« Tu argumentes mieux que moi » : se sentir (il)légitime en situation de débat

Bienvenue, vous vous apprêtez à lire l’un des articles les plus spontanés de ce blog ! Il semblerait que je sois en marche vers une relative tolérance quant au fait de publier des textes aux plans flous et forcément lacunaires. Après tout, ce sont aussi les échanges qui suivront qui permettront d’en préciser certains éléments… et c’est précisément d’échange d’arguments et de débat dont il va être question.


Tu sauras mieux argumenter que moi !
C’est lui qui doit avoir raison, il sait tellement de choses…
Elle le dit si bien
Moi, j’hésite à en discuter, je ne connaîtrais pas assez le sujet par rapport à elle/lui.

Vous avez déjà ressenti de tels sentiments, gardant pour vous des idées qui émergeaient ? Ces situations vous sont peut-être familières ? Si je prends le clavier inopinément aujourd’hui, c’est parce que j’ai reçu un (très gentil) message dans le cadre d’un échange sur Instagram, dont l’autrice me confiait au passage hésiter parfois à me répondre… Parce que j’argumentais bien. Un compliment qui me touche mais me chiffonne surtout.

Car il va sans dire que ce blog et les réseaux qui lui sont associés ont pour raison d’être la création d’échanges, de commentaires, de débats, ce qui devrait induire en théorie une certaine réciprocité. Or celle-ci, bien entendu, ne va pas de soi : lorsqu’on blogue (c’est valable bien sûr pour d’autres formats) on a la mainmise sur son contenu, et beaucoup de personnes en revanche s’autocensurent lorsqu’il s’agit de réagir et encore davantage de formuler des questionnements ou des objections… Vous allez me dire, et vous aurez raison, que tout de même, certaines personnes se questionnent nettement moins et que nombre de créatrices, blogueuses et ne parlons même pas des youtubeuses, croulent sous les commentaires désobligeants voire insultants.

Oui mais, précisément : qui sont les personnes qui hésitent, qui se sentent si humbles, qui admirent leurs interlocuteurs.trices au point d’hésiter à amorcer un échange qui pourrait se transformer en débat ? Souvent des femmes, me semble-t-il… Et à cet égard, les blogueuses et autres créatrices féministes qui écrivent et argumentent sont susceptibles de se trouver dans une situation paradoxale : donner de la voix pour défendre la cause des femmes, et susciter une forme d’admiration qui conforte d’autres femmes dans l’idée qu’elles n’exprimeront jamais ces idées aussi bien (tandis qu’un certain nombre d’hommes ne semblent avoir que peu de problèmes à écrire des pavés condescendants sur des sujets qui sont parfois la spécialité de la personne à laquelle il s’adresse ! Mieux vaut en rire… mais ça reste un rire jaune).

On se trouve alors un peu coincée : comment faire en sorte de pallier cette conséquence imprévue (en tout cas involontaire) ? Et si des femmes hésitent alors même qu’elles-même écrivent parfois et sont assez à l’aise avec la langue, que peuvent ressentir des femmes qui n’ont pas le même parcours et se sentent moins compétentes avec le maniement des mots et des arguments ?

Force est de constater que les blogs les plus axés sur l’écriture et l’argumentation suscitent beaucoup de réactions de la part de personnes elles-mêmes plutôt à l’aise avec cela. Plus largement, si je me penche sur les échanges les plus réguliers que j’ai sur Instagram (réseau sur lequel je passe le plus de temps, vous l’aurez compris), je me rends vite compte qu’il s’agit surtout de femmes, et de femmes avec des profils plutôt similaires au mien dans l’ensemble. Plutôt blanches, ayant très majoritairement fait des études supérieures, et dans une partie des cas (dans une moindre mesure cependant) tenant elles-mêmes un blog ou un compte à visée informative et/ou militante. Et parmi ces personnes, déjà, une partie se sent illégitime à débattre, à formuler des argumentations, surtout lorsque les sujets deviennent un tant soit peu politiques !

Ce qui suscite chez moi plusieurs questionnements :

  • Comment modérer cet entre-soi et est-ce seulement possible ? Ne s’agit-il pas surtout de garder en tête les limites nombreuses de ce format, et de ne pas céder à l’illusion d’un militantisme « 2.0 » qui se suffirait à lui-même ?
  • Comment anticiper le fait qu’on risque d’intimider malgré nous les personnes avec qui on souhaiterait échanger (alors même, j’insiste là-dessus, que j’en apprends en général énormément des personnes qui m’ont fait part de tels sentiments), que ce soit sur les médias sociaux ou avec les gens que nous rencontrons « IRL » ? 

Je crois que le format conditionne de toute façon en partie notre audience, plus particulièrement notre lectorat — tous les formats excluent plus ou moins certaines personnes, et le format écrit n’y fait pas exception (c’est même particulièrement marqué, l’aisance face à la lecture est inégalement répartie socialement, et on peut y rajouter les dyslexies et dysorthographie, et bien sûr les personnes malvoyantes ou aveugles, même si des outils se développent pour faciliter l’accessibilité). Et ce, même si notre intention est d’être « accessible » dans nos contenus et que nous n’avons pas de prétention littéraire. Il est primordial d’être lucides là dessus…

Mais au-delà de la communication sur Instagram ou autres réseaux, le sentiment d’illégitimité lorsqu’il s’agit d’exprimer un avis politique (même pris au sens le plus large du terme) ou plus généralement de formuler des arguments est récurrent. Or lorsque nous sommes au contraire habitués à cet exercice (parce que nous militons par exemple, ou que cela fait partie de notre métier d’articuler une pensée argumentée), nous exerçons souvent malgré nous une forme de pression qui incite à la comparaison. En bref, nous cherchons à faciliter l’expression, mais c’est nous qui pouvons représenter un frein.

Et face à cela, que faire ? Je vous propose d’en discuter (ici, sur Instagram, sur vos espaces divers). Parmi les pistes que je peux identifier spontanément :

  • Savoir rester en retrait et écouter, tout échange n’ayant pas à se transformer en débat argumenté. Ainsi, je sais que je peux pêcher par excès d’enthousiasme parfois et « effrayer » les personnes à qui je m’adresse (pardon à celles qui se reconnaîtront 😮 )
  • Demander explicitement un avis, ou même un ressenti lorsqu’on ouvre une discussion. Ce n’est pas miraculeux et ça peut paraître extrêmement évident, mais parfois on ose se lancer lorsqu’on est sollicités.
  • Savoir s’adapter au contexte. On peut refaire le monde et s’écharper entre amis à coups d’arguments acérés et avec nos plus belles références littéraire et politiques, cela ne nous oblige pas à reproduire l’exercice partout… Par ailleurs, on peut souvent exprimer ses idées avec des mots très simples sans trahir sa pensée (j’avoue être parfois agacée face à des rhétoriques ultra sophistiquées qui nécessitent d’ouvrir dix fois le dictionnaire sans que ce soit justifié, par exemple).
  • En contexte militant, qu’il s’agisse d’interactions dans l’espace public, d’assemblées ou de réunions, il est important d’aller plus loin et de penser des dispositifs qui favorisent l’expression de toutes et tous. J’aurai l’occasion de développer ce dernier point et d’évoquer davantage de solution concrètes avec les chroniques à venir de deux ouvrages parus aux Éditions du commun.

En guise de conclusion, ou d’ouverture, je voudrais aussi rappeler deux choses.

La première, c’est que la capacité à argumenter et à bien s’exprimer selon les normes en vigueur (qui ont trait au vocabulaire, à la grammaire et à la syntaxe, mais aussi dans une certaine mesure au ton employé, et aussi à la structuration de sa pensée) n’est pas vraiment le fait d’un talent particulier… Elle est très conditionnée par la trajectoire sociale, ainsi que par la socialisation genrée déjà évoquée. Ainsi, mes deux parents sont enseignants, j’ai baigné depuis toujours dans l’écrit et jongler avec les mots est d’une assez grande banalité dans ma famille. Je sais que ça n’est pas vraiment une source de consolation de constater qu’il s’agit dans une grande mesure d’un privilège de plus, ça n’aide pas à moins complexer lorsqu’on est concerné… Mais ça peut permettre de « désacraliser » les belles phrases (qui parfois sont vides hein, ou alors puantes — je suis sûre que vous trouverez facilement des exemples, Enthoven en est une belle incarnation, entre autres). Et puis si de gros abrutis n’ont aucun complexe à faire la leçon aux femmes en permanence, il y a toutes les raisons d’être plus indulgente avec soi-même et de se faire davantage confiance !

La seconde, en ce qui concerne l’argumentation à proprement parler, c’est que c’est aussi quelque chose qui s’apprend (on peut d’ailleurs aimer passionnément la littérature mais être peu à l’aise avec le débat argumenté par exemple, ce sont deux choses un peu différentes). Le fait de se confronter à différentes opinions, de lire ou de visionner des argumentations sur des sujets qui nous intéressent, le fait aussi de militer aux côtés de personnes plus expérimentées, tout cela participe à cet apprentissage. On peut se sentir un jour minuscule à côté de militant·es passioné·es aux démonstrations percutantes… et être soi-même (parfois à son insu) cette militante le lendemain ! (Ou, parfois, à quelques années d’écart).


Il n’aura jamais été aussi à propos de vous demander votre avis !
Certes, écrire négligemment « n’hésitez-pas à commenter » n’a rien de miraculeux. Si le cœur vous en dit, cependant, cet espace est là pour ça.

30 réflexions sur “« Tu argumentes mieux que moi » : se sentir (il)légitime en situation de débat

  1. Ahaha, quand tu as cité ce qu’on pouvait penser, j’ai cru que tu parlais de moi. Après, t’as parlé de cette membre d’Instagram, et il me semble en effet avoir dit un truc du genre, mais il y a longtemps, donc ce n’est pas moi. Si cette fille passe dans le coin, qu’elle sache qu’au moins, tu es ouverte à beaucoup de choses ! Il y en a qui balancent leur science mais qui sont tellement dans leur trip qu’en effet, des commentaires plus légers et moins constructifs leur paraîtraient incongrus mais ce n’est pas ton cas. Et puis on apprend tous !

    Bon… J’essaie d’au moins pouvoir dire quelque chose, poser des questions irl mais malgré mes efforts, c’est plus dur que ce que je pensais. J’étais à une rencontre d’un auteur par curiosité (un politique EELV, pour les détails, je préfère les donner en privé si tu veux en savoir plus) et rolala, une discussion a eu lieu et j’ai pu à peine en placer une (une question vers la fin quand le silence a commencé à tomber pendant genre DEUX SECONDES) alors que j’avais préparé des questions sur papier, un peu frustrant. En plus, quand je l’ai posé, j’avais mon habituel petite voix timide de « Je veux pas déranger », je crois que je préfère l’écrit, aha.

    Sinon, pour la différence genrée, j’en ai eu un exemple flagrant ! Pendant cette rencontre, à part un seul homme, tous ont parlé, et si on ne me compte pas, on est sur le ratio inverse pour les femmes… Ça en dit long. Et j’ai pas forcément trouvé les hommes si pertinents que ça… Et c’est même pas de la mauvaise foi de féministe, c’est juste qu’on voit qu’ils ne se posent pas la question de la pertinence de leurs interventions. Du coup, « écouter les autres », ok, mais c’est peut-être pas aux femmes qu’il faut le dire…

    Du coup, c’est du travail auquel je ne fais pas forcément face tous les jours, ni même une fois par mois… Je crois que le pire, c’est qu’on renvoie une certaine image et que l’on s’attend à ce que tu te taises ou à tel type d’intervention… Si tu sors du cadre dans lequel les gens t’imaginent, tu te fais doucher en moins de deux. « Retourne à ta place », on te sous-entend. Pas facile de passer par-dessus. C’est aussi un gros travail psychologique qui ne se fait pas du jour au lendemain.

    Pour le cadre militant, j’attends que tu en parles plus alors, ça me fait peur, je l’avoue, surtout quand je vois comment les discussions plus basiques se passent pour moi.

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    1. Merci infiniment pour ton retour, c’est vraiment un phénomène flagrant dans les réunions et événements politiques. Et on ne peut pas mettre cette responsabilité sur les épaules des personnes qui n’osent pas, il faut vraiment des dispositifs qui contraignent certains à se mettre davantage en retrait et proposent la parole à d’autres. Encore faut-il être conscients du souci… Même moi tu vois je me sens à l’aide à l’oral et à l’écrit pour argumenter, mais j’ai le besoin de creuser un sujet dans tous les sens avant de m’exprimer vraiment dessus, c’est ce qui explique que j’aie des brouillons de blog qui traînent depuis quatre ans 😁 mais il me semble que c’est pas mal d’en parlerd déjà, de comprendre d’où viennent ces hésitations et de travailler dessus ensemble 🙂

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      1. Du coup, je me demandais si ces personnes hypers à l’aise à l’oral, dans une discussion, allaient lire ton article (ou autre) parce que tu parles d’illégitimité à parler, à part qu’ils se sentent tout sauf illégitime… et ne vont peut-être pas se sentir concernés par un tel article. Alors qu’ils faudraient qu’ils lisent aussi, pour voir qu’il y a des efforts à faire des deux côtés.

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  2. Bonjour, j’avoue ne pas tout suivre sur Instagram. C’est un réseau très « visuel » sur lequel les textes écrits petits me font mal aux yeux.
    Mais finalement, il y a assez peu de réactivité, même sur les blogs.
    Les déchets dans la nature ne suscitent aucune réaction…..
    En général, j’ai souvent des commentaires agressifs sur la condition animale : aucun argument et ne parlons pas d’orthographe. Des retours féminins quand il s’agit de chevaux.
    Par contre, j’ai des échanges intéressants dans le cadre de mes ateliers et conférences. Des questions posées qui me demandent réflexion et parfois remise en question.
    Peut-être que mon travail demande simplement à être vécu.
    Personnellement, j’aime apprendre auprès de personnes qui sont très certainement plus légitime que moi dans leurs domaines.
    C’est une occasion de m’informer, demander des précisions pour y revenir plus tard.
    Échanges et partages qui ne font que rarement débat d’ailleurs.
    Je reviendrai lire la suite.
    Bon weekend à toi.

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  3. Merci Irène ! C’est très intéressant, et je ne suis pas vraiment surprise que ce soit a priori plutôt des femmes qui se sentent moins légitimes et moins capables d’argumenter sur des sujets politiques (on en revient à l’éducation sexiste et au fait qu’on décourage les filles depuis leur enfance à donner leur avis, à faire du bruit, etc.).

    J’ai lu ton billet hier soir, et j’y ai réfléchi cette nuit ; en fait, je pense qu’il y a un truc très positif qui se joue quand quelqu’un·e te dit « Tu argumentes mieux que moi » ou « Tu le dis si bien ». C’est que déjà, tu es lue, et que ce que tu écris a un impact. Le fait de t’écrire cela, est déjà une première action/prise de conscience ; se dire qu’au fond on aimerait bien argumenter comme toi, parce que ce que tu partages a justement un fort impact. Et que c’est cet impact qu’on aimerait peut-être nous aussi avoir sur les autres…

    Ce que tu partages, sur ton blog et ton compte Insta, pour un paquet de personnes, l’étincelle qui met le feu aux poudres du premier engagement militant. Et ça, c’est déjà énorme. Ce n’est pas forcément quantifiable, et sans doute que cela aura des conséquences pas tant dans l’immédiat que sur le moyen terme.

    Alors je comprends bien que cela n’aille peut-être pas assez vite pour toi, et que tu aimerais peut-être que chaque personne qui hésite, qui cogite longuement dans son coin, s’engage et rejoigne directement la lutte !

    On a chacun·e des itinéraires et des expériences différentes, tout le monde n’a pas eu la chance en effet d’évoluer dans un milieu politisé (il y a beaucoup de foyers où 1/ les parents sont réac et/ou 2/ la politique est un sujet tabou). Donc un long travail de lectures, de renseignements, de rencontres et de déconstruction à fournir – on ne part pas toutes et tous du même endroit.

    Bref, comme d’habitude mon message est un peu décousu. Ce qu’il faut retenir : d’une part, c’est génial que ton message politique ait une telle portée (mine de rien ce n‘est pas donné à tout le monde), d’autre part, ce que tu partages a sans doute plus d’impact que tu ne l’imagines. Enfin, Rome ne s’est pas faite en un jour, même si je comprends l’urgence de rendre la société plus égalitaire…

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    1. Merci beaucoup de prendre le temps de m’écrire… Je ne trouve pas ça décousu du tout (mais eh on est dures avec nous-mêmes et j’ai failli ne pas publier cet article avant de me dire que c’était quand-même le comble vu le sujet!)

      Je reviens sur le fait que ça n’aille peut être « pas assez vite »… Je crois que je serais bien mal placée pour estimer que quelqu’un hésite trop longtemps parce que de mon côté j’ai besoin d’explorer dans toutes les directions pour être sûre de mes choix, de peser tous les pour et les contre. Donc je comprends vraiment bien les hésitations ! C’est davantage la possibilité envisagée qu’en m’exprimant je puisse participer à silencier involontairement d’autres personnes qui m’interpellait comme point de départ de cette discussion… Mais je pense que tu as raison sur le fait qu’il peut aussi y avoir des effets positifs, et je suis toujours très contente lorsque des femmes avec qui j’échange affirme leurs idées sur leurs réseaux ou blog. Merci de me rappeler ça 🙂

      À très bientôt

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  4. Bonjour !
    Merci pour cet article sensé et déculpabilisateur.
    De mon coté j’apprécie beaucoup le débat de manière générale mais je sais aussi que je suis très (trop) spontanée et passionnée par certains sujets, et cela m’a joué des tours. J’ai tendance à prendre désormais le temps de bien réfléchir avant de parler. Cela donne des réponses plus modérées, qui n’en sont pas moins étudiées.
    Comme toi, je prends aussi conscience que parlar d’un sujet que l’on connait sur le bout des doigts peut intimider le « public » en face qui forcément aura moins de longueur d’avance et pourra se sentir perdu.
    Pour te donner des exemples concret, autant je pense bien maitriser des sujets comme le véganisme, l’antispécisme (sans être à un niveau avancé de recherches comparatives et d’études philosophiques non plus), la nutrition, autant, je découvre doucement le monde de l’inclusivité et du « genre » qui m’étaient totalement inconnus et je suis extrêmement mal à l’aide avec la violence qui émerge de ces discussions sur les réseaux. Non genré, binaire, non binaire, queer, …tout ceci sont des termes qui m’étaient totalement inconnus il y a quelques mois et c’est un sujet sur lequel j’ai du mal à m’exprimer car mal à l’aise avec le vocabulaire (par manque de maitrise, pas de reconnaissance des faits). On aurait besoin de plus de pédagogie sur des sujets sensibles car peu évoqués encore.

    Et pourtant, j’ai fait des études universitaires, j’ai appris à manier les mots, à écrire, à argumenter. Mais face à la violence verbale, on en perd toute envie de dialoguer.

    Merci d’ouvrir le dialogue.

    Bon weekend,
    Mélanie

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    1. Bonjour Mélanie, merci de ton commentaire, ça fait toujours très plaisir de te lire par ici ! Je comprends tout à fait ton sentiment, il m’a fallu bien deux ou trois ans pour être capable d’expliquer sereinement à d’autres ces notions autour du genre… Et la même durée avant de me dire « ok là je pense que je sais durablement me situer politiquement » !

      On peut se sentir mal à l’aise face à des personnes qui maîtrisent à fond, je vivais ça aussi il y a quelques années avec des militant-es aguerris… Je crois que tout l’enjeu est d’arriver à donner envie à d’autres personnes de creuser elles-mêmes davantage ces sujets, mais en évitant le côté « écrasant ». Un équilibre délicat

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      1. Pour rebondir : est-ce que la reconnaissance d’un sujet passe plutôt par sa diffusion dans le débat public et auprès du grand public ; ou par l’adoption sans tabou de termes forts, spécifiques à ce sujet, au risque d’écarter ceux qui sont intimidés par la sémantique ?
        « les deux mon capitaine »
        Mais comme Mélanie, je ne me sens pas féministe surtout parce-que plein de termes me sont peu familiers. Or de manière individuelle comme sociétale, un sujet existe quand o »’y a posé des mots. Or je reste éloignée du militantisme par manque de maîtrise de son vocabulaire et ses notions.
        Cela m’amène à un autre point : je ne me sens pas du tout légitime à parler féminisme car je n’ ai pas assez de connaissances sur le sujet. Je pense que vis à vis de toi par exemple, il faut accepter une certaine illégitimité : non à s’exprimer mais à s’exprimer sur.. Car oui, tu maîtrises bien mieux les sujets que tu traites, que certains d’être nous, et de surcroît tu réfléchis très longuement avant de t’exprimer, ce qui renforce ta légitimité comparé à l’attribut des RS : l’instantané ité !

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      2. Je comprends la relation compliquée à un milieu militant qui use de vocabulaire très spécifique et souvent obscur (surtout en ligne!)… Mais pour moi tu es clairement féministe, aucun doute là dessus ! Peut-être que tu ne te considères pas comme « militante », ça c’est aussi un sujet assez délicat, à partir de quand on se sent et on est suffisamment investie pour parler de militantisme… Mais y’a pas de brevet de féminisme décerné avec un test de vocabulaire et tout et tout heureusement 😄 Souvent, on a beau se sentir peu légitimité, on en sait en tout cas assez pour être révoltée. Mais comme je le rappelle souvent, moi aussi j’ai mis longtemps avant de me sentir à l’aise avec ces questions et j’y ai consacré beaucoup de temps, beaucoup de lectures d’articles et de discussions. Or je sais que tout le monde n’a pas ce temps là, donc : comment partager l’essentiel avec ces personnes là, comment… C’est un peu les questions que je me pose. Les stories Instagram et les blogs c’est un moyen parmi d’autres mais comme tu le rappelais dans ton autre commentaire, on reste malgré tout dans une forme d’entre soi… Dont il faut penser à sortir aussi (sachant qu’on partage aussi des choses dans l’action, dans des luttes concrètes, outre les mots et le vocabulaire auquel on adhère plus ou moins… Quand des travailleuses font grève par exemple dans le secteur du nettoyage, elles se sentent pas forcément féministes et pourtant c’est aussi des luttes féministes, avec des revendications spécifiques sur la condition féminine ! Donc le vocabulaire c’est délicat : les mots sont importants mais on peut pas toujours s’y arrêter)

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  5. Bonjour,
    Merci pour ton article. De mon côté, je crois que je me suis retrouvée et que je me retrouve dans les deux situations que tu décris.

    Je ne suis pas très à l’aise avec les réseaux sociaux et ton blog est, à vrai dire, un des seuls que je suis. Je n’ai pas facebook, pas instagram, j’ai un compte fantôme sur twitter qui me permet uniquement de suivre des personnes dont j’apprécie la réflexion et qui me permettent de creuser la mienne. Mais je ne réagis pas car j’ai la sensation que ce que je dis ne sera jamais aussi intéressant que leur (votre?) réflexion, que sûrement sur un réseau que j’ignore, ce débat aura déjà été mené, que j’arrive après la bataille, que je vais me ridiculiser par ma pensée parfois embryonnaire sur certains sujets que je ne maitrise pas, que l’on va me tomber dessus et que je ne saurai pas quoi répondre etc. Et pourtant, un des seuls endroits où je commente est ce blog. Et la fois où je l’ai fait en proposant une vision différente (cela concernait le veganisme, je ne sais pas si tu te souviens), eh bien l’échange m’a profondément fait réfléchir et a complètement infléchi ma vision. Tout en n’étant pas vegan entièrement dans les faits, j’aimerais l’être, et éthiquement je le suis. Un copain me faisait remarquer hier soir que c’était impressionnant qu’en quelques mois, je défende une opinion inverse à la mienne d’avant.

    Et pour cela, je me retrouve dans la situation inverse. Ce même copain, avec qui la discussion fut houleuse, me disait que je maitrisais les règles argumentatives et que je pouvais convaincre tout le monde peu importe ce que je disais. J’ai trouvé ça vexant, parce que ce n’est pas du tout ce que je veux. Mais je viens d’un milieu social dominant, je suis femmes certes, mais blanche, je maitrise la langue et les codes sociaux qui vont avec un certain capital culturel. Alors même si je ne le souhaite pas, je crois que je peux « impressionner » lorsque je m’enthousiasme, et que j’argumente, que je défends des idées.

    Pourtant, dans ma vie quotidienne, je cherche très peu à convaincre. Je vis en campagne, je suis entourée de personnes qui viennent d’horizons différents et c’est souvent que je me tais et que je me sens moins compétente, en parole et en pratique. Notamment parce que je travaille dans l’agriculture et que j’ai encore tant à apprendre (pas plus tard que vendredi, je me suis retrouvée à devoir réparer la tronçonneuse et bah… foutue construction genrée, une voix dans ma tête me disait : tu n’es pas bricoleuse, tu n’y arriveras jamais etc). Je me demandais si l’échange ne peut avoir lieu que lorsque l’un.e et l’autre vont chacun sur un terrain hors de sa zone de confort : il/elle m’apprend la soudure où je ne vais pas être à l’aise et où je montre une forme de fragilité et lorsqu’on part sur le terrain des idées, il/elle va se sentir moins illégitime car aura perçu mes propres incompétences (je n’impressionnerai plus quoi). Je ne l’avais pas formalisé de la sorte mais je crois que j’ai pu ressentir un peu ça dernièrement.

    Voilà. Alors moi, de ma campagne, les échanges intellectuels où je peux argumenter et faire avancer ma pensée, me manquent profondément (je crois que c’est un des gros avantages de la ville, les débats, le fourmillement d’idées, l’enthousiasme!). Et c’est pour cette raison que je suis ton blog et que j’ai mon compte fantôme twitter. Même si je ne réagis pas toujours, les remue-méninges par exemple, sont une source de réflexions et de remises en question précieuses.

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    1. Merci pour ton commentaire et ce témoignage précieux… Je me souviens très bien de l’échange que tu évoques et je te remercie encore de participer à de telles discussions de façon aussi constructive ! J’aime beaucoup ce que tu soulignes sur le fait d’instaurer une réciprocité en montrant ses propres incompétences. Il se trouve que toutes les compétences ne sont pas valorisées de la même manière socialement et il y a des enjeux très importants là dessus, revaloriser d’autres ccompetences… On devrait particulièrement s’en souvenir en milieu militant. Merci encore (je remercie beaucoup mais c’est sincère !) de ta régularité par ici, c’est très encourageant pour moi

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  6. Hello !
    Alors tu poses les bonnes questions, tu argumentes bien et après tu t’étonnes qu’on soit intimidé.e.s ! 😉
    Quand on est pas issu d’un milieu intellectuel (comme dans mon cas), le langage est un truc très intimidant. Quand on parle sans technique, c’est un peu comme si on ouvrait une fenêtre sur ce qu’on l’on est à l’intérieur avant d’avoir fait le ménage. C’est mal rangé, il y a des trucs un peu chelou dans les coins et en un coup d’oreille ton interlocuteur a capté de quelle région et de quel quartier tu viens. À l’écrit et en public c’est encore pire. Il doit bien y avoir des gens qui publient sur instagram des photos leur intérieur après une semaine sans ménage, mais je ne crois pas qu’elles ou ils fassent nombre.

    A titre personnel, il m’a fallu une bonne trentaine d’année d’existence pour dépasser le complexe du langage et un certain milieu militant m’a énormément aidé. Au départ, les camarades ont patiemment cherché à me convaincre que le fait que je m’exprime en public ne pouvait être qu’en faveur du prolétariat dans sa lutte contre le capitalisme et l’impérialisme. En l’occurrence, c’était ma première année en Angleterre et j’avais encore beaucoup de mal à comprendre et à me faire comprendre. J’avais très peur de dire le contraire de ce que pensais.
    Aussi quand ils ont compris que leurs efforts étaient vains, ils m’ont fait simplement admettre qu’après tout, la réussite ou l’échec de ma prise de parole en public serait une responsabilité collective et non individuelle. Et là : bingo !

    A l’écrit, il me paraît bien plus facile de susciter des prises de consciences que des prises de confiance. L’anonymat individuel ne donne pas forcément les meilleurs résultats. Mais peut être la rédactions de textes collectifs. Ou aborder les sujets en suscitant des témoignages et des récits concrets avant de susciter des débats et des arguments ?
    En tout cas, c’est vraiment une question-clef.

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    1. Merci infiniment pour cette contribution ! Ta comparaison est très parlante, sur la capacité à s’exprimer en ayant fait un ménage intérieur et en choisissant soigneusement l’angle qu’on donne à voir… Je trouve ça très important aussi ce que tu soulignes sur le fait qu’en milieu militant ce soit une responsabilité collective.

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  7. Merci pour ton humilité !
    En effet, je suis à l’aise avec les mots car j’adore la langue et employer les mots à bon escient (ce qui m’amène à faire des phrases alambiquées !) mais je me sens Ô combien illégitime à argumenter.

    C’est comme si les réseaux sociaux avaient créé un espace entre les échanges de comptoir entre potes, sans prise de tête, et le discours des intellectuels ou experts, légitimes à parler sur leur sujet. Un espace qui amène ainsi à se questionner sur sa légitimité à y insérer sa voix pour y participer. Qui crée un sentiment d’horizontalité dans l’expression et les positions, mais dans lesquels on retrouve les doutes et travers humains (comparaison, sentiment d’illegitimité, sur représentation des dominants et manque de confiance des invisibilisés, etc).
    Certains osent s’emparer de ces nouvelles arènes pour faire entendre leur voix, qu’ils soient légitimes, ou pour dire n’importe quoi.
    Personnellement, jusqu’à présent je ne me sentais pas légitime à affirmer une opinion car : je laissais la parole aux experts, j’attendais d’avoir réuni assez d’arguments, or mon opinion ne se forgeait jamais car j’étais influençable dans le sens où les experts en sachant plus que moi, je continuais de me fier à eux.
    Effectivement, me confronter (passivement : émissions, livres) à des argumentations, des prises de position m’aide peu à peu à structurer mon propre argumentaire. Mais il y a un fossé entre nos blogs de CSP+ qui aiment les mots et les idées, et le manque entretenu d’esprit critique dans les médias mainstream et divertissements encouragés. De l’école à la télévision, rien ne nous encourage à aiguiser notre esprit critique ; or c’est fondamental pour apprendre à structurer sa réflexion et ne pas réagir au quart de tour.
    Moi je pense que ce qui pourrait m’aider est d’oser m’exprimer dans un cercle intime (famille) puis amis, puis travail, puis public : afin de me confronter à mes peurs, mes forces et mes faiblesses dans une sphère moins intimidante au début. Mais je ne me vois pas m’exprimer si je n’ai pas de bagage théorique, donc je pense que s’informer donne une base de savoir et de confiance pour prendre part au débat 😉

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    1. Merci beaucoup pour ton témoignage ! Oui c’est sûr qu’on est dans une petite bulle sympathique, c’est déjà pas mal si on est lucides là dessus… Et je te rejoins évidemment sur l’esprit critique et la volonté de s’informer un minimum. L’apprentissage du débat, le fait de donner des outils pour « s’armer » dans les discussions, c’est aussi un bel objectif d’éducation populaire

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  8. Il y aussi bcp d’arrogance dans le fait de se retenir de débattre parfois…Combien de fois j’ai été tellement vexée après que l’on m’ait coupé une fois la parole que je me suis abstenue de rajouter la moindre phrase un peu en mode « De toutes façons, c’est inutile, ils ne sont pas ouverts au débat : la preuve, ils ne m’écoutent pas parler… » et ça devient très vite « de toutes façons, ils ne méritent pas la fulgurance de ma pensée extrêmement développée et pertinente (« Oh, j’ai le bac, m***e ! ») ». Je schématise mais c’est un peu ça.

    Sinon, j’ai l’impression que ce que tu pointes, c’est le vieux débat qu’on connu les bourgeois qui ont voulu se « populariser » comme Sartre par exemple qui voulait défendre les droits des ouvriers, mais précisément avec les armes et le bagage de son éducation bourgeoise…Son diplôme de philo obtenu à Sciences Po ou une autre fabrique à hauts fonctionnaires et sa capacité à manier les mots, capacité traditionnellement maîtrisé par les milieux bourgeois et c’est en cela que Bourdieu disait que l’école était un outil de reproduction des élites : n’y réussissent que ceux qui maîtrisent les codes bourgeois, dont le langage et la faculté à argumenter et quelques très rares exceptions qui sont issues d’un milieu populaire mais maîtrisent ces codes, souvent poussé par un leitmotiv impitoyable type « je dois réussir,je dois réussir, je dois réussir… ».

    C’est aussi la question que se sont posé certains pays en voie de décolonisation comme l’Irlande. Faut-il écrire la révolte en Gaélique, langage qui montre le retour aux origines que l’on prône mais qui n’est connu que par très peu d’initiés, ou en anglais, le langage de l’oppresseur que l’on déteste mais qui permet de toucher un public bien plus large ?

    Ce que l’on dit mais surtout comme on le dit, ce n’est jamais anodin et c’est souvent voire toujours politique car marqueur d’une éducation, d’un milieu social. Après, il ne faut jamais oublier que derrière une personne qui parle bien, il y a un humain qui a des préoccupations bassement humaines : la vanité, la volonté d’être admiré etc…

    Bref, le sujet soulevé mérite d’être discuté et il est effectivement important d’aller chercher ces petites voix au fond de la salle qui n’hésite pas s’exprimer mais dont l’opinion est tout aussi valable.

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  9. Un nouvel article dont le titre a directement attiré mon attention… Je crois bien faire partie de ce groupe qui n’ose pas, ou que peu, prendre la parole dans les débats. Je ne pense pas pourtant ne pas avoir d’arguments, il me semble par contre que je ne sais pas les reprendre, les ré-exprimer avec mes propres mots, les partager, les utiliser à bon escient.
    Idem dans ma vie quotidienne; les débats, je les ai avec moi-même, les échanges, je les imagine dans ma tête comme j’aurais voulu les dire, les réponses, je les refais après coup de la façon dont j’aurais préféré les avoir dans la discussion précédente. J’ai « presque » toujours une meilleure façon de dire quand j’ai le temps de la réflexion et que j’y pense sans pression, mais je suis incapable d’en faire part en temps réel.

    Je lis beaucoup, je diversifie mes sources d’inspiration et de connaissances, j’écoute davantage la radio et pourtant… Même sur les sujets pour lesquels on pourrait me penser experte (interprétation/traduction – mon métier; l’écologie – un peu, avec un mode de vie zéro déchet depuis quelques années; les voyages – je vadrouille depuis presque 10 ans sac au dos…), je me retrouve souvent à court d’arguments percutants, concrets, ou de manière de partager mes connaissances qui soit davantage qu’un simple « parce que. »

    A travailler, donc…
    J’apprécie d’autant plus toujours autant te lire. 😉

    Jul’

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    1. Ah, ces fameux échanges qu’on se fait dans la tête ! Je te rassure je fais souvent ça, et en réalité on a peu souvent l’occasion de sortir de si belles répliques que dans ce petit théâtre intérieur 😀 ! De ce point de vue, l’écrit est plus facile… On peut reprendre, retoucher, corriger. Quand on débat « en direct » c’est de l’instantané, et de nombreuses choses peuvent nous déstabiliser, à commencer par ce qu’on perçoit de l’attitude des personnes en face : mal à l’aise, au contraire très à l’aise, tendues, très expressives etc. Si en plus y’a un peu d’agressivité, ça peut même être très éprouvant.

      Je pense effectivement que ça s’entraîne par contre… on peut penser à se faire des petites « fiches » ou des notes sur les sujets qui comptent pour nous, et ce qu’on en a retenu de plus percutant par exemple (quelques arguments clés, quelques chiffres). Il y a d’ailleurs de plus en plus de comptes Instagram, Twitter et de blogs qui proposent des contenus pour nous aider à répondre dans ces situations. Je trouve ça vraiment utile, après il faut toujours penser à conserver un regard critique car parfois les arguments paraissent super car ils vont dans notre sens… et de temps à autre on se rend compte qu’ils sont contestables !

      Merci beaucoup de ton passage !

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  10. Article très intéressant et qui pose plein de questions ! Je pense que le principal problème de se sentir illégitime, c’est le regard des autres, mais surtout le regard de mépris de ceux qui se sentent supérieur à nous ! Et ça, il ne faut pas croire, cela arrive encore très souvent. Il suffit de changer de milieu et on s’en rend compte. Dernier exemple personnel en date : inauguration d’un cabinet d’avocats la semaine dernière. La plupart des gens m’ont posé la question : « Où suis-je installée ? » au sens dans quel quartier était mon entreprise ! Quand je répondais que j’étais salariée, alors là, impressionnant, ils se sont totalement désintéressés de moi ! Et quand j’intervenais dans les autres discussions (sur les banques notamment), je voyais très bien qu’ils ne prenaient pas en compte mes arguments (qui était pourtant bien valables).
    Mais, hélas, et là, c’est beaucoup plus grave, c’est le cas aussi avec les politiques et les haut-fonctionnaires. Exemple, toujours personnel, d’hier soir : comité de lignes pour la ligne de train Bretagne Sud, avec le vice-président de la région Bretagne, ses sbires, etc. Je n’ai pas du tout aimé son ton, et surtout le fait que si on avait des réclamations, c’était pour notre confort personnel ou qu’on ne savait pas s’adapter ! Mais si on doit commencer le boulot à 8h30, et que notre patron ne veut pas qu’on arrive à 8h comme le train arrive plutôt, comment fait-on ? On s’adapte en perdant encore une demi-heure par jour de notre vie ? Mais ils vont bien sûr étudier nos propositions, mais on ne peut pas comprendre, tout cela est très technique, et si on a l’impression que les sillons sont vides, c’est normal, puisque quand on regarde une voie ferrée, il n’y a aucun train dessus les trois quarts du temps ! Bref, il n’avait aucune considération pour les usagers ! Si son discours a pris sur certains usagers, et qu’ils ont été impressionnés parce qu’il parle bien (il fait même des petites pointes d’humour), je ne me suis pas laissé avoir. Mais, c’est normal, cela fait plusieurs fois que je le rencontre et j’ai une bonne mémoire (ce qui aide beaucoup), ainsi, j’ai remarqué ces tics de langage, et surtout son argumentation qui, quand on fouille, ne tient pas du tout !
    Ce qui m’a conforté dans ma légitimité et de lancer mon blog : c’est d’abord de voir toutes les blogueuses qui ont osé se lancer, de voir que cela fonctionne pour elles, et de se dire « pourquoi pas moi ? ». Puis, avoir des amis d’un milieu social plus élevé qui ont une énorme confiance en eux. On se dit alors « Pourquoi pas ? Eux ils tentent ! » Enfin, là, c’est plus personnel, mais j’avais trop besoin de m’exprimer, et mes amis en avaient marre de mes emails et textos à rallonge sur tous les sujets 😉 ! Comme ce commentaire !
    En tout cas, tu as bien fait de publier cet article qui donne à réfléchir (et ça, j’adore !).

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    1. Merci beaucoup pour ton retour, malheureusement oui c’est aussi la suffisance qu’on peut rencontrer en face qui aggrave les doutes qu’on a dans notre capacité à argumenter, à se défendre… alors même parfois que les beaux discours sont de la poudre aux yeux, c’est de la langue de bois en fait ! La langue de bois c’est précisément utiliser la rhétorique, la langue comme une arme en vidant un discours de tout contenu tout en gardant l’apparence de la cohérence :s

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  11. Autrefois j’argumentais de manière passionnée sur divers types de sujets, mais je me suis découragée. Bien souvent j’avais l’impression de ne pas être écoutée du tout. Les intéressés balayaient mes mots ou simplement n’y réagissaient pas. Et j’ai fini par penser que ce que j’exprimais au cours de divers débats n’était pas intéressant. De l’inutilité de mon intervention ! Tout cela couplé à une nature plutôt solitaire et discrète ne me réussi pas dans les débats ! Pendant quelques heures les arguments et les idées vont tourner dans ma caboche puis le temps passe et je suis déjà ailleurs.

    En passant je me délecte de ta plume. Lire tes articles est toujours un plaisir.

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    1. Merci pour ce gentil message !
      Je pense que parfois, argumenter en face de personnes avec des désaccords très profonds ou qui ne sont pas capables d’avoir un échange équilibré et respectueux, c’est complètement vain et mieux vaut économiser son énergie ! Finalement c’est souvent plus constructif de débattre ou échanger avec des personnes dont on sait au moins qu’elles partagent des valeurs fondamentales avec nous.

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      1. Hello !

        En effet il est plus intéressant d’échanger avec des personnes ouvertes à la discussion plutôt que de perdre de l’énergie avec des personnes qui ne sont pas capables d’écoute dès que nos idées diverges.
        Dans un sens cela a également fait un tri naturel dans mes relations :).

        A bientôt

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  12. Hello Irène, c’est un chouette billet que celui-ci !

    Je me reconnais pas mal dans ce que tu évoques au départ. Ou plutôt, devrais-je dire, je me reconnaissAIS !
    J’ai eu cette prise de conscience que j’étais très sensible à l’argumentaire d’autrui sur mon forum d’équitation où une avocate avait débarqué. Bon sur ce forum, nous avons beaucoup de femmes très cultivées et qui aiment débattre mais là, la vache, elle nous a mises K.O. ! J’étais sous le charme lorsque je me suis rendue compte que c’en était quasi dangereux : elle aurait pu se mettre à défendre le nazisme que j’aurais embrayé tant elle était douée. ça m’a fichu un coup au moral et je me suis jurée de faire moins attention à la forme à partir de ce moment-là.
    Après, c’est vrai que j’aime la beauté des phrases et te lire par exemple est un réel plaisir. Néanmoins, j’essaie désormais de me souvenir que la forme ne doit surtout exclure le fond et que ce n’est pas parce que j’admire un texte que je dois l’approuver.

    Ensuite, c’est sur Twitter que j’ai pris ma seconde claque.
    Je suis d’une nature peu contrariante : j’aime faire plaisir, j’aime plaire et aller au front même gentiment me fait horreur. J’aime jouer la conciliation … Sauf qu’à un moment, ça ne fonctionne plus, il faut parvenir à affirmer ses positions et à les tenir. Un jour, lors d’un débat assez calme, je me suis surprise à camper sur mon avis, à le défendre point par point et … j’ai « gagné » le débat car pour la toute première fois, je n’avais pas cédé d’un pouce à la personne en face.
    Tu vas me trouver bête mais j’ai trouvé ça dingue, waouh, alors je PEUX m’affirmer à ce point en réalité ? Depuis, j’ai beaucoup revu mes arguments de débats et je cesse enfin de faire des pas en arrière dès que le ton monte.

    Du coup, ton article me conforte beaucoup, je me sens bien plus légitime désormais à parler, à écrire, à rebondir. Je hais le conflit mais j’arrive au moins à ne plus faire la carpette héhé

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    1. Merci beaucoup pour ton commentaire (bon retour en douceur dans la blogosphère héhé) ! Je vois bien ce que tu veux dire, la rhétorique nous rend parfois admiratives et puis en creusant on se dit « attends mais quels sont les arguments au juste, est-ce que le fait qu’ils soient joliment formulés les rend pertinents…? C’est un des aspects des cours d’autodéfense intellectuelle que j’ai le plus appréciés d’ailleurs, savoir repérer les sophismes et la langue de bois finalement. Ce qui est extrêmement perturbant, c’est quand on se retrouve sans l’avoir suffisamment anticipé dans la situation inverse (ce qui m’a conduite à écrire cet article) ! J’essaie d’ailleurs de ne pas faire dans la rhétorique justement, de garder un style simple et de n’utiliser des termes pointues que lorsque c’est vraiment indispensable. Après, c’est aussi agréable de lire des textes bien écrits comme tu le dis, il faut trouver un équilibre et surtout continuer de se questionner là dessus.

      Concernant Twitter, je me souviens que la plongée dans cet univers a été une claque pour moi aussi il y a trois ou quatre ans. Maintenant je cherche au contraire à prendre un peu de distance avec ces confrontations permanentes, mais c’est clair que ça m’a aussi fait énormément avancer de pouvoir assister en direct à tous ces débats.

      Très heureuse en tout cas de lire que tu te sens légitime à donner de la voix et défendre ton avis !!

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