Une culture du viol à la française, de Valérie Rey-Robert : des clés de lecture pour une lutte féministe

Au tout début du mois de février débutait la septième édition du Club de lecture féministe des Antigones, animé par Pauline et Ophélie, sur le thème Comment combattre la culture du viol? La même semaine, je recevais dans ma boîte aux lettres un ouvrage pré-commandé depuis des semaines. Ce livre, c’est celui d’une militante féministe et blogueuse de longue date : : Valérie Rey-Robert. Ses réflexions ont contribué à la formation de toute une génération de jeunes féministes ayant débarqué sur les réseaux sociaux dans les années 2010. Je fais indéniablement partie de celles qui se sont abreuvées aux explications distillées patiemment sur les nombreux comptes Twitter militants, qui ont déconstruit avec elles de fil en aiguille un beau paquet d’idées reçues, affiné leurs analyses, interrogé leur vision du féminisme. La notion de « culture du viol » engendre fréquemment des crispations et je me souviens de ma frilosité il y a quelques années de cela… La liste serait longue de toutes les militantes que je voudrais mille fois remercier, de tous les blogs et toutes les pages précieuses dans ce cheminement. Parmi ces ressources, le blog de Valérie Rey-Robert, alias Crêpe Georgette, figure en bonne place. Elle nous livre avec ce petit pavé un ouvrage absolument indispensable sur un sujet ô combien important qui ne s’est pourtant fait une place au cœur des luttes féministes qu’assez tardivement (j’en ai pris conscience à sa lecture).

J’ai dévoré Une culture du viol à la française avec passion et, au vu du sujet, avec colère. Achevé fin février, c’est très peu de temps après qu’un autre club de lecture le mettait à l’honneur en mars : celui de Sophie du blog Tout est politique. À lire ses mots, je crois que nous avons vécu la sortie du livre d’une manière assez similaire ! Je vous invite donc évidemment à découvrir ces deux clubs de lecture et à échanger sur les blogs et réseaux associés. C’est avec plaisir et détermination (et surtout une petite envie de tout casser, ou disons de faire changer le monde un peu plus vite qu’il ne semble parti pour) que je vous livre à mon tour en ce mois d’avril tout ce que j’ai pu retirer de cette lecture…


Éclairer une réalité sur laquelle les yeux se ferment

Les viols et agressions sexuelles ont ceci de particulier que la véhémence de leurs condamnations verbales n’a d’égale que la capacité collective à fermer les yeux dessus. À les nier, les minimiser, les ignorer. Pensons ainsi aux propos qui surgissent spontanément lorsque des faits de pédophilie sont évoqués : jamais trop durs, parfois même dans la démonstration de violence dans le vocabulaire employé (qui n’a jamais entendu un homme appeler à « castrer » les violeurs ou les pédophiles ?). Et pourtant, combien d’enfants et de femmes ne sont pas entendus, pas écoutés, pas crus ? Combien d’incestes couverts par le déni familial ? Les violeurs sont des monstres à nos yeux. Les actes qu’ils commettent sont souvent imaginés comme débordant de violence physique, de coups, de vêtements déchirés (et cela arrive en effet). Affirmer le contraire, c’est à dire clamer haut et fort que les hommes qui violent sont en réalité nos pères, nos frères, nos amis d’enfance, nos compagnons, et que ces agressions s’inscrivent dans le quotidien, dans une suite logique de pratiques, a toutes les chances de susciter des contestations indignées.

Et pour cause : outre la difficulté compréhensible à admettre que des personnes que l’on aime puissent faire partie du lot, cela nous renvoie aussi à nos propres préjugés (y compris en tant que femmes, et même d’ailleurs en tant que féministes) et à toutes les situations où nous aurions pu et où nous n’avons pas… Pas écouté, pas vu ou pas voulu voir, dénié, déresponsabilisé. Cela déchire aussi, parfois, le voile sur des vécus qui n’étaient jusque là pas décrits comme tels — se percevoir comme victime de viol peut se révéler difficile. Pour les hommes, c’est se voir confronté à sa position dominante, se sentir accusé même. L’idée qu’on ait pu être agresseur est insupportable et la remise en cause peu aisée. Or si autant de femmes sont violées, si autant d’hommes violent, c’est qu’il ne s’agit pas d’actes isolés perpétrés par des « déviants » ou des brutes épaisses : nous baignons en réalité dans une atmosphère d’impunité malgré les évolutions juridiques.

Il serait aisé de se dire que nous ne sommes pas concernés; que ce sont d’autres gens qui pensent ainsi mais que nous, nous les condamnons. Mais si tous et toutes nous réagissons ainsi, si tous et toutes nous continuons à nous dire que l’impunité face aux violences sexuelles n’existe pas (…) alors les viols continueront dans la plus grande indifférence. (p9)

Expliquer la culture du viol, la documenter, c’est donc se lancer dans une tâche ardue, à contre-courant. Un défi qui est ici relevé avec rigueur et pédagogie : le résultat est très convaincant, puissant même. L’ensemble est extrêmement bien documenté (ce n’est pas une surprise lorsqu’on connaît le blog Crêpe Georgette) : études de sciences sociales, enquêtes, témoignages, retours sur des affaires judiciaires, extraits de contenus médiatiques (souvent avec des citations précises), analyses de sociologues, journalistes et militantes féministes, exemples tirés d’œuvres culturelles (tableaux, littérature, séries et films), etc. S’il n’y a pas toujours la place de détailler les méthodologies de toutes ces études, les références sont systématiquement fournies pour nous permettre d’aller creuser.

La première partie de l’ouvrage est consacrée à l’explication de la notion de culture du viol. L’autrice y prend soin de bien contextualiser le propos en remontant jusqu’à la genèse des mouvements féministes contemporains, en en rappelant l’évolution mais aussi en définissant des notions importantes qui ne coulent pas de source surtout si on découvre tout juste ces enjeux. Les concepts de patriarcat et de sexisme sont ainsi expliqués dès le début, ainsi que les notions de misogynie ou encore machisme (en présentant la différence entre tous ces termes), et j’ai trouvé cela très appréciable. Une fois ces bases posées, et après une introduction qui rentre dans le vif du sujet, Valérie Rey-Robert s’attache à définir la culture du viol et expose l’émergence du concept, son évolution et ce qu’il recouvre. Elle présente enfin les principaux mécanismes qui contribuent à la persistance de la culture du viol : le sexisme, le maintien des rôles genrés, l’absence de définition claire et d’éducation au consentement.

La seconde partie dresse un état des lieux des violences sexuelles en France en présentant une synthèse des études menées sur le sujet depuis 2000, une approche historique des lois sur le viol depuis l’Ancien Régime ainsi qu’une analyse de la façon dont le système judiciaire s’empare (ou non) de la question du viol. Les principaux préjugés qui entourent le viol sont ensuite déconstruits : ceux qui concernent la victime, ceux qui concernent le violeur, ceux qui concernent le viol lui-même. C’est seulement dans la quatrième partie qu’il est question d’une culture du viol « à la française » (l’ensemble du livre adoptant une approche graduelle dans un souci pédagogique). Enfin, la cinquième et dernière partie esquisse des pistes pour lutter contre la culture du viol.

J’essaierai d’en présenter les grands axes et de vous partager les sentiments et réflexions que m’ont inspiré cette lecture. Bien que j’aie évoqué en introduction les agressions sexuelles pédophiles, il sera principalement question ici d’agressions sexuelles commises par des hommes et dont des femmes sont victimes (je parlerai quand-même à plusieurs reprises des agressions subies par les enfants, ainsi que des agressions sexuelles subies par les hommes). Je laisserai en partie de côté les aspects juridiques qui font l’objet d’explications détaillées dans l’ouvrage.

 

Les données clés des violences sexuelles en France

Valérie Rey-Robert synthétise les résultats de quatre grandes enquêtes menées en France ces 15 dernières années, dont les résultats concordent. De ces enquêtes, tirons d’emblée un chiffre :

Un peu plus d’1 femme sur 10 serait victime de violence sexuelle chaque année, et seules 9% des victimes ont porté plainte (p81)

Ces enquêtes sont menées auprès d’échantillons représentatifs de la population des lieux concernés. Les questions formulées évitent en général la mention des mots « viol » ou même « violence » et les questions sont parfois différentes pour les hommes et les femmes afin d’adapter la formulation et d’éviter les risques de rejet, minimisation voire rires pour les hommes (voilà pour le point méthodologie, le livre donne davantage de détails). Elles permettent d’estimer l’ampleur des violences sexuelles et l’écart entre ces chiffres et ceux des plaintes enregistrées, donnant ainsi une idée du nombre d’agressions ne donnant pas lieu à une plainte (en l’occurrence, la grande majorité).  indiquent que les femmes qui subissent le plus de violences sexuelles sont les plus jeunes (l’enquête de  2000 met en évidence qu’un tiers des agressions mentionnées concernait des filles de moins de 15 ans).

Elles confirment aussi que les violences ont majoritairement lieu dans la sphère familiale et conjugale, et que les auteurs sont la plupart du temps connus par les victimes. On observe un certain accroissement du nombre d’agressions rapportées, qui correspond à une prise de conscience et à la possibilité de mettre des mots sur des violences auparavant pas considérées comme telles (ou entraînant un sentiment d’illégitimité à les désigner comme telles).

Le domicile conjugal et le couple constituent deux piliers des violences subies par les femmes (p74)

En 2000, l’enquête Enveff auprès de femmes de 20 à 59 ans montre que plus d’un tiers des agressions déclarées concernait des filles ayant moins de 15 ans à l’époque des faits.  Les rapports sexuels forcés concernaient 0.3% des femmes (soit 48 000 femmes entre 20 et 59 ans à l’époque).

En 2000, 1% des femmes interrogées avaient subi dans les 12 mois écoulés des attouchements sexuels, une tentative de viol ou un viol au moins une fois.

L’enquête de 2006 Contexte de la sexualité en France intègre des hommes dans le panel d’enquêtés. Les femmes rapportent 3 fois plus que les hommes avoir subi des violences sexuels, et les agressions ont lieu dans tous les milieux et toutes les générations. Un homme en est presque toujours l’auteur. Des attouchements sont rapportés par environ 13% des femmes et 4% des hommes (la moitié ont été subis dans l’enfance). Un peu plus de 4% des viols et tentatives entraînent des plaintes chez les femmes, 0.6% pour les hommes.

5% environ des femmes victimes de viol ou de tentative de viol portent plainte

L’enquête Virage de 2015 permet d’estimer que 52 000 femmes sont victimes de viol chaque année. Il y aurait aussi 370 000 tentative de viol, ces chiffres étant cohérents avec les enquêtes précédentes. 552 500 femmes seraient victimes d’autres agressions sexuelles que les viols. Les violences sexuelles étant fréquemment répétées, surtout lorsqu’elles ont lieu dans l’entourage proche, on estime que 580 000 femmes entre 20 et 69 ans ont été victimes d’agressions sexuelles dans l’année précédant l’enquête. Sans surprise, les agressions sont principalement le fait de membres de la famille ou de proches, et même les viols commis dans l’espace public sont à plus de la moitié commis par des personnes connues.

Ce serait donc un peu moins de 15% des femmes entre 20 et 69 ans qui déclarent au moins une forme d’agression sexuelle au cours de leur vie (p77)

Toujours lors de cette enquête de 2015, Les hommes sont un peu plus de 1% à déclarer une forme de violence sexuelle dans l’année écoulée, et un peu moins de 4% au cours de leur vie. Elles sont majoritairement commises par des hommes, à l’exception des agressions au sein du couple qui sont le plus souvent le fait de  la partenaire. L’autrice note ainsi que le couple hétérosexuel donne davantage lieu à des violences sexuelles que le couple homosexuel.

L’enquête Cadre de vie et sécurité enfin est menée depuis 2007. Elle indique que sur la période 2012-2016, 158 000 personnes ont déclaré avoir subi des violences sexuelles de la part de personnes avec qui elles ne vivent pas ou plus. 80% de ces victimes sont des femmes et la moitié des agressions ont eu lieu au domicile de la victime ou dans un autre domicile. Environ 8% des personnes ayant subi une agression ont porté plainte. Sur cette même période, 63 000 personnes se déclarent victimes de violences sexuelles au sein du ménage : deux tiers sont des femmes, et 10% des victimes de violences au sein du ménage déclarent avoir porté plainte.

L’enquête [Cadre de vie et sécurité] souligne que ces chiffres sous-estiment le nombre de personnes victimes de violences sexuelles tant le sujet reste tabou (p79)

 

Une fois ces données exposées, Valérie Rey-Robert souligne la chose suivante : nous manquons de données sur les violences sexuelles subies par les personnes homosexuelles et transgenres (que l’on sait importantes). L’enquête CSF de 2006 souligne que les personnes ayant (ou ayant eu) des partenaires de même sexe déclarent davantage de rapports forcés que celles qui n’ont eu que des partenaires de l’autre sexe, ces violences provenant quasi exclusivement d’hommes (l’homophobie est bien sûr citée comme l’hypothèse principale). Valérie Rey-Robert cite des études qualitatives ainsi que des enquêtes menées dans d’autres pays pour mettre en évidence le fait que les femmes homosexuelles ou bisexuelles subissent davantage de violences sexuelles que les autres. Cet écart existe aussi pour les hommes (dans les deux cas ce sont les personnes qui s’identifient comme bisexuelles qui en subissent le plus). 

Les femmes qui ont eu des rapports homosexuels sont plus souvent victimes d’agressions sexuelles, quel que soit le type d’agression et quel que soit l’âge au moment des faits.(p79)

En ce qui concerne les personnes transgenre, le peu d’enquêtes et de données disponibles pour la France est encore plus criant, mais nous savons de par les enquêtes menées aux États-Unis (et par les retours qui sont faits par les associations) que la situation est dramatique : une personne transgenre sur deux sera victime de violences sexuelles au cours de sa vie. Les violences dont sont victimes les personnes trans (et les personnes LGBT plus généralement) de la part de la police freinent évidemment d’autant plus la possibilité de déposer plainte.

15% des personnes transgenres aux États-Unis déclarent avoir été agressées sexuellement en garde à vue ou en prison. Le pourcentage double pour les personnes transgenres africaines-américaines. (p80)

Une autre enquête de 2015 au Canada constate que 23% des jeunes transgenres entre 14 et 25 ans ont été forcés à avoir des relations non désirées. Il est clair que les violences sexuelles, si elles touchent différents profils et toutes les classes sociales, sont subies de plein fouet par les groupes les plus dominés dans notre société. Le livre ne donne pas beaucoup d’éléments sur les violences sexuelles subies par les personnes en situation de handicap faute de données précises (mais les mentionne), on sait cependant qu’elles sont importantes et trop peu considérées. Comme on le verra par la suite, les préjugés entretenus sur les victimes et les auteurs de violences sexuelles participent à invisibiliser cette réalité.

 

Qu’est-ce que la « culture du viol » ?

Si je devais en proposer une définition à partir de l’ouvrage, je dirais que la culture du viol désigne l’ensemble de nos pratiques, représentations et croyances relatives aux violences sexuelles, qui conduisent à les banaliser et à créer à la fois des formes d’impunité pour les agresseurs et d’hostilité pour les victimes.  Valérie Rey-Robert passe en revue les différentes définitions produites de la culture du viol. Elle cite notamment celle proposée par Julia et Herman Schwendinger en 1975 :  l’ensemble des « croyances fausses », préjudiciables et stéréotypées au sujet du viol, des victimes de viol et des violeurs, qui créent un climat hostile pour les victimes ». Plus loin, elle cite aussi le sociologue Eric Fassin : « Il s’agit de penser la violence sexuelle en termes culturels et non individuels, non pas comme une exception pathologique mais comme une pratique inscrite dans la norme qui la rend possible en la tolérant, voire en l’encourageant. Le viol apparaît ainsi comme un comportement extrême dans un continuum qui commence avec les comportements ordinaires, jugés normaux. »

La culture du viol s’inscrit dans la domination masculine et repose sur ses normes genrées : sexualité masculine perçue comme plus « active » et impliquant des besoins impérieux, convictions misogynes (femmes manipulatrices, tentatrices), attentes vis-à-vis d’une docilité féminine (les femmes aiment ou devraient aimer faire plaisir et être dans l’empathie), etc. Cela ne signifie pas qu’aucune femme ne puisse agresser, ni que les femmes constituent toutes les victimes, mais de fait, les agresseurs sont très majoritairement des hommes, y compris lorsque les victimes sont des hommes. Comme le souligne la citation d’Eric Fassin, les viols s’inscrivent dans la continuité de propos et d’actes ordinaires : propos misogynes, banalisation de nomes sexuelles violentes (dans la pornographie notamment), érotisation de la passivité et du refus féminin dans la culture etc.

La culture du viol désigne l’ensemble des croyances fausses, préjudiciables et stéréotypées au sujet du viol, des victimes de viol et des violeurs, qui créent un climat hostile pour les victimes (Julia et Herman Schwendinger, 1975)

Il faut attendre les années 2010 pour voir ce terme plus largement diffusé, à la suite d’affaires qui ont suscité des vagues d’indignation et lancé des campagnes féministes. Lorsque j’ai découvert ces discussions sur Twitter aux alentours de 2013, je ne réalisais pas à quel point ce travail de visibilité était récent. La lecture d’Une culture du viol à la française m’en a fait prendre conscience : je me souviens de la majorité des affaires des années 2010 qui y sont rapportées…

Pourquoi ce terme de culture, qui heurte parfois ? C’est un sujet majeur d’incompréhension voire d’hostilité y compris de la part de féministes parfois. Une première difficulté réside dans le fait que la notion de culture a plusieurs sens : culture par opposition à nature, culture comme fait de cultiver, culture comme ensemble des traits caractérisant une société, ou encore ensemble des production artistiques et littéraires. C’est aussi un terme qui renvoie souvent à des valeurs positives, dont on aime d’enorgueillir :  la Culture avec un grand C (la grande littérature française et compagnie). Lorsqu’on parle de culture du viol, les réactions sont vives car nos interlocuteurs considèrent que nous affirmons que les violences sexuelles sont le fondement même de notre société (ce en quoi ils n’ont pas entièrement tort malheureusement, la domination masculine structurant encore largement ladite société). Néanmoins, on trouvera facilement de nombreux exemples courants de l’utilisation du terme « culture » pour désigner l’ensemble des pratiques, connaissances, références communes à un groupe. On parle bien de « culture d’entreprise par exemple ». Ce qui choque dans la notion de culture du viol c’est bien le fait qu’elle mette en lumière une réalité difficile à admettre, c’est à dire l’existence et la centralité de telles références communes créant une banalisation des violences sexuelles (dont la Culture « avec majuscule » est aussi imprégnée).

La culture du viol touche toutes les cultures, tous les pays. Elle présente cependant des particularités bien spécifiques selon le milieu dans lequel elle s’exprime et se développe. (p199)

Mais pourquoi « à la française » ? Voilà un autre élément qui ne manquera pas de faire réagir… Quoi, notre belle société française à l’histoire pourtant irréprochable et aux belles valeurs (ahem ahem) serait caractérisée, encore davantage que les autres, par cette culture du viol ? Ce n’est pas exactement ce que souligne l’ouvrage, qui insiste en fait sur les variations particulières de la culture du viol en France. En effet, tous les pays (ni tous les groupes sociaux d’ailleurs) n’ont pas strictement la même histoire face aux violences sexuelles. En l’occurrence, Valérie Rey-Robert se penche sur la défense du libertinage et de la liberté sexuelle en France, la galanterie, la courtoisie, bref « l’amour à la française » utilisé fréquemment comme une défense face aux accusations d’agression (qui ne seraient que puritanisme). Les codes du libertinage et de l’amour courtois (qu’on retrouve notamment dans la littérature et les arts du XVIIIème siècle) esthétisent et érotisent les refus féminins et autres « baisers volés »: les « galants » et autres libertins sont fréquemment des violeurs. Je ne vous en dis pas plus ici mais sachez que j’ai trouvé cette partie particulièrement intéressante, notamment les explications sur ce qu’était réellement l’amour courtois au Moyen-Âge et celles sur le libertinage du XVIIIème siècle.

Déconstruire des préjugés tenaces

On l’a vu, le violeur, c’est toujours l’autre. L’écart entre la réalité des violences sexuelles et l’ensemble de nos préjugés perpétue cette mise à distance. Ces idées reçues portent notamment sur l’identité et le comportement supposés des victimes et des agresseurs. Le résultat : des crimes « sans coupables »… mais du coup, sans victime (pour reprendre la formulation de Valérie Rey-Robert).

Qui sont vraiment les violeurs ? On les imagine volontiers comme d’immondes personnages, et les campagnes contre les agressions nous montrent des silhouettes menaçantes sans  identité, mais qui font frémir. Assurément, il ne pourrait pas s’agir du voisin sympathique que l’on salue tous les matins, du professeur si pédagogique, encore moins d’un membre de notre famille… cela signifierait que les violeurs sont « banalement et communément humains » comme l’exprime l’autrice. On l’aura compris, c’est précisément le cas. Toutes les catégories socio-professionnelles sont d’ailleurs représentées chez les agresseurs. Une étude menée en 2000 sur les affaires traitées par un tribunal de grande instance a montré que les agresseurs n’étaient pas des « marginaux », étaient pour la moitié d’entre eux en couple et que la très grande majorité ne semblaient pas avoir connu de difficultés particulières dans l’enfance.

Les violeurs, des « monsieur tout-le-monde » ? Oui, mais les quelques études menées sur la question mettent en évidence des caractéristiques surreprésentées chez les agresseurs sexuels : ces personnes expriment davantage que la moyenne de l’hostilité envers les femmes et des convictions misogynes, ainsi qu’une acceptation globale de la violence. Attention, il y a bien sûr aussi des cas d’agressions sexuelles de la part de personnes qui vont exprimer les opinions les plus progressistes qui soit… Il s’agit là de tendances majoritaires, pas d’une loi absolue. De plus, cela semblera peut-être évident, mais des hommes peuvent faire preuve de grande violence (verbale mais aussi physique) devant d’autres hommes présentés comme des agresseurs, et cela ne veut pas dire qu’ils ne le soient pas eux-mêmes ! Interrogés, les mêmes hommes peuvent d’ailleurs avoir les condamnations les plus dures qui soient pour les violeurs et mentionner dans d’autres réponses des faits vécus ou qu’ils considéreraient comme acceptables, qui sont très clairement des agressions sexuelles.

Comme par un processus de dissociation collective, nos préjugés tendent souvent à excuser les coupables, culpabiliser les victimes et minimiser les actes. (p131)

Les victimes quant à elles sont le sujet de tous les soupçons : trop belles ou trop moches, trop fortes, trop pauvres et donc forcément intéressées à poursuivre leurs agresseurs…. Trop « libérées » sexuellement, au contraire pas assez actives sexuellement dans leurs couples. Toujours trop quelque chose. Le mode de vie des victimes est scanné à la recherche de la moindre faille, et malheur à elles si elles ne se comportent pas comme on l’attend d’une « bonne victime » (comprendre : aller porter plainte, mais ne pas faire trop de vague, avoir l’air traumatisée pour être crédible, mais ne pas en faire trop…). Les travailleuses du sexe / prostituées, quand elles sont agressées, subissent terriblement cette culture du viol : Valérie Rey-Robert souligne qu’elles sont perçues comme toujours consentantes, elles sont dénigrées et les violences qu’elles peuvent subir donnent rarement lieu à des poursuites.

Lorsque la victime est un homme, des difficultés spécifiques existent. Ainsi, il y a encore un certain nombre de personnes qui pensent le viol d’un homme impossible (d’autant plus si c’est une femme qui est accusée). Les hommes agressés par des hommes subissent aussi des soupçons et rejets homophobes. L’autrice donne plusieurs exemples de l’homophobie omniprésente dans les scènes de films et autres œuvres montrant des viols d’hommes. Il est aussi particulièrement difficile pour les hommes de parler de ces agressions (ce qui ne veut pas dire que ce soit aisé pour les femmes, loin de là). Sur ce sujet, je vous renvoie à cet article récent de Valentine Leroy.

L’ensemble des violences sexuelles reste le seul type d’infraction où l’on va avant tout chercher la responsabilité du côté de la victime (p40)

Les préjugés sur les agresseurs et les victimes de viols reproduisent des logiques de domination sociale, en particulier racistes et classistes : l’agresseur est plus facilement dépeint comme issu des classes populaire, étranger ou racisé, marginal. Valérie Rey-Robert fait référence au traitement médiatique de plusieurs affaires, soulignant que les meurtres de femmes sont souvent désignés comme des « crimes passionnels » mais que les viols et crimes attribués aux « jeunes de banlieue » d’origine africaine et maghrébine (plus récemment aux migrants) font l’objet d’articles anxiogènes sur les « tournantes » et autres crimes d’honneur notamment depuis les années 2000. Face à ça, elle cite de nombreuses phrases issues d’articles publiés après l’accusation de DSK par Nafissatou Diallo : la minimisation des faits interpelle. On pourrait souligner aussi le peu de médiatisation des viols (collectifs ou non) dans d’autres milieux : étudiants, pompiers, médecins par exemple. Valérie Rey-Robert revient par ailleurs sur l’affaire des agressions du nouvel an 2015 à Cologne, présentées comme principalement le fait de migrants : finalement il a été démontré que sur 58 agresseurs identifiés, seuls trois étaient des réfugiés.

Une autre idée reçue répandue appréhende l’agresseur comme un homme plutôt laid ou en tout cas peu attirant, qui userait de stratagèmes ou de violence pour compenser ses difficultés. Lorsqu’un jeune homme beau et brillant est accusé, comme ça a été régulièrement le cas sur des campus, on peine alors à le croire, gageant qu’il n’avait « pas besoin de ça »…

Les violences sexuelles sont parfois attribuée principalement aux hommes en position de pouvoir. On a alors deux versants de l’imaginaire lié aux agressions : le violeur pauvre d’origine immigré, ou l’homme de pouvoir qui serait son pendant. Les deux permettent de mettre à distance les viols, pour une majorité de personnes qui ne se reconnaîtra ni dans un portrait ni dans l’autre.

Le viol apparaît comme un comportement extrême dans un continuum qui commence avec les comportements ordinaires, jugés normaux (Eric Fassin)

Enfin, l’acte lui-même d’agression correspond peu souvent à l’imaginaire véhiculé. Ruelles sombres, silhouette furtive vêtue de vêtements amples, enlèvements ou agressions par surprise, voilà ce qu’on nous montre fréquemment (note au passage : j’ai aussi constaté ça dans des campagnes sur la pédophilie dans les transports en commun genevois, des dessins de Zep montrant des caricatures de pédophiles vêtus de longs imperméables et dont les enfants se défendent dans la rue… Que peuvent ressentir les enfants qui vivent ça chez eux ? Personne ne leur montre de dessins où ce sont les parents qui agressent.). Cet imaginaire a des conséquences : lorsque l’agression ne rentre pas dans ce cadre, ce n’est finalement pas une « vraie » violence. Trop peu de contrainte physique, un couple qui semblait s’aimer, un rapport sexuel initialement consenti, un flirt prolongé, et l’on trouve soudainement un tas d’excuses aux violeurs (ne parlons même pas des discours sur la provocation et la tentation des femmes, qui sans doute fantasment sur le fait d’être contraintes…). L’espace public est aussi perçu comme un lieu où les femmes courent particulièrement le risque de se faire violer, tandis qu’on sait que les violences sexuelles ont majoritairement lieu dans des lieux privés.

Sommes nous tous et toutes acteurs et actrices de la culture du viol ? Voilà une question dérangeante. Il est clair que tout le monde ne viole pas. En revanche nous sommes nombreux et nombreuses à l’entretenir, y compris malgré nous, en véhiculant ces soupçons et idées reçues sur les agressions sexuelles, en les hiérarchisant. À titre personnel, à l’adolescence je me souviens avoir été dubitative en écoutant certaines accusations de la part de camarades qui me semblaient avoir été un peu provocantes, avoir flirté toute la soirée, qui me semblaient avoir été à l’initiative… Ce n’est rien de dire que 10 ans après, je regrette profondément de n’avoir pas réagi avec les bonnes paroles et les bonnes questions. Mais nous avons la possibilité de changer ça, de parler davantage et mieux des violences sexuelles. Pour cela, nous avons besoin de nous pencher sur la notion de consentement et sur ce que peut être une relation sexuelle saine, respectueuse, épanouissante pour toutes les personnes concernées.

 

Des limites de la notion de consentement

L’année passée est sorti le documentaire Sexe sans consentement. Il donne la parole à des femmes qui ne voulaient pas d’un rapport sexuel mais ont « cédé, ou capitulé » (je cite le résumé). Je ne l’ai pas encore vu. Les situations qu’il décrit sont présentées comme des zones grises, des zones de « ni oui ni non ». Il me semble quant à moi que lorsque que ce n’est pas oui, c’est un non silencieux qui s’exprime… et une partie des témoignages me paraît dès lors renvoyer directement à des viols. Mais on peut n’avoir ni l’envie ni le courage de les voir comme cela, ou simplement ne pas s’en rendre compte. Il semble aussi que ces témoignages ne soient pas tous du même ordre : dire « oui » et même prendre des initiatives parce qu’on est lassées à l’avance de devoir s’expliquer me pose problème… mais ce n’est pas la même chose que lorsqu’un homme insiste lourdement devant des refus ou des évitements (évidemment, la première situation peut résulter de la seconde ). Sans me prononcer donc sur le contenu du film, il souligne la difficulté que nous avons à définir le consentement, les ambiguïtés que contient la notion.

Le viol est un rapport de force sexué où l’un ne tient pas compte de la volonté de l’autre ; c’est donc bien le violeur dont il faut questionner les actes et pas la victime. Comment s’est-il assuré qu’elle était consentante ? Comment l’a-t-il conclu ? (p62)

Consentir, ce n’est pas céder, nous dit Valérie Rey-Robert. Mais elle nous explique aussi que cette notion n’apparaît pas dans les lois et s’appréhende plutôt par la négative : s’il n’y a pas eu « violence, contrainte, menace ou surprise », alors c’est sans doute consenti… Que dire de toutes ces situations où l’on se force, où l’on a pas envie sans pour autant avoir exprimé de refus, et parfois en ayant répondu machinalement ? Adhère-t-on vraiment lorsqu’on est juste trop usées, non seulement pour refuser mais pour se demander même si l’on aurait envie ? Dans les faits, en tout cas sur le plan juridique, le sexe octroyé de guerre lasse est considéré comme du sexe avec consentement (ce dont le documentaire prend le contre-pied). L’autrice souligne en outre que la notion de consentement a des effets pervers car elle amène à rechercher des « signes » de ce consentement chez les personnes victimes, à porter leur regard sur leurs gestes, leurs paroles au lieu de s’interroger en premier lieu sur le comportement du violeur.  Le consentement étant porteur d’ambiguïté, on peut choisir soit de le redéfinir pour le préciser, soit de lui substituer d’autres notions : la volonté, l’envie, l’adhésion (j’aime bien ce dernier terme à titre personnel car je le relie à une co-construction à deux — ou plus. J’imagine une adhésion active, on adhère à une proposition qui est aussi la nôtre.) Valérie Rey-Robert s’appuie en l’occurrence sur les travaux de Geneviève Fraisse pour pointer le fait que la notion de volonté est déjà moins ambiguë que celle de consentement (bien que ça ne règle pas tout de mon point de vue : on peut accepter quelque chose en traînant des pieds, et dans ce cas à quel point le « veut »-on ?).

Les violences sexuelles doivent être appréhendées comme un continuum de pratiques et de représentations. Celui qui insiste lourdement pour du sexe n’est pas en train de commettre une agression, mais il va déjà à l’encontre d’une volonté et il traduit par son comportement une certaine assimilation de cette culture du viol. Il est expliqué dans l’ouvrage que les hommes comprennent le refus (y compris lorsqu’ils sont alcoolisés) mais ne l’acceptent pas. Cependant les normes de la séduction, les normes sexuelles que nous avons assimilées nous amènent aussi à considérer la passivité féminine comme un attendu de l’interaction hommes-femmes… y compris et même surtout dans les relations sexuelles et amoureuses. Nous ne sommes pas aveugles à l’absence de consentement, mais il est encore souvent considéré que cette absence n’est pas anormale, qu’elle doit être dépassée, faire l’objet d’une conquête (et on retrouve cela jusque dans des propos de femmes qui vont expliquer encore aujourd’hui qu’il faut dire non au début, qu’il faut laisser deviner son désir sans l’exprimer, etc). Il semblerait aussi que les hommes surinterprètent les signaux d’excitation sexuelle chez les femmes (il faut dire que c’est commode aussi). En cela, le « sexe sans consentement » qu’évoque le documentaire est malheureusement d’une grande banalité…

Le consentement implique que les deux sujets qui consentent soient égaux (p60)

La culture du viol est un frein à la possibilité même du consentement, et du consentement des femmes en particulier. En écrivant ça, je ne veux pas dire bien sûr qu’il ne soit pas possible d’exprimer son envie ou son absence d’envie et que cela soit compris (je l’ai dit, l’ouvrage montre bien que l’absence de consentement est parfaitement identifiable). Cela signifie en revanche que nous nous construisons comme individus dans une société encore structurée par la domination masculine. Nous nous construisons comme femmes avec des contraintes, des normes genrées qui nous étouffent, et un environnement général qui est tout sauf propice à l’expression confiante de nos désirs. De ce fait il y a une asymétrie. Et la réalité des relations est souvent assez éloignée de l’idéal du consentement éclairé entre deux personnes égales et libres de partager leurs volontés ou non volontés.

Combien de femmes font passer leurs envies après celles de leurs compagnons, combien de s’interrogent même pas ou plus sur ces envies, les considèrent comme négligeables ou se résignent  ? Ou n’osent tout simplement plus revenir en arrière de peur de froisser, peiner, mettre en colère (on le voit bien, là, le souci d’élever des petites filles dans la docilité…) La culture du viol s’inscrit dans la domination masculine et celle-ci induit le fait que des femmes ne voient pas toujours le caractère abusif d’une relation, aient intégré l’idée d’une supériorité des désirs masculins. Elle induit que les femmes aient honte de leur sexualité, honte d’elles,  de leur corps, de leurs désirs. Elle induit que les victimes aient parfois intégré les mêmes préjugés et qu’elles se sentent coupables de leurs propres agressions. Éduquer au consentement, ou au respect des envies et des limites d’autrui pourrait-on préférer, commence donc logiquement par lutter contre la culture du viol et tous les préjugés toxiques qu’elle charrie… et plus largement contre le sexisme.

Agir contre la culture du viol : lutter maintenant, éduquer pour demain

Contre la culture du viol, que faire ? Ce sera un combat de longue haleine, mais on peut identifier différents axes pour agir dès maintenant, parmi lesquels l’engagement dans toutes les luttes féministes, l’éducation égalitaire des enfants, et la mise en œuvre d’une éducation sexuelle populaire.

Le premier axe concerne le féminisme dans son ensemble. On a vu que le viol était directement lié à l’assimilation de normes genrées stéréotypées et à la misogynie. Il est donc indispensable d’investir des fronts de lutte dès à présent pour imposer des rapports de force, pour médiatiser les affaires étouffées, pour faire tomber les violeurs, pour déconstruire les discours publics qui suintent la culture du viol, bref pour la fin de l’impunité. La chemin est long encore, mais à titre d’exemple les démissions et licenciements suite à l’affaire de la Ligue du lol (et les nominations qui ont suivies aux Inrocks par exemple) nous indiquent qu’à ne rien lâcher, on obtient des avancées. Il peut s’agir aussi de chercher à influencer les politiques publiques (sans se faire d’illusions sur la bonne volonté des politiciens : nous n’obtiendrons que ce que nous arracherons…).

Ensuite, et c’est facile à dire si on s’en tient là, « il faut éduquer ». Oui mais éduquer qui, à quoi exactement et comment ? En ce qui concerne les plus jeunes, loin d’être juste une question de sensibilisation qui pourrait être présentée en quelques ateliers à l’école (ce qui serait déjà pas mal…), c’est toute l’éducation des enfants qui est en jeu : comment accompagner de jeunes personnes et leur transmettre confiance en soi, compréhension de soi, empathie, respect des autres et épanouissement ? (Oui ça fait beaucoup et c’est pas une mince affaire mais hé, j’espère que c’est l’idée derrière le fait d’avoir des enfants !) Plus précisément, comment faire en sorte que les petits garçons soient davantage encouragés à développer cette empathie, soient moins dans la compétition, la conquête ? Que les petites filles aient davantage l’assurance de dire non, d’aller à contre-courant, qu’elles soient en paix avec leurs corps et leurs désirs ? Finalement, en réfléchissant à ces questions d’éducation, il me semble que les principes à même de porter cette lutte sont avant tout des principes d’éducation bienveillante ET féministe. La première dimension insistant particulièrement sur les besoins de l’enfant, la compréhension de ces besoins et la non violence ; la seconde insistant particulièrement sur la déconstruction des rôles genrés… et les deux me semblant parfaitement cohérentes. Je n’en dirai pas plus ici car de nombreuses ressources existent sur ces principes d’éducation égalitaire et non violente.

Bande dessinée à colorier sur le consentement
Un dessin à colorier par Élise Gravel

Bien sûr l’éducation ne concerne pas uniquement les enfants. Nous devons apprendre, nous devons nous éduquer (urgemment) à ces questions à tout âge, bien que ce soit toujours plus facile à dire qu’à faire… Nous avons besoin de formations en milieu professionnel, de formation des enseignant.es, et qu’elles soient obligatoires. Nous avons besoin que les juristes, les magistrats soient au fait de ces enjeux. Enfin, c’est ici que l’éducation populaire intervient : nous avons besoin d’une éducation populaire féministe qui s’adresse à tous et toutes. Sur la question du consentement, l’association Les Culottées du bocal propose par exemples des conférences gesticulées et des ateliers. Si vous êtes dans une association, que vous êtes enseignant.e, que vous travaillez dans l’animation (ou autre), vous pouvez les inviter à intervenir.

Conférences gesticulées

J’ai compilé quelques ressources trouvées sur des blogs que j’apprécie et au gré de mes recherches. Ce sont des pistes de réflexion, n’hésitez pas à y contribuer dans les commentaires !

Des articles sur l’éducation au consentement et la lutte contre la culture du viol

♦ Sur le blog Un invincible étéParler de la culture du viol aux jeunes

♦ Sur le blog Éduc en formationÊtre parent face à la culture du viol

Des podcasts

Plusieurs épisodes du podcast Les couilles sur la table se penchent sur les violences sexuelles. Valérie Rey-Robert intervient dans le troisième, Les vrais hommes ne violent pas, et y présente les idées clés qui sont développées dans le livre. La question de l’éducation des garçons est aussi abordée dans l’épisode J’élève mon fils.

 

 

 

 

 

Des ouvrages pour aller plus loin

Je n’ai pas lu tous ces ouvrages, mais ils peuvent constituer des pistes de lectures pour aller plus loin et proposent des angles différents sur la question des violences sexuelles. J’ai particulièrement envie de lire celui d’Alexia Boucherie, Troubles dans le consentement, qui aborde les difficultés du consentement « libre et éclairé ». Sur sa page FB, elle propose aussi une liste de ressources sur le consentement dont plusieurs livrets gratuits en ligne.

En ce qui concerne les autres livres repérés, Sans consentement de Jon Krakauer est une enquête sur des viols commis sur des campus américains. Véronique le Goaziou analyse de son côté les décisions juridiques sur les viols dans Viol, que fait la justice ? et s’intéresse en particulier au parcours des victimes.

 

 

 

 

 

 

 

Nous les filles de nulle part d’Amy Reed est une fiction dont vous pouvez retrouver la chronique sur le blog de Pauline, dans l’article cité plus haut. En finir avec la culture du viol de Noémie Renard était aussi proposé dans le cadre du CLFAntigones#7 d’Ophélie et Pauline, vous pouvez  retrouver quelques mots sur ce livre  sur le site de l’autrice.

Enfin je suis tombée en faisant mes recherches sur ce recueil intitulé Sous la ceinture – Unis pour vaincre la culture du viol. Je vous laisse en découvrir la description et quelques extraits par ici.

 

 

 

 

 

Quel rôle pour les hommes dans la lutte contre la culture du viol ? Nous pourrions avoir quelques raisons d’être pessimistes : les conférences, ateliers, rencontres sur le consentement ont un public largement féminin (sauf lorsqu’elles sont rendues obligatoires). Et les contenus qui abordent la sexualité masculine et la masculinité en général intéressent massivement les femmes… Il y a quelques initiatives qui cherchent à s’adresser aux hommes et évoquent régulièrement la culture du viol, comme le compte Instagram Tu bandes. C’est une bonne chose que de tels espaces existent, même si logiquement ils attirent surtout des personnes qui sont déjà en questionnement (mais par ricochets, on y trouve aussi des témoignages de personnes qui ont eu de grosses prises de conscience lorsque des amis leur ont suggéré de suivre le compte). Or le plus difficile est bien de créer ces remises en question. Et j’ai l’impression qu’il en faut beaucoup aujourd’hui pour qu’enfin, un doute s’introduise et que les hommes s’interrogent. Suis-je si irréprochable ? Qu’ai-je compris jusque là du consentement, qu’ai-je mis ou non, en oeuvre ?  Le mot « violeur » n’est jamais un mot qu’on envisage pour soi-même, évidemment… Bref : il y a des choses à faire, messieurs, partagez ces ressources autour de vous, ouvrez la voix, témoignez, reprenez vos amis sur leurs propos.

Ce que cette lecture m’a apportée

Une lecture qui fait bondir : le moins qu’on puisse dire c’est que ce n’est pas un livre qu’on parcourt passivement ! J’ai été traversée par des élans de colère, j’ai ouvert des yeux ronds, j’ai lâché des exclamations atterrées. Et pourtant, je sais la réalité de ces violences. Mais il manquait des pièces à mon puzzle… Et on y lit une accumulation d’exemples proprement ahurissants et révoltants qui font littéralement bouillir sur place (enfin c’est du moins comme cela que je réagis, et ensuite j’écris un article de blog pour faire sortir tout ça en général !).

Une lecture qui remue : outre l’indignation, il est possible de se sentir troublé.e car les analyses qu’on y découvre sont susceptibles de nous conduire à percevoir différemment certains de nos souvenirs ou certaines de nos relations. Cela peut faire vaciller quelques certitudes. Pour bien des personnes malheureusement, cela risque de réveiller des vécus douloureux (ça peut sembler évident mais je préfère le préciser), surtout lorsque des agressions sont décrites. Mais pour d’autres cela peut être aussi une sorte de baume : c’est douloureux à lire par moment, mais il nous est rappelé tout au long de l’ouvrage à quel point la responsabilité n’est pas du côté des femmes, à quel point aussi il s’agit d’un phénomène collectif qui dépasse les traits de caractères et mêmes les convictions des un.es et des autres. Paradoxalement, c’est une lecture qui peut apaiser de ce point de vue. Le ressenti sera certainement différent en fonction de ce que l’on a pu vivre.

Une lecture qui éclaire : je me suis sentie vraiment plus apte à expliquer la culture du viol après avoir refermé l’ouvrage,  plus à l’aise avec le sujet. Mes convictions, évidemment, étaient déjà là mais grâce à cet ouvrage j’ai pu replacer cette notion dans un contexte historique et géographique et en saisir plus précisément les ressorts. Si beaucoup de faits récents étaient déjà connus pour ma part, j’en ai découvert d’autres avec cette lecture, et elle m’a surtout permis de les connecter entre eux, d’en montrer toute la cohérence. je remettrai sans nul doute mon nez dedans régulièrement pour garder ces clés de lectures et toutes ces données bien en tête.

Une lecture qui donne envie de tout renverser : prendre conscience de manière aussi aiguë des réalités de la culture du viol, cela pourrait avoir un effet accablant. Ce n’est toutefois pas dans cet état d’esprit que j’ai refermé Une culture du viol à la française.  Il faut dire que l’accablement est déjà un peu là, les violences ont lieu autour de nous, parfois nous les vivons, et nous avons tous les motifs pour être révoltées ! Être capable de décrypter ces mécanismes en profondeur c’est aussi se réapproprier ces réalités, être capable d’en donner une analyse, un discours différents de ceux qui prévalent. C’est être outillées pour la lutte, en somme. Et en ce qui me concerne, j’en suis ressortie en ayant plus que jamais l’envie d’aller botter des culs (pour être gentille).


Pour toutes ces raisons, c’est un livre qu’il faut acheter, faire commander dans les bibliothèques, dans les CDI, offrir, prêter, faire circuler de toute urgence ! C’est aussi un ouvrage qu’on voudrait désespérément faire lire à tous les hommes de notre entourage… tout en sachant que comme souvent, il sera lu très majoritairement par des femmes. Alors, à qui allez-vous l’offrir ?


Et en bonus, la vidéo de Tout est politique qui présente de belles lectures, dont le présent ouvrage

 

 

 

 

21 réflexions sur “Une culture du viol à la française, de Valérie Rey-Robert : des clés de lecture pour une lutte féministe

  1. J’ai beaucoup apprécié de lire ce résumé qui m’a l’air vraiment complet et achève de me convaincre après la lecture de l’avis de Sophie que j’ai très envie d’y mettre le nez. Peut-être cet été, quand j’aurais davantage de temps…
    Sur le consentement aussi, je suis tombée par hasard sur des affiches à colorier pour les enfants il y a quelques semaines. J’envisage d’en imprimer quelques unes et de les mettre à disposition dans ma classe. Je suis en train de créer un espace « bibliothèque / goodies libre service » pour que les élèves puissent piocher dedans à volonté et je me dis que ça pourrait être intéressant d’y laisser traîner ce genre de choses.

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    1. Merci de ton retour ! Tu te souviens où tu as trouvé ces affiches ? Je trouve que c’est une super idée de mettre ce type de ressources à disposition, les enseigant.es ont vraiment un rôle central mine de rien ! Avec beaucoup de contraintes bien sûr mais aussi beaucoup de possibilités créatives possibles ! (et je leur tire mon chapeau)

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      1. Je les ai trouvé sur le site d’Elise Gravel, il y en a plusieurs assez sympa : http://elisegravel.com/livres/dessins-a-colorier/

        Je pense également que le rôle des profs peut avoir son importance.

        Même si sur l’instant on n’a pas l’impression que ce qu’on dit a un effet, on peut toujours planter des graines et parfois elles éclosent. Dans la théorie je trouve ça très chouette.

        Dans la pratique en revanche je suis très mesurée. Je commence à avoir suffisamment d’années d’exercice à mon actif pour me rendre compte qu’avant d’éduquer les gamins sur certains sujets, on ferait bien de s’éduquer nous-mêmes…

        C’est un sujet sur lequel je cogite énormément depuis un moment. Comment porter les valeurs supposées de la République (liberté, égalité, fraternité / sonorité ?) quand on commente les vêtements des adolescentes en salle des profs ? Comment peut-on se targuer d’amener les élèves vers une véritable réflexion quand dans le cadre d’un projet sur les droits des femmes on leur apprend que le droit à l’avortement c’est cool quand « tu t’es faite violer » ? Peut-on penser sincèrement qu’on leur donne les réflexes du recul critique quand le jury demande à des adolescentes lors d’un oral de réfléchir à la responsabilité des femmes dans les situations d’inégalité ? Est-il juste de les faire travailler sur les difficultés des femmes dans les pays arabes et musulmans pour en conclure à quel point vraiment on est bien en France ?

        Oui, il peut y avoir de l’envie parfois, des bonnes intentions ; mais les profs ont eux aussi leur biais et les disparités sont importantes. Le chemin est encore long avant qu’on ne parvienne à mettre en place une éducation bienveillante et égalitaire partout et je pense que ça demandera encore de longues années de lutte…

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      2. Je suis malheureusement bien d’accord avec toi, il y a des choses à piocher dans les pédagogies critiques mais il faut déjà être dans cette démarche là d’interroger ses propres pratiques et croyances… C’est pour ça aussi que faire intervenir des associations extérieures formées à certains sujets peut-être pertinent actuellement, elles forment les enseignants autant que les enfants finalement parfois !

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  2. Merci beaucoup pour cet article qui semble résumer avec brio un livre qui n’en devient que plus intéressant. Livre dont ma lecture ne saurait tarder.
    Je trouve qu’il est très difficile de parler de la culture du viol et j’ai bien l’impression que, et le livre et l’article, approfondissent le recul que l’on aurait pu avoir sur le sujet.
    Je suis on ne peut plus d’accord avec « lutter maintenant, éduquer pour demain » qui me paraît être un impératif, à la fois, incroyablement subtil et incontournable. Merci infiniment de partager ces réflexions et ces ressources.

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  3. Hé bien bravo, encore un livre à ajouter à ma liste de lecture …. Je suis obligée après avoir lu ton superbe article qui donne à la fois envie de lire le bouquin et de hurler contre cette société patriarcale.

    J’en avais bien sur entendu parlé mais je n’avais pas encore lu de résumé, et certainement pas aussi approfondis que le tien. Le fait que tu dises qu’il est très pédagogique m’intéresse beaucoup : j’aime beaucoup les livres que je peux prêter aux ami.e.s et à la famille peu aux faits de ce genre de problèmes. Par exemple, les livres de Mona Chollet sont très accessibles et peuvent vraiment aider les personnes qui n’avaient pas conscience du problème à devenir intéressées. Si c’est aussi le cas de celui-ci, ce sera un bonheur de le lire et de le diffuser !

    Je suis sidérée par les chiffres de la violences sexuelles subites par les personnes transgenre aux Etats-Unis, bien que cela ne m’étonne pas. C’est hallucinant … Enfin, tous ces chiffres sont dévastateurs bien sur, mais un sur deux, c’est wahou …

    Pour le truc du libertinage qui fait parti de la culture du viol « à la française », ça me fait toujours bizarre de lire cela. Bien sur, si on prend Valmont comme exemple du libertin, c’est clair que c’est du viol. Néanmoins, j’ai grandi avec une toute autre idée de la signification de ce mot : des gens allant voir qui iel voulait, avec évidemment le consentement d’autrui, des personnes simplement sans attache et libre d’aimer qui iel veut. Du coup, avant de prendre conscience que ce mot était problématique pour beaucoup l’an passé, je me qualifiais clairement ainsi. J’irai me renseigner sur l’origine réelle car je n’aime pas savoir que j’ai peut-être contribuer à mon insu à répandre l’idée que le libertinage était sympatoche alors que vraisemblablement … pas trop. J’en ressens un peu de honte …

    Pour les différentes notions sur ce qu’est un viol (les rapports sexuels faits après quelques suppliques du conjoint par exemple). C’est vrai que j’ai encore beaucoup de mal à l’intégrer, je le confesse. J’ai très, très souvent céder ainsi aux copains et pas une fois je me suis sentie violée, salie ou dégoûtée. J’attendais juste que ça passe et le lendemain j’étais ravie de les retrouver en soirée. En fait, pour moi (et j’insiste très fortement là-dessus), c’est même pas négatif, c’est juste « plat », pas une corvée ou quelque chose de désagréable ou d’agréable, juste un truc qui ne me donnait pas envie sans pour autant me déplaire. Tu vois ce que je veux dire ou je m’exprime mal ?
    Ce faisant, je tiens à souligner que c’est MON cas personnel et que chaque fois qu’une amie IRL ou sur les forums m’a dit que son conjoint l’avait « gentiment forcée » à coucher, j’étais furibonde et je parlais de viol. Je pense que j’ai personnellement très « désacralisé » mon corps et l’acte sexuel, ce qui fait que coucher ou pas, en ayant très envie ou pas … Finalement, peu m’importe. (après, j’ai un souci d’acceptation de mon corps, ça vient peut-être de la là ^^)
    Cette lecture m’aidera probablement à mieux cerner ces enjeux là.

    Bref, pardon pour ce pavé où je déblatère sur ma vie à la fin … Je te remercie beaucoup Irène pour avoir pris le temps d’écrire tout cela, j’ai vraiment hâte de lire ce livre !

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    1. Merci pour ton commentaire, ce que tu soulignes sur le consentement et le fait de « céder » est très intéressant, c’est certain qu’on ne vit pas toutes de la même manière la sexualité en général et le fait d’avoir une relation sexuelle en étant peu motivée à la base. Je mettrais pas sur le même plan une situation où on se dit « bon allez pourquoi pas » sans grande motivation devant une proposition un peu insistante, et des situations où une personne continue à insister et force la main alors même que les signaux sont clairs vis à vis du fait que la personne en face n’a pas envie. Le souci c’est justement la porosité entre les deux situations, l’une glisse vite vers l’autre et y’a des moments où on peut se demander « mais en fait si j’avais pas dit ok assez rapidement il se serait résigné… ou pas ? ». Et là ça peut amener à des réflexions un peu pénibles sur des personnes qu’on apprécie par ailleurs… Mais qui sont nécessaires, forcément. Y’a beaucoup de « gars sympa » qui mériteraient qu’on les recadre fermement, et finalement on le fait bien trop peu.

      Je comprends ce que tu veux dire pour le libertinage, c’est un terme que j’aime bien à la base aussi, mais la démarche est pleine d’ambiguïté. Effectivement ça peut recouvrir simplement ce que tu évoques, le fait d’être sans attache, d’aimer « papillonner » ou même d’avoir des relations multiples. Mais il y a aussi cette dimension qui est évoquée dans l’ouvrage : un mode de vie défendu beaucoup par des mecs dès le XVIIIème comme un idéal quand-même surtout centré sur la recherche de leur plaisir à eux ! Il s’agit pas non plus de clouer au pilori toutes les personnes qui se disent « libertines » hein, mais à titre perso j’ai plus de sympathie pour la notion d’amour libre par exemple (qui désigne initialement surtout le fait de tisser des relations amoureuses ou sexuelles hors mariage et sans attaches « officielles », ça a été forgé par les anarchistes individualistes notamment)… Mais bon on retrouve des problèmes similaires chez les promoteurs masculins de l’amour libre au XIXème, donc je pense qu’il faut surtout avoir en tête que toute « libération sexuelle » a un revers de la médaille pour les femmes surtout quand ce sont des hommes qui en sont les plus ardents promoteurs.

      Et sinon oui je confirme que ça se lit très bien et que ça peut se prêter !

      (et tu sais que j’adore les pavés éhé)

      Merci de prendre le temps de commenter si régulièrement !

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      1. Moi non plus je ne mettrais pas du tout sur le même plan ces deux situations, c’est clair ! Mais justement j’ai parfois eu l’impression – peut-être fausse – que pour certaines personnes, ce sont des situations à mettre au même niveau. Après j’ai peut-être mal compris.

        T’inquiète, j’avais bien saisit que le but n’était pas de lyncher les libertin.e.s du XXIème siècle mais c’est vrai que ça fait toujours bizarre de voir qu’un terme que l’on voyait comme sympathique a en réalité une origine pas ouf. Je me qualifie désormais comme panamoureuse, généralement c’est plutôt clair et bien compris.

        Je t’en prie, à très bientôt ! 😊

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  4. Wahou, quel article ! Le moins que l’on puisse dire, c’est que tu m’as méchemment donné envie de lire ce bouquin – dont j’avais déjà pas mal entendu parler.
    La culture du viol, ou cette notion que tu te prends littéralement en pleine gueule quand on te l’explique – qui te fais repasser ton passé au crible et te dire « merde, et là, c’était un viol ? » « et ça, est-ce que c’était une agression sexuelle ? ». Oui, doublement oui. Alors, il faut du temps pour avaler ces lourds constats et réaliser qu’on a un jour été victime – pas au sens où la société l’entend (Virginie Despentes et King Kong Théorie m’avaient déjà bien éclairée sur le sujet – avec standardisation forcée du comportement de victime – où tu DOIS te sentir cassée et vulnérable jusqu’à la fin de ta vie – sinon c’est que tu n’as pas vraiment été agressée…), mais à son sens à soi.
    Je pense à peu près comme toi, contre la culture du viol, il FAUT éduquer, d’urgence et ce, dès l’école maternelle. ça me rend toujours malade de constater le nombre de proches qui hurlent à corps et à cri dès qu’une affaire pédophile déffraie la chronique, mais qui refusent d’entendre parler éducation sexuelle (n’ayons pas peur de ce mot) de leurs enfants. Combien de fois me suis-je sentie très seule en soirée, presque accusée de vouloir pervertir les enfants ? (alors que d’expérience, il n’y a rien de plus facile que de parler de sexualité avec un.e gamin.e – ils posent les bonnes questions, sans préjugés et c’est toujours avec joie que j’y réponds).
    Il faut ensuite poursuivre tout au long de la vie, lors des études supérieures et dans le monde du travail – PARTOUT, dans les quartiers populaires, auprès de personnes en situation en handicap, dans les MJC, chez les forces de l’ordre, les enseignant.e.s, les maisons de retraite, dans les ministères…
    Il faut aussi arrêter d’URGENCE de séparer les enfants dès qu’ils sont dans le ventre et recommencer à éduquer les garçons et les filles ensemble. Et là, bon sang, y a aussi du chemin…
    Pour ma part, même si je constate que les lignes bougent un peu, je reste assez pessimiste. Tant que nous serons gouverné.e.s par les mêmes personnes (càd des hommes blancs plutôt âgés), le système patriarcal et mysogyne restera bien en place. Je crois que ça arrange trop bien certaines personnes…On verra ! La lutte continue !

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    1. Je suis tellement d’accord avec toi sur l’éducation sexuelle, on ferme les yeux… on espère que les enfants découvriront « tout seuls » sans vouloir en entendre parler, trop souvent. Et effectivement comme tu dis, la lutte continue mais on obtiendra rien des gouvernements spontanément, faudra aller tout chercher, ne pas relâcher la pression

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  5. Me voilà enfin ! Oui, ça faisait un bout de temps que je voulais le lire, mais je ne trouvais pas assez de temps pour m’y consacrer pleinement.

    Déjà, tu as abattu un travail énorme, félicitations pour ton travail, ton article est vraiment très complet. Je suis assez impressionnée !

    Je ne sais pas quand je l’achèterai mais il fera partie de mes lectures, c’est sûr. Tout comme toi, j’ai connu son blog Crêpe Georgette qui a beaucoup participé à mon parcours de féministe au début, ses articles m’ont souvent foutu une claque. Ce que tu racontes dans ton article sur le contenu du livre ne m’étonne pas car elle en parlait déjà sur son blog que je suivais assidûment à l’époque, mais ça sert de rappel et t’as l’air d’avoir appris des trucs, donc… Je le lirai, c’est sûr ! (rien que pour lui filer des sous, elle le mérite /pan/)

    En plus de ce que tu dis sur le fait que les hommes sont très difficiles à sensibiliser sur le sujet, il n’y a pas que leur absence aux conférences qui m’interroge… Ils ne lisent pas (ou très peu) de livres féministes ! Leur intérêt est tellement nul qu’un jour, on m’a balancé « Pas besoin, je sais déjà tout ». D’accord… Et pourquoi j’en lis sur un sujet qui me concerne vu que logiquement, je sais déjà tout ? Bref, la mauvaise foi est aussi de mise, avec l’hypocrisie et la mauvaise volonté. Je me demande si le fait que certaines couvertures qui arborent des couleurs « girly » (rose, violet…) ne les rebutent pas… Pour avoir bossé dans un magasin de vêtements, je sais qu’il leur en faut peu !

    Bref, merci pour cet article et d’avoir parlé brillamment de ce livre !

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  6. Incroyable chronique d’un livre que j’ai également hâte de lire. Je rejoins manonwoodstock sur le choc de repenser à tous ces moments malaisants voire pénibles de notre vie et de réaliser que, oui, on a été soi-même victime d’agressions sexuelles. Je suis presque gênée de l’écrire, mais enfin il faut que la parole se libère, pour se soutenir et encourager indirectement les autres victimes à parler à leur tour.

    Dans l’introduction de ton billet, j’ai apprécié que tu rendes hommages à toutes les féministes et comptes militants dont tu dis t’être « abreuvée ». Pour moi c’est pareil, et pour de nombreuses autres personnes également. Sans Internet, mon éveil féministe n’aurait peut-être pas eu lieu de cette façon, ou alors bien plus tard, et encore ; une raison de plus de ne pas jeter la pierre à ce bon vieux web, ni aux réseaux sociaux.

    Une chose qui me fait du BIEN, depuis que j’ai commencé à me déconstruire et que je suis ouvertement devenue féministe (je serais presque tentée de dire qu’on ne n’est pas féministe, on le devient ! Paraphrasant sans doute des milliers de femmes avant moi), c’est ce fort sentiment de SORORITÉ que je ressens.

    Je lisais encore hier soir Daria Marx qui tweetait : « vraiment arrêtez avec vos guerres entre militantes et mise en compétition des meilleures meufs, les autres femmes, même pas féministes, ne sont pas nos ennemis. » Preach !

    Un merci infini à toi, Irène, de démocratiser des sujets et des concepts lourds de sens et d’histoire, et de les rendre aussi digestes et abordables.

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  7. Merci pour ce conseil de lecture. Ce livre m’a bouleversée, renversée, révoltée et fais prendre conscience, parfois, du nombre de mes propres préjugés. Je viens déjà de le prêter à une amie. Luttons contre la culture du viol !

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  8. Merci pour ce conseil de lecture. Ce livre m’a bouleversée, renversée, révoltée et fais prendre conscience, parfois, du nombre de mes propres préjugés. Je viens déjà de le prêter à une amie. Luttons contre la culture du viol !

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