4 revues papier indépendantes à lire et soutenir

Une petite sélection de revues indépendantes, dont vous avez, pour certaines, retrouvé  un temps des articles dans mes remue-méninges mensuels… Elles ont pour point commun d’avoir fait le choix du format papier et de publier des contenus fouillés qui privilégient les enquêtes approfondies, les analyses sur le temps long et  des réflexions politiques originales. Bref de quoi se remuer activement les méninges et avec plaisir ! Ces revues engagée survivent en milieu hostile et reposent sur l’énergie et le temps de membres le plus souvent bénévoles, ainsi que sur la fidélité des lecteurs et lectrices.


Ballast

« Tenir tête, fédérer, amorcer », voila la devise de cette revue qui propose des contenus de qualité et embrasse l’ensemble de ce qui constitue la « gauche radicale » et les différents mouvements d’émancipation. Il s’agit en outre d’une des seules revues comportant une rubrique permanente sur l’éthique animale. On trouvera dans Ballast des reportages tant locaux qu’à l’international, des entretiens, des portfolio, mais aussi des textes plus théoriques et des prises de position qui alimentent des débats pointus. La poésie, la littérature et les arts graphiques n’y sont pas non plus délaissés. Il faut noter que la revue en ligne et la revue papier sont des contenus autonomes : l’édition papier sort deux fois par année et contient uniquement des articles inédits, dont certains sont parfois publiés sur le site dans les mois ou années qui suivent. C’est ainsi le 10ème numéro qui devrait sortir en librairie en décembre… et la maquette a pas mal changé depuis le 9, par rapport aux numéros que vous voyez ici en photo ! Je vous laisse découvrir ça via ma story Instagram dédiée, pour avoir un aperçu des pages à l’intérieur des deux derniers numéros.

En plus du site de la revue, très riche, que je vous invite à découvrir, vous pouvez retrouver la revue sur Facebook, Twitter et même Instagram où des photos inédites sont postées. Enfin, la revue est à présent sur la plateforme Cairn : vous y trouverez gratuitement les trois premier numéros, aujourd’hui en rupture de stock.

Jef Klak

La revue Jef Klak se présente comme une revue de critique sociale et d’expériences littéraires, présente sur un site web et à travers une revue papier annuelle (tout comme Ballast, Jef Klak a conçu ces espaces comme indépendants).  Identité visuelle originale, démarche ludique, artistique…  j’aurais bien du mal à comparer cette revue avec quoi que ce soit d’autre ! Comme l’explique leur site : « Une comptine sert de fil conducteur à Jef Klak : chaque numéro [de la revue  papier] a un thème dans l’ordre de Trois p’tits chats – Marabout, Bout d’ficelle, Selle de ch’val, Ch’val de course, etc. »  Autre originalité : chaque numéro contient aussi un CD de créations sonores qui complète le contenu de la revue. Du côté des thématiques, à titre d’exemple le site internet présente des rubriques sur l’antiracisme et les luttes décoloniales, sur le féminisme et les luttes LGBTQI, une rubrique culturelle (et politique), une rubrique sur le travail et les luttes sociales, une sur l’écologie politique, une enfin sur les luttes carcérales.

Revue Z

Selon leurs propres mots, Z est une « revue itinérante d’enquête et de critique sociale ». Itinérante ? En effet, la spécificité de Z est d’ancrer chaque numéro dans un lieu :  « Pour chaque année, un numéro. Pour chaque lieu d’enquête, un grand thème. »  Tarn, Paris, Thessalonique, Marseille, Guyane sont quelques uns des lieux explorés jusqu’à présent, le dernier numéro étant construit autour de Rouen à a suite de l’incendie de Lubrizol.  Contrairement aux deux précédentes revues, Z s’est construite autour du format papier et y reste fidèle. Pas de contenus inédits produits spécifiquement pour le site donc, mais on y trouvera quand-même une sélection d’articles parus dans les numéros précédents (vous pouvez donc découvrir sans plus attendre le style Z : ZAD, luttes anti-nucléaire, féminisme…). Une fidélité réaffirmée par la création en 2019 des éditions de la Dernière lettre, avec déjà 4 ouvrages publiés. Enfin, le collectif propose aussi des « Zateliers » autour des médias.

Panthère première

Si je suis particulièrement fidèle à Ballast depuis le numéro 4, la découverte de Panthère Première à sa création a suscité chez moi un petit coup de cœur (5 numéros sont sortis à ce jour). Nous avons ici une revue féministe dont le format s’éloigne un peu de ses camarades présentées plus haut. Tandis que celles-ci s’apparentent à des « mooks » (des revues plus proches d’un format livre — et même d’un bon gros livre, en particulier pour Z et Jef Klak), Panthère première se fait plus souple et fine, et rend hommage aux fanzine avec ses pages qui changent de couleur selon le dossier, ses dessins et collages en plus des photographies. Mais attention, si le papier s’allège, le format reste riche : Panthère première, c’est 100 pages par semestre tout de même, et des articles passionnants. Ses numéros interrogent sous une multitude d’angles l’articulation entre sphères privées et publiques, intime et politique. Les articles sont republiés par la suite sur le site (et sont téléchargeables en pdf).


Ces quatre revues sont distribuées en librairie, et si vous ne les trouvez pas, vous pouvez les faire commander à votre librairie favorite (bref, comme un livre).

D’autres revues papier à nous faire découvrir ?

22 réflexions sur “4 revues papier indépendantes à lire et soutenir

  1. Merciii pour ce super billet, qui tape dans le mille me concernant : papier + politique + indépendance + DIY/auto-gestion créative.

    Niveau revue féministe qui TABASSE, il y a Polysème Magazine qui mérite d’être davantage connu tellement c’est génial !

    https://polysememagazine.bigcartel.com/

    C’est un magazine ultra chiadé, intersectionnel, sex positive, artistique, créé par deux personnes incroyables : Raphaela Icguane et La Fille Renne. Chaque numéro est consacré à un thème (par exemple : Sexualités, Villes et espaces urbains, Peau(x)…).

    Petit extrait :

    « Nous voulons la fin de la domination cismasculine dans la quasi-totalité des espaces artistiques. Nous sommes convaincues que l’art est politique et que le geste de la création ne peut être privé de revendication. En ce sens, nous avons créé Polysème Magazine pour mettre en évidence la pluralité déjà existante d’artistes femmes, trans binaires et non-binaires qui peuplent les interstices et les marges ; qui s’exposent dans les lieux clos et restreints, qui écrivent en ligne et sur les murs à défaut de jouir de papier et de visibilité. »

    Voilà voilà ♥︎

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    1. Coucouuu ! Oui j’avais commandé un numéro de Polysème, j’aime bien ! Là j’ai fait le focus sur les revues de critique sociale, mais en élargissant un peu le spectre à des revues plus créative, artistiques, poétiques (tout en comportant un aspect politique), il y a plein de petites pépites. Je pense aussi à la revue Timult par exemple dans les revues politiques, mais que j’ai pas assez lu malheureusement

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  2. Merci pour ces riches idées!
    J’aime également beaucoup le format et les articles de La Relève et la Peste – contenu différent sur le site internet et dans leurs revues éditées papier. Pas de financeurs et actionnaires en tout genre non plus et leurs articles sont particulièrement cinglants sur tous les sujets de société.

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    1. J’étais moins attirée à la base car les noms des contributeurs dans les premiers numéros m’attirent pas plus que ça (Pierre Rabhi, Hubert Reeves, Pablo Servigne, Vandana Shiva… bof bof en ce qui me concerne). Mais on m’en parle beaucoup donc j’irai parcourir ça à un moment ou l’autre ! Dans les magazines on me parle aussi pas mal de Socialter

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      1. Je suis certainement moins connaisseuse que toi sur tous ces sujets, donc moins crispée à l’évocation de leurs noms et travaux. D’où mon intérêt aussi pour ce que tu proposes puisque j’apprécie à chaque fois tes commentaires et recommandations.

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      2. Bonjour Irène,

        Merci pour ces recommandations. Le format des revues trimestrielles ou semestrielles m’attire pas mal dernièrement, car la lecture sur écran me fatigue vite (et ma concentration n’est pas la même) et qu’un rythme mensuel est un peu trop rapide pour moi 😅 Et puis je préfère les analyses sur le long terme et avec du recul aux informations instantanées qui s’enchaînent trop vite pour permettre la réflexion.

        J’ai commandé les numéros de Z sur Rouen et Marseille (celui qui parle des femmes et des questions de genre). Quant à Ballast, découvert sur ton blog, je viens de m’y abonner 🙂

        Si tu as le temps (et envie), pourrais-tu m’expliquer ce qui te pose problème chez Idriss Aberkane? J’ai rapidement cherché sur Internet et lu une histoire de CV « embelli ».

        Bonne soirée

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      3. Merci de ton commentaire, ça me fait plaisir que ces revues t’aient plu et que tu t’abonnes à Ballast ! Je viens de recevoir le dernier numéro et la qualité du papier et de la couleur déjà c’est un plaisir 😍
        Pour Aberkane oui c’est ça sauf que c’est un peu plus que de l’embellissement, il a carrément inventé des formations très prestigieuses, et a capitalisé médiatiquement dessus… Pour moi non seulement c’est un imposteur mais il n’apporte pas grand chose, pas d’originalité dans ses propos, y’a énormément de personnes qui sont mieux formées et disent des choses plus pertinentes sur les sujets qu’il aborde. D’où mon incompréhension de le retrouver dans une revue ecolo et de critique sociale

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      4. Merci pour la réponse 🙂

        C’est malheureusement la solution de facilité et une stratégie pour attirer un large public, de faire appel aux têtes d’affiche, aussi controversées soient-elles (coucou Pierre Rabhi).

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      5. Tout à fait, et on finit du coup par voir les mêmes noms dans tous les médias, au détriment de personnes moins médiatiques, moins dans le buzz et qui auraient des choses passionnantes à dire… c’est dommage. Y’a beaucoup de chercheuses par exemple super calées sur leur sujet et très intéressantes à écouter mais qui vont pas forcément se mettre autant en avant, et qu’on ne va pas solliciter

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  3. Merci Irène pour cette sélection, ton billet file tout droit dans mes marque-pages ! Je lis parfois les articles publiés sur le site de Ballast, la version papier me fait bien envie. Et je vais jeter un œil aux trois autres publications dont tu parles et que je ne connais pas du tout. Les couvertures de Panthère Première sont magnifiques ❤

    Pour ma part je suis abonnée à Socialter, dont j'aime beaucoup les dossiers thématiques.

    Je regrette que peu de publications de ce genre, engagées et indépendantes, existent en Suisse romande. Et j'ai l'impression que celles qui existent sont très peu connues en dehors des milieux militants.

    C'est vraiment toujours une joie de te voir publier sur ton blog ! 😀

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    1. J’espère publier plus souvent, je me suis laissée happer par Instagram, mais j’ai envie de réinvestir davantage le blog !

      Effectivement en Suisse je ne connais pas trop de format équivalent. Il y a des magazines et journaux comme Moins… Après je connais mal la presse suisse de manière générale

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  4. Très envie de lire Ballast mais le prix me dissuade car je lis déjà une revue (rien à voir avec les luttes sociales) qui coûte déjà 19€ tous les 3 mois, c’est déjà un budget. Il s’agit d’America, créé par Busnel et Fottorino. Le seul magazine dans lequel je lis tout, c’est positif, aha. Est-ce que je suis d’accord avec tout ? Non. Puis il y a des focus sur des grands noms parfois alors que leurs textes ne sont pas les plus pertinents. Par exemple, le n°4 était sur la violence et la pub a beaucoup été faite sur le fait que Stephen King y a écrit un texte… Le moins intéressant dans la série sur la violence. Bref, pas toujours que du bon mais la revue reste de grande qualité et je ne regrette pas de l’acheter ! Et puis ça me permet de nuancer ma vision des Etats-Unis qui était assez manichéenne.

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    1. Oui c’est un budget… L’abonnement peut vraiment valoir le coup pour les 4 revues, la plupart paraissant une fois dans l’année où deux fois (un peu plus pour Panthère première). C’est comme acheter un livre, davantage qu’un magazine ou une revue habituelle. Mais en effet ça reste un budget, donc c’est sympa de savoir qu’on retrouve des articles sur leurs sites Internet 🙂

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