nos vies… Il faudra patienter encore un peu cependant, mais promis, je compte plancher sérieusement dessus et booster un peu ce petit blog dans les mois qui viennent. Pour l’heure, je vous propose ici quelques sentiments autour de la figure d’Antigone. Pas d’analyse littéraire poussée au programme, pas d’interprétation fine autour du sens de cette œuvre souvent étudiée au collège ou au lycée : je vous parle surtout de la fascination qu’a exercé Antigone sur des générations d’adolescents, constituant un modèle de rébellion et d’intégrité morale. J’ai été dans ce cas, mais ces dernières années ont apporté des évolutions qui me font aujourd’hui porter un regard un peu différent sur le personnage dans sa dimension « modèle ». Au passage, un petit clin d’oeil à Cléa du blog Raton rêveur, l’article m’a été inspiré par un de nos échanges sur Instagram… et à Ophélie Véron pour des raisons évidentes !


 

Vous avez peut-être étudié Antigone au collège, adaptation de la pièce de théâtre antique par Jean Anouilh ? Ce fameux petit livre orange dont nos enseignant·es nous faisaient parfois jouer des extraits… Dans la ville de Thèbes, Antigone, la fille du roi Œdipe à présent en exil, se dresse contre son oncle Créon, nouveau roi de la cité.  Après que les frères d’Antigone se soient entre-tués pour le trône, celui-ci a interdit qu’une sépulture soit donnée à l’un des deux, Polynice. Antigone refuse cette sentence et tente à de nombreuses reprises d’inhumer son frère, sans dévier de son objectif et malgré la menace qui pèse sur elle. Dans le dialogue qui confronte Antigone et Créon, celui-ci tente de lui montrer l’absurdité de son geste : Polynice qu’elle idéalise ne valait pas mieux que son frère. Qu’importe, le geste d’Antigone dépasse de loin cette volonté d’inhumation : elle est l’opposition elle-même, et elle refuse les compromissions que lui propose Créon, qui incarne ici une forme de pragmatisme résigné qui accepte quant à lui la pratique du pouvoir, la sauvegarde de l’ordre en place.  Elle en paiera le prix fort — malgré sa réécriture, nous sommes toujours dans une tragédie grecque et le poids de la fatalité pèse sur l’histoire…

Nombre d’adolescent·es ont été marqués par cette figure, ému·es par le récit, et se sont reconnu·es dans cette énergie rebelle éperdue. Antigone, c’est celle qui dit non. Qui passe au dessus des lois, coûte que coûte. D’abord pour agir selon sa conscience. Puis, lorsque son geste paraît soudain vide de sens, elle dit non, pour dire non. Pour opposer une résistance, parce que les normes de ce monde n’auront pas de prise sur elle, même si elle doit le quitter dans la douleur… La fascination est dès lors largement compréhensible, particulièrement à un moment de la vie où l’on commence à identifier ce qui nous pose problème, où on prend souvent de la distance avec les valeurs et les pratiques de notre famille. De mon côté, j’ai lu et relu la pièce à l’époque, j’aurais volontiers utilisé Antigone comme pseudonyme sur mes premiers réseaux sociaux si je ne m’étais rendue compte que des dizaines d’adolescentes s’étaient déjà emparées de l’idée ! Ce n’est que quelques années plus tard que certains éléments me sont revenus en tête et m’ont quelque peu tracassée (toute proportion gardée, je n’étais pas obsédée par ça non plus, évidemment).

Antigone dit non, courageusement, mais ce non est centré sur elle-même, sur sa volonté de liberté, son entêtement farouche, son besoin de cohérence. Son intensité, à vivre ou à mourir. Son refus du compromis. Antigone dit non, mais elle ne meurt pas pour des idées, elle ne meurt pas pour un projet, elle ne meurt pas dans le cadre d’une lutte pour un monde meilleur : il m’est soudain apparu que sa mort n’a que peu de sens en dehors d’elle-même (c’est ce qui en fait d’ailleurs une figure de tragédie : aimant la vie plus que toute autre, elle n’en va pas moins  à la mort avec le sentiment du destin s’accomplissant). C’est donc un refus de l’autorité finalement très individualiste, autour du « Je », d’où une forme une forme de malaise, voire d’agacement, en relisant certains dialogues. Ces points étaient d’ailleurs déjà soulignés lorsque la pièce est sortie en 1944 par différents observateurs dont certains s’indignaient du mépris d’Antigone vis à vis des humains, une forme d’orgueil qui la rapprocherait finalement de Créon… D’autres encore s’alarmaient du fait que les multiples interprétations de la pièce pouvaient faire pencher la sympathie en faveur de Créon et de la défense de l’ordre, alors même que la France se trouvait en pleine période de collaboration avec le régime nazi (je vous invite à lire la notice Wikipédia et différentes analyses qu’on peut trouver en ligne si ces aspects vous intriguent).

Comme figure à laquelle s’identifier (et je la porte toujours dans mon coeur), Antigone comporte des limites certaines. Elle dit non et s’y tient, point. De son côté, Créon, son oncle, roi de Thèbes, lui oppose un « Oui » qui, dit-il, implique de se salir des mains, de prendre les choses à bras le corps, bref, de se compromettre. Il est vrai que construire demande des compromis, que choisir de s’engager plutôt que de décliner amène à la nuance, souvent. Mais dans Antigone, le oui de Créon est celui de l’ordre établi et de la violence légitimée, et le non d’Antigone, c’est la mort annoncée, la révolte vaine. Alternative désespérante s’il en est…

ANTIGONE

Hé bien, tant pis pour vous. Moi, je n’ai pas dit « oui » ! Qu’est-ce que vous voulez que cela me fasse, à moi, votre politique, vos nécessités, vos pauvres histoires ? Moi, je peux dire « non » encore à tout ce que je n’aime pas et je suis seul juge. Et vous, avec votre couronne, avec vos gardes, avec votre attirail, vous pouvez seulement me faire mourir parce que vous avez dit « oui ».

(…)

CRÉON, la secoue soudain, hors de lui.

Mais, bon Dieu ! Essaie de comprendre une minute, toi aussi, petite idiote ! J’ai bien essayé de te comprendre, moi. Il faut pourtant qu’il y en ait qui disent oui. Il faut pourtant qu’il y en ait qui mènent la barque. Cela prend l’eau de toutes parts, c’est plein de crimes, de bêtise, de misère… Et le gouvernail est là qui ballotte. (…)

Pourquoi est-ce que je vous parle de tout cela ? Pas par pur plaisir de digression sur une œuvre célèbre. Dans nos vies, Créon, c’est la figure paternaliste plus âgée, qui  vous parle de pragmatisme, de « regarder les choses en face ». Celui qui vous dit que vous en reviendrez, allez, comme tant d’autres, de vos idéaux. Celui ou celle qui voit votre vie comme un parcours linéaire, nécessairement destiné à se ranger du côté de la majorité. Que lui opposer ? S’inspirer d’Antigone, c’est répondre au cynisme avec une rébellion d’une sincérité pure, mais qui vacille parfois, qui frise l’autodestruction, qui ne tient pas toujours dans le temps. Un soulèvement individuel face à ses propres démons qui m’évoque certains anarchismes de posture, prompts à critiquer l’ordre établi avant tout parce qu’il édicte des limites aux individus, et peu enclins à construire collectivement.

J’ai retourné ces éléments dans ma tête. Oui Antigone m’agace un peu dans sa rébellion exaltée et solitaire, mais sa révolte vise plus large. Tout du moins, elle esquisse des pistes, elle peut constituer un point de départ : le saut est possible du refus de la contrainte sur soi à la volonté de bâtir. Je relis les dialogues pour cet article, et l’affection pour la jeune fille butée, « ses sourcils joints, son regard droit devant soi, lancée sans écouter personne », prend le pas sur l’agacement. Je suis toujours touchée, et pour tout vous dire, je pleure toujours quand je lis l’échange d’Antigone avec Hémon. Le destin d’Antigone émeut autant qu’il nous plonge dans l’incompréhension.  Ai-je envie d’être une Antigone ? Plus vraiment aujourd’hui, plus en tant que telle. Ou une autre Antigone, alors. Qui remonte ses manches elle-aussi, qui construit sans compromission. Qui ne voit pas le sacrifice comme la voie difficile et la vie douce comme une facilité à repousser. Qui assume son amour de la vie, sa recherche fébrile de toutes les beautés, et qui bâtit dessus.

En somme une Antigone qui ne dit pas seulement non, mais qui veut dire oui… autrement. La formulation vous paraît soudain familière ? C’est normal, vous l’avez peut-être lue sur le blog d’Ophélie qui en a fait son leitmotiv ! Et à ce titre, je prends en compte les retours que vous me faites sur certains articles, vos découragements parfois devant le partage de contenus qui s’évertuent à déconstruire des discours séduisants (dans mes remue-méninges notamment), devant ma critique régulière des illusions véhiculées par la consom’action… Je pense ce travail de déconstruction essentiel, mais pour autant, je saisis l’importance de ne pas laisser tout le champ à l’expression de la critique, du refus, du non, aussi nécessaires soient-ils. Et j’y réfléchis pour la suite.


Et vous alors, à quoi dites vous non ? Et à quel chantier de construction collective rêvez-vous de prêter main forte ?

30 réflexions sur “Dire non, mais après ? Le cas Antigone

  1. c’est marrant, je l’ai étudié au lycée, j’aurais carrément pu m’identifier à l’aspect idéaliste et révolté (d’autant que j’investissais à fond les études à cette époque, donc je prenais tout ce que je pouvais dans les contenus d’enseignement) Mais pas du tout en fait… j’ai vraiment beaucoup plus accroché au Mariage de Figaro, l’année d’après. Je souscris en partie à ton analyse, même si l’aspect « il faut regarder la réalité en face et laisser parfois l’idéal tranquille » me gonfle toujours un peu^^ (oui, ça m’énerve toujours… je me méfie pas mal par exemple du rappel au « réalisme » en politique, opposé au prétendu « utopisme » et qui est souvent l’acceptation de ce qui est là et inéluctable, un statu-quo mortifère pour le coup. La politique, c’est aussi faire avec ce qui n’est pas encore là, mais qui pourrait exister, pas une simple gestion du déjà-là et qui confine parfois à l’apolitisme et/ou au cynisme…) Alors, à quoi je dis non? Bon, j’en ai déjà indiqué quelques éléments 🙂 je pense dire non aussi à l’anti-intellectualisme. Et le projet collectif dans lequel je m’inscris… un projet de transmission, transmission du savoir, des connaissances.

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    1. Merci pour ton retour ! Oui j’ai focalisé ici sur la figure d’Antigone parce que c’est elle qui fascine, mais il y aurait beaucoup à dire dans ce qu’incarne Créon… et sur la façon dont il est présenté par Anouilh en comparaison avec la version antique

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  2. Très belle réflexion qui m’a donnée envie de relire Antigone. Et pourtant, je n’en garde pas un souvenir impérissable. J’étais moins sensible à ce type de lecture lorsque j’étais plus jeune.
    La déconstruction des discours aussi séduisants soient-ils est nécessaire à la prise de recul et à l’amorce d’une réflexion personnelle et non-normée (enfin, il me semble).
    Il faudra que je prenne le temps d’aller lire ta section « remue-méninges ». Elle me semble très intéressante 🙂
    Vany

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    1. Merci à toi d’avoir pris le temps de participer à l’échange ! Effectivement je pense que notre sensibilité au récit dépend beaucoup du moment où on y a accès, à la fin du collège par exemple je commençais à me révolter un peu spontanément, sans que ce soit très ordonné, mais sur l’égalité hommes-femmes, les injustices dans le monde, tout ça. Donc ça faisait écho à quelque chose

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  3. Je tombe sur ton blog par hasard. J’ai lu quelques articles, dont celui sur ton stage chez les chasseurs (très intéressant d’ailleurs 👍) et je dois dire que j’aime beaucoup tes réflexions. J’ai du parfois faire un effort pour me concentrer, fin de journée oblige 🙈.
    J’ai lu et adoré Antigone mais je n’en avais qu’un vague souvenir.

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  4. Ce sont de belles pistes de réflexion que tu nous offres là !
    Je n’avais jamais pris le temps de réfléchir ainsi sur le non d’Antigone. J’ai lu la pièce de Anouilh à de nombreuses reprises et si Antigone m’agaçait parfois, c’était en raison de son incapacité à vouloir convaincre les autres. C’est drôle n’est-ce pas, j’avais l’impression qu’elle se complaisait dans ce rôle de celle qui refuse d’obéir juste par envie de désobéir et non pas par volonté viscérale. Je trouvais qu’elle ne défendait pas assez ses convictions …
    Je vais relire ce beau livre en me penchant sur cette problématique du non que tu soulèves ! 🙂

    Bisous Irène !

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    1. Oui, exactement, c’est ce qui m’est apparu au fil des années, je suis passée par différentes phases ! Elle part directement du principe qu’elle est investie d’une forme de mission personnelle, elle doit mourir, c’est comme ça. Elle ne cherche rien, elle ne veut pas convaincre. C’est extrêmement frustrant pour le lecteur ou le spectateur ! Mais c’est aussi ce qui nous interpelle et nous fait échanger derrière 🙂 Merci beaucoup pour tes mots !

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  5. Bon bah j’ai pleuré… J’ai aimé ce livre follement, nous l’avons joué avec mes amies (en 3ieme, un des plus beaux souvenirs de ma vie). En ayant répété un peu tous les personnages, je me suis beaucoup attachée à chacun d’entre eux, et ce que je trouve merveilleux dans ce livre, c’est justement la force de chacun des personnages: la nourrice qui a choisi la vie dans toute sa simplicité, Ismène qui veut se battre timidement et en vivant, Hémon qui ne peut pas comprendre mais aime de toutes ses forces, Les deux grands frères morts l’un contre l’autre… Toutes les facettes du oui et du non se retrouvent dans les personnages secondaires.
    J’ai lu un peu tout ce qui a pu me tomber dans les mains sur Oedipe/Antigone, et ces deux personnages ont toujours nourri ma réflexion sur jusqu’ou aller. En particulier Œdipe sur la route d’Henri Bauchau m’a aussi beaucoup touchée.

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    1. J’aime beaucoup le personnage d’Ismène finalement, avec le recul, Hémon aussi, et on y fait moins attention, c’est vrai. Je te rejoins totalement, tous les personnages incarnent une version différente du oui et du non ! (J’ai vu que le magazine littéraire a fait un dossier sur la figure d’Antigone, je vais essayer d’y accéder en ligne si je trouve des identifiants). Merci énormément d’avoir pris le temps de commenter, ça me touche beaucoup.

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  6. Ton article me donne très envie de relire Antigone. Je n’avais pas compris l’enjeu essentiel, l’opposition contre l’ordre instauré quand je l’avais lu, ou alors je ne me l’étais pas approprié. Il fallait que je grandisse. Mais là je pense la relire justement pour apprécier ces propos si universels qui, malgré le fait qu’elle soit assez égoïste, s’adresse à tout le monde plutôt qu’à elle même.

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    1. Merci pour ton retour ! À la lecture des différents commentaires je pense qu’il est particulièrement intéressant de lire aussi la version antique, que je connais mal… Pour saisir la façon dont Anouilh s’en détache

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  7. Très intéressant cet article, sur une oeuvre que je n’ai jamais lue (incroyable mais vrai) mais que j’ai eu l’occasion de voir représentée… Je penserai à ton analyse la prochaine fois que je croiserai Antigone, sur scène ou dans les pages d’un livre!

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  8. Très intéressant ton article! Moi aussi j’étais fan d’Antigone, jusqu’à ce que j’assiste au procès d’un commando anti-IVG: leur avocat a utilisé la figure d’Antigone pour justifier leur action, en reprenant la rhétorique de dire qu’il y a des lois supérieures à la loi des hommes. Ça a été la grosse douche froide et si j’ai toujours beaucoup de tendresse pour Antigone et sa rébellion, je me souviens que les extrémistes de tous bords peuvent aussi se servir de ce symbole…
    Sinon, je me suis abonnée à ton blog car je ne voudrai surtout pas louper ton article sur le rationalisme qui désenchanterait nos vies! (sans vouloir te mettre la pression 😉 )

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    1. Oh il faut qu’on me mette un peu la pression sinon je suis capable de mettre deux ou trois ans à publier un texte, c’est déjà arrivé aha ! Merci beaucuop d’être passée !

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  9. J’ai trouvé ton article intéressant. Je n’ai pas relu Antigone depuis le collège. Il doit encore trôner quelque part dans ma bibliothèque. Je vais le relire histoire de voir ce que j’en pense avec un regard adulte ! Je me rappelle simplement que je n’étais pas triste à la fin, mais surtout frustrée. J’ai aussi lu la version de Sophocle , où il y a une plus grande position vis à vis de la religion. Au final on voit que tous les personnages sont entêtés, aveuglés et je pense que c’est ce qui m’avait frustrer. En tout cas je vais relire tout ça.

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  10. Moi je suis une fois encore stupéfaite devant ton intelligence et ta volonté de te poser les bonnes questions. Franchement, BRAVO. Cette étude est particulièrement intéressante et me touche d’autant plus que mon premier métier est celui de la scène et du texte déclamé. Merci !

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    1. Ohlala merci beaucoup je ne sais même pas quoi te répondre ! Je pense que beaucoup de personnes proposent des analyses beaucoup plus poussée de l’oeuvre, des comparaisons entre les différentes versions, de manière plus fine… Ici j’ai vraiment voulu rester sur ce qu’on voit nous dans ce personnage. Ca me touche que ça puisse inspirer du monde. A bientôt ( PS : si la scène te plait toujours, on se croisera peut être à Avignon un de ces quatre, j’y ai de la famille 😉 )

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  11. Merci pour cet article pour plusieurs raisons. Tout d’abord, le fait de mettre en gras les passages importants de ta réflexion m’ont permis de d’abord survoler l’article pour avoir une idée de son contenu. Ca m’a ensuite donné envie de le lire tout entier, ce que j’ai fait. Ca prouve qu’un travail sur la forme, même léger, ca peut faire la différence (si tu n’avais pas mis de gras, j’aurai surement pas eu le courage de lire l’article entier)

    Ensuite, c’est une précieuse réflexion qui invite à ne pas se complaire dans la critique, pour devenir un bâtisseur et plus seulement un rêveur (c’est la résolution que j’ai personnellement essayé de prendre au nouvel an de fin 2017).
    Ca m’évoque cette image facebook, tu sais, avec 3 populations, « ceux qui critique » « ceux qui conseillent » et « ceux qui font »

    Avec l’idée que beaucoup de gens sont prompts à s’opposer, mais que cela est vain, surtout si l’opposition gagne, quand on a rien a proposer comme alternative derrière.

    S’opposer frontalement à un système, c’est demeurer dans le même paradigme que lui. Et donc, on en reste prisonnier.
    Je pense comme toi que pour s’émanciper d’un système, pour le dépasser, il vaut mieux en proposer un autre, qui soit davantage en harmonie avec nos valeurs et nos besoins. Un peu à la manière de cette célèbre citation de Jung…

    « TU VEUX UN MONDE MEILLEUR, PLUS FRATERNEL, PLUS JUSTE ? EH BIEN COMMENCE À LE FAIRE : QUI T’EN EMPÊCHE ? FAIS-LE EN TOI ET AUTOUR DE TOI, FAIS-LE AVEC CEUX QUI LE VEULENT. FAIS-LE EN PETIT, ET IL GRANDIRA. »

    ***

    Bref, à quoi est-ce que je dis non, moi?

    Je dis non à la violence, non à l’absurde de la condition humaine, non aux prisons des croyances, de l’imaginaire, de l’intelligence.
    Mais sans m’y opposer. Comme en Aikido, j’utilise l’énergie de la violence comme un outil de travail. Comme Véronique Gaspard, je transforme la merde en compost, je révèle l’or qui se cache à l’intérieur du plomb, et autant que possible j’essaie de transmettre l’idée que tout mouvement psychique est par essence fait d’amour.
    J’ai conscience que la route est longue pour transmettre toutes les informations scientifiques et expérientielles qui m’ont permis d’en arriver à cette conclusion, mais la vue est si belle depuis ma colline que je fais de mon mieux pour inviter les autres à venir voir le monde depuis mon point de vue, l’espace d’un instant, pour voir ce qu’il se passe ensuite. Juste pour voir si ca plait ou pas.

    J’apprend et je transmet la communication NonViolente, non pas pour supprimer la violence du monde, mais pour la comprendre et ne plus qu’elle soit un obstacle à mon épanouissement personnel, ou ceux des autres. La violence est une alliée, un gardien protecteur de mes besoins. Et avec la CNV, j’apprend à trouver d’autres solutions que la violence pour protéger mes besoins. Et j’apprend aux autres à trouver à leur tour d’autres solutions.

    Je suis végétarien, pas pour changer le monde, mais parce que ca me fait du bien que de faire un usage de mon argent qui ne contribue pas au meurtre d’animaux. Je ne pense pas que les omnivores sont méchants, ou stupides. A la limite je pense qu’ils n’ont pas forcément les mêmes informations que moi. Ce n’est pas une question de « chacun ses valeurs », plutôt une question de priorités et de moyens (émotionnels, financiers, de gout pour la pensée abstraite). Je transmet ce que je sais à ceux que cela intéresse.

    Je dis Non au cynisme et à la complaisance dans la médiocrité. Pas pour juger les autres depuis ma tour d’ivoire en me prenant pour dieu, mais parce que j’ai à cœur de cultiver mon goût pour l’émerveillement et que je souhaite transmettre ce gout à tous les êtres autour de moi.

    Autant que possible, j’essaie de montrer l’exemple dans ma façon d’être au monde et d’être avec les autres, car j’ai compris que ce que les gens apprennent de moi, ce n’est pas ce que je dis, mais ce que je suis. Y compris ce que je suis quand personne ne regarde.

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    1. Merci infiniment d’avoir pris le temps pour ce commentaire, ou plutôt pour ce texte qui est plein de justesse et de poesie. Merci aussi pour ta remarque sur les passages en gras, ça me sera utile pour la suite !

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  12. Ah que de souvenirs ! J’ai étudié Antigone en troisième avec un propre de français qui m’avait littéralement passionnée sur l’oeuvre. J’adorais ressentir la tension dans les dialogues et l’irrationalité des situations. Relire ton article m’a fait réaliser que je n’avais pas tout perçu dans ce récit et que certainement si je m’y replongeais je réaliserais à encore de nombreuses choses ! Merci pour ton analyse qui était très intéressante !

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  13. Très bel article qui fait réfléchir. Quand j’ai étudié Antigone je ne me rappelle pas m’être particulièrement identifiée à elle même si à l’époque j’agissais comme elle dans certains cas. Enfin, ça je ne m’en suis rendue compte que récemment, j’ai appris depuis à nuancer les choses… J’aime beaucoup ta conclusion qui propose une 3ème voie et incite à se détacher de la pensée binaire 🙂

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    1. Merci à toi ! C’est vraiment intéressant de parcourir les différents commentaires sur l’article, plein de rapports différents à l’œuvre et à l’héroïne 🙂

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