La puissance des mères, de Fatima Ouassak

Bonjour, ça faisait longtemps non ? Je me décide enfin à importer ici les chroniques rapides que je poste sur Instagram. Des textes parfois plus courts (pas toujours, on sous estime la densité de ce qu’on peut poster sur les réseaux sociaux) mais qui disent l’essentiel, je pense. Ce serait trop bête de laisser dépérir cet espace, alors que nous discutons si souvent ces temps-ci de l’importance de conserver nos blogs et sites, face aux algorithmes, aux fonctionnalités douteuses mais aussi à la censure de réseaux comme Instagram. Je débute avec La Puissance des mères de Fatima Ouassak, militante du collectif Front de Mères, qui a récemment inauguré le Maison Verdragon de l’écologie populaire à Bagnolet.



Je vais être directe : laissons tomber les essais socio-philosophiques sur les impasses de la gauche, la nécessité de nous renouveler etc : le livre de Fatima Ouassak @fatima_ouassak est une bien meilleure leçon politique y compris sur ces questions. Et si la condition politique des mères est au cœur de l’ouvrage, il est loin de s’adresser seulement aux parents.

La puissance des mères est écrit de manière limpide et percutante. Il émane directement de l’expérience, individuelle et collective, et déroule une analyse clairement tournée vers l’action. De nombreux récits d’évènements vécus, des dialogues rapportés ponctuent le livre, en écho aux références historiques et aux enquêtes citées (le livre est bien documenté mais il ne se veut pas non plus un rapport chiffré, les enquêtes sont citées avec parcimonie). C’est surtout une histoire de luttes, qui répond directement à la question : comment prendre du pouvoir, lorsqu’on fait partie des personnes les plus exploitées dans cette société ? Fatima Ouassak montre le rôle clé des mobilisations de mères, le sens que cela peut avoir de se mobiliser à partir de cette condition vécue, et en particulier en tant que mères des quartiers populaires, dont les enfants et familles subissent le racisme et l’exploitation de classe.

Féminisme, éducation populaire, luttes de classe, écologie sociale et décoloniale, voilà ce dont il est question dans La puissance des mères. Des luttes d’émancipation avec comme point de départ les conditions matérielles de vie les plus concrètes : le logement, l’alimentation… Des batailles ardues, mais aussi des victoires ! On en ressort d’ailleurs avec une certaine énergie de lutte et, je pense, pour les personnes comme moi qui ne vivent pas ces réalités, avec une meilleure compréhension des luttes des quartiers populaires et plus d’humilité. (La gauche blanche en prend pour son gradé est c’est mérité…) C’est ce qui en fait finalement aussi, à travers la condition de mère et les luttes des mères, une introduction aux luttes d’émancipation, en pratique : comment s’organiser collectivement, comment transmettre…

J’ai choisi d’axer la chronique sur l’aspect organisation collective, stratégie politique, parce qu’il me semble que l’aspect « manifeste féministe repolitisant la maternité » a été beaucoup traité déjà dans d’autres articles. Mais bien entendu c’est aussi un aspect central du livre indissociable des autres. Fatima Ouassak souligne aussi dans ce livre non seulement le rapport historiquement ambivalent du féminisme avec la maternité, mais aussi la lenteur du féminisme à intégrer pleinement les violences faites aux enfants, notamment pédocriminelles, enfants qui sont pourtant les plus touché•es par les violences sexuelles. C’est un point important d’évolution ces dernières années, et Fatima Ouassak souligne là aussi que se mobiliser politiquement en tant que mère, c’est se mobiliser pour les enfants, pour les protéger face aux violences multiples : racisme, pédocriminalité, discriminations de genre dès le plus jeune âge (et les protéger, en particulier les enfants racisés, d’une « désenfantisation » qui les expose d’autant plus).

Il est beaucoup question d’éducation et de transmission dans La puissance des mères, et à ce titre cette lecture est un apport important aux autres ouvrages que j’ai pu lire sur ces thématiques (sur les pédagogies critiques, sur l’école…). Fatima Ouassak revendique une défense sans compromis de l’école publique, seule voie possible pour défendre les enfants des quartiers populaires… Tout en faisant le constat que les violences discriminatoires qui s’y déroulent ont aussi pour effet de détourner de cette mobilisation (difficile de se sentir animé•e par la défense d’une institution qui nous fait violence, malgré la bonne volonté d’une partie du corps éducatif). Tout son récit montre la difficulté mais la nécessité de résister à cette tentation compréhensible. Pour l’école mais aussi par exemple pour pour l’hôpital public : lorsqu’on y a vécu des violences médicales lors de l’accouchement, on a beau se dire que le manque de moyens empire les choses, il faut du temps pour digérer ce qu’on a subi. Elle raconte d’ailleurs sa réaction juste après un accouchement où elle a vécu de telles violences : face aux banderoles revendicatives du personnel soignant, le réflexe est plutôt de les envoyer au diable… Tout l’enjeu est d’arriver à tenir ces deux fronts de lutte. Sur l’aspect éducatif, de nombreux projets sont donnés en exemple et c’est très enthousiasmant. Elle cite par exemple l’école Amasie à Marseille, mais aussi des projets qu’elle a mené avec les collectifs dans lesquels elle est impliquée à Bagnolet : les pédagogies critiques par et pour les enfants des classes populaires… Soit leur raison d’être initiale.


Avez-vous lu ce livre ? Quels autres ouvrages conseillez-vous sur les questions d’éducation, de transmission, et sur la condition des enfants ?

2 réflexions sur “La puissance des mères, de Fatima Ouassak

  1. Je suis ravie que tu partages des analyses de lecture ici ! C’est tout de même plus agréable à lire que sur Insta, du moins pour moi 🙂
    Je n’ai jamais lu ce livre mais c’est vrai qu’il semble aborder de nombreux points rarement évoqués ailleurs par un prisme particulièrement intéressant. Pour le coup des revendications du personnel soignant lorsqu’on est hospitalisé•e, je sais que c’est un gros débat … c’est si difficile de se dire que délaisser un peu quelques patient•es à un instant T peut *éventuellement* amener une meilleure prise en charge future pour des milliers d’autres … comment assumer cela, comment gérer la colère des délaissé•es ?

    Que la gauche blanche en prenne pour son grade, ce n’est en effet pas plus mal ! X)

    Merci Irène !

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    1. Coucou Marion, merci de ton retour 🙂 je trouve aussi que c’est plus agréable, et surtout c’est une manière plus sûre et plus pratique de rendre ces textes disponibles. Je vais continuer à mon rythme, j’ai envie de prendre des photos correctes aussi donc ça va dépendre de ça aussi

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